LIV. Y. CHAP. I
1res. Ces derniers , soumis à une discipline uniforme et réunis Tun à Tautre par un inlé- Têt commun , suivent , à quelques déyiations près qui sont bientôt réprimées , une route vers laquelle ils sont ramenés constamment , par l'ascendant delà corporation dont ils font partie. Les philosophes, au contraire, bien (|ue dominés comme tous les individus par Tesprit de leur siècle , et poussés par cet esprit dans un même sens , jouissent néanmoins d'une indépendance individuelle qui introduit dans leurs hypothèses des variations nophreuses, et des divagations presque impossibles à calculer. On trouve seulement de loin en loin , comme sur une vaste plaine couverte de neige , où chaque voyageur se fraye un sentier à part > quelques points de repos, où tous se rencontrent pour se séparer de nouveau. Ces points de repos seuls sont susceptibles d*être indi- . qqés.
Les hypothèses philosophiques peuvent être considérées sous deux points de vue. Premièrement , elles peuvent être envisagées en ellesmêmes , c est-à-dire , quant à leur vérité ou leur vraisemblance ; elles peuvent 1 être , en second lieu , simplement dans leurs rapports Tome L 10
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avec d'autres parties des institutions ou des opinions humaines.
Ce dernier point de vue est le seul qui s'accorde avec la nature de notre ouvrage , et qui se renferme dans ses limites, Mous n'avons à examiner que l«s relations de la philosophie en Grèce avec le polythéisme. En conséquence , dans la succession des philosophes, nous ne parlerons que de ceux dont les systèmes ont apporté quelques changemcns à ces relations.
Nous laisserons de côté tous ceux dont les conjectures divergentes peuvent offrir des objets intéressans pour la réflexion , mais n'eut en rien modifié la position respective de la religion et de la philosophie.
Or il faut remarquer que des hypothèses , intrinsèquement très-différentes, peuvent laisser cette position la même. Par exemple, Thaïes supposait que l'eau était le principe élémentaire du monde , Heraclite croyait que le feu était la matière primitive ; mais , malgré cette opposition fondamentale , Heraclite et Thàlès partaient d'une donnée commune, qui établissait entre leurs systèmes et la religion populaire précisément les mêmes rapports. Selon tous deux , l'univers était composé d'une sub-
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âtancc première , qui étaî^ ^ ^^ ^^^ ^^^ ^^ ï)ieux, celle des hommes, celle de tous les êtres existans. Il en résultait , et nous le prouverons plus amplement dans la suite, que pour la croyance grecque , telle qu'elle était publiquement professée du temps de ces phi* losophes , il n'y avait entre leurs doctrines aucune différence i en traiter séparément n'eût donc été qu'un double emploi. Nous avons appliqué cette règle à tous les cas analogues. Une dernière observation est encore néces^ saire. Les auteurs anciens se contredisent souvent dans leurs assertions âur les systèmes des philosophes les plus célèbres. Pour n'en citer qu'un exemple, Diogène Laérce (i) dit que Thaïes considérait Dieu ( et il se sert ici de ce mot au singulier ) (2) comme le premier être incréé qui voyait les plus secrètes pensées des hommes : voilà bien le théisme pur (3). Cicé-^ ron prétend qu'il croyait , au contraire , que des dieux en nombre infini remplissaient le monde : voilà le polythéisme (4). Aristote pré-
, (2) Tlpta-^uTUroy ràv oyriaw QtU»
(3) Valer. Max. VÎT. 8.
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sente uoe troisième hypothèse , d'après laquelle Thalèsaurait affirmé que l'ame de Funivers éta$$ répandue partout , et que c'était dans ce sens que le monde était plein de dieux innombra* blés (i), ce qui rendrait cette doctrine une sorte de panthéisme. Cet exemple doit- nous mettre en garde contre Tinexactitude avec Ja-* quelle les systèmes des philosophes iinciens nous ont été transmis , inexactitude qui a dû s'accroître , quand il s'est agi de ceux qui avaient mêlé à leurs opinions des portions de philosophie barbare, comme Pythagore, et peut-être comme Aristote lui-^même.