‹ Du Pouvoir Ostéogène de la Moelle OsseuseChapitre 4 sur 10 · ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

La moelle, substance molle, friable, que l’on rencontre au centre de la diaphyse de tous les os longs, présente trois variétés suivant sa coloration : 1° la moelle rouge ou moelle fœtale, parce qu’on la trouve

surtout dans les os du fœtus ; 2° la moelle gélatiniforme, caractérisée par sa demi-transparence et sa coloration grisâtre ; 3° la moelle proprement dite ou moelle graisseuse.

Elle est constituée : 1° par des médullocelles; 2° par des myéloplaxes ; 3° par une certaine quantité de substance amorphe, homogène, demi-transparente ; 4° par des vaisseaux capillaires ; 5’ par des tubes nerveux qui constituent les nerfs des os; G’par

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des fibres de tissu lamineux, constituant une trame délicate. )

Les médullocelles présentent deux variétés : l’une est une cellule pleine, granuleuse, contenant un noyau rond; l’autre a la forme d’un noyau libre. Les médullocelles qui ont la forme d’une cellule n’ont quelquefois pas de noyaux ; d’autres fois, le noyau est très volumineux. Les noyaux libres ont la même structure que les noyaux inclus dans les cellules.

Au centre d’un petit nombre de médullocelles, apparaissent une ou deux oranulations plus grosses que les autres, représentant manifestement un nucléole. Les médullocelles sont quelquefois creusées d’une cavité ou excavation, comme on le voit sur beaucoup d’autres cellules.

L’hypergénèse des médullocelles s’observe dans le cas d’inflammation aiguë ou chronique de la moelle, ou seulement à la suite de périostite, de tumeurs du périoste, ou d'ulcère voisin d’un os, lorsque surtout la moelle a pris un aspect rougeâtre, plus prononcé qu'à l’état sain. De tous les éléments qui constituent la moelle, la médullocelle en serait le plus important; c'est elle qui jouerait le rôle le plus actif dans les ossifications mtra-médullaires.

Les myéloplaxes sont des cellules sphériques, ovoïdes ou irrégulièrement polyédriques, avec un ou plusieurs noyaux; mais le plus ordinairement ce sont des lamelles très grandes, de forme variée, finement granuleuses, pourvues de noyaux nombreux, semblables à ceux de la variété cellule proprement dite. Elles se rencontrent à tous les âges de la vie et

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chez tous les vertébrés ; elles sont surtout abondantes contre la substance osseuse elle-même. On les rencontre aussi dans les canaux vasculaires de Havers et dans les canaux vasculaires des cartilages en voie d'ossification.

Les myéloplaxes polyédriques peuvent présenter des prolongements simples ou ramifiés. Dans l'intervalle des prolongements, les bords sont nets ou irréguliers, comme déchirés. Ces éléments offrent, en sénéral, de trente à soixante millièmes de millimètre de longueur ; la teinte en est grise ; leur transparence est tantôt assez orande , tantôt médiocre. L'eau n’a aucune action sur les myéloplaxes. L’acide acétique fait disparaître les granulations et rend les noyaux et les contours plus évidents.

Chacune des myéloplaxes est remplie d’une substance homogène, incolore, parsemée de petites granulations grisâtres ; à côté de ces dernières, on trouve quelquefois des granulations jaunâtres. Le plus ou moins grand nombre de granulations rend la cellule plus ou moins opaque.

Le nombre des noyaux contenus dans les myéloplaxes varie de un à trente ; ces noyaux sont plus rapprochés du centre que des bords. Les noyaux ont une longueur de sept à dix nullièmes de millimètre, sur un tiers de moins en largeur ; ils peuvent contenir un ou plusieurs nucléoles. Il est rare de trouver des myéloplaxes de forme absolument semblable.

Il existe deux variétés de myéloplaxes : 1° la variété myéloplaxe à noyaux multiples, à forme irré-

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gulière, à contours dentelés ou chargés de prolongements simples ou ramifiés ; 2° la variété cellule proprement dite, de forme sphérique ou ovoïde, renfermant un ou deux noyaux, identiques de forme à ceux des myéloplaxes à noyaux multiples. Les myéloplaxes à forme sphérique ou ovoïde se distinguent des médullocelles par un volume plus considérable, par plus de transparence, par des granulations plus fines et plus uniformément distribuées, par leur noyau ovoïde plus transparent et pourvu d’un nucléole.

La membrane médullaire n'existe pas ; mais ce que l’on voit facilement sur la moelle gélatiniforme, c'est une trame de fines fibres lamineuses entrecroisées dans toutes les directions. Ces fibres vont se jeter sur la tunique adventice des vaisseaux. Ce n'est que dans la moelle des os longs et dans les plus grands espaces médullaires du tissu spongieux que l’on rencontre cette trame fibrillaire. Dans les intervalles de cette trame sont les médullocelles, la matière amorphe, des capillaires et des vésicules adipeuses.

Ces particularités de texture sont développées dès le milieu ou la fin de la deuxième année. Avant cet âge, les fibrilles sont à l’état de corps fibro-plastiques, tant fusiformes qu'étoilés. Quelques-uns de ces derniers servent de centre d'irradiation à des fibres qui vont dans tous les sens : ce qui rappelle la structure des glandes lymphatiques et explique la possibilité de rencontrer dans la moelle des tumeurs lymphoïdes.

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Nous avons dit que la moelle osseuse peut présenter différentes colorations. La moelle fœtale ou rouge doit sa coloration à ce qu’elle est composée en grande partie de médullocelles. L’accumulation des médullocelles avec les vaisseaux et un peu de matüère amorphe donnent la coloration rougeâtre.

La moelle gélatiniforme doit son aspect à la prédominance considérable de la matière amorphe sur les médullocelles. La moelle graisseuse est caractérisée par l'abondance des cellules adipeuses. La vascularité est relativement moindre dans la moelle graisseuse que dans les moelles gélatiniformé et rouge.

Lorsque la moelle s'enflamme, elle prend une coloration rouge, cela tient à la multiplication des médullocelles et à la disparition des vésicules graisseuses.

Au sujet des vaisseaux de la moelle, nous dirons seulement qu'ils sont fournis soit par la diaphyse (artères diaphysaires), soit par l’épiphyse (vaisseaux articulaires ou épiphysaires).

Le filet nerveux diaphysaire a seul été suivi dans la moelle. Suivant Gros, les filets nerveux, qui pénètrent dans le canal nourricier, possèdent un vrai ganglion, à l’entrée de ce conduit. On trouve souvent des tubes nerveux, minces, lelong des artères médullaires de la diaphyse et des extrémités articulaires. Deces nerfs, lesuns sont des vaso-moteurs, lesautres des nerfs de la sensibilité. La moelle serait toujours sensible au voisinage du trou nourricier.et à sa surface.

Les propriétés physiologiques de la moelle sont

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assez nombreuses. Tout d’abord, la moelle serait un organe d'absorption pour la surface interne de l'os. Dubuisson-Christôt conclut avec Flourens : 1° que le rôle réservé à cette activité d'absorption est la résorption de l'os, évoluant à l’état normal, pour l’agrandissement de ses cavités, pendant que le périoste forme éxtérieurement de l'os nouveau; 2° que plus tard cette action devient inutile et qu’alors la moelle se métamorphose et choisit l’état le plus propre à remplir le vide des supports osseux; 3° que lorsque l’ostéopériostite surexcite l’activité ostéogénique, la puissance formatrice prime l’énergique action absorbante de la moelle, mais que lorsque l’inflammation diminue ou tombe, la moelle reprend, comme par enchantement, les propriétés anatomiques nécessaires pour qu'elle commence son rôle d'agent de résorption; les os de nouvelle formation subissent alors l’action dissolvante de la moelle.

La présence des cavités médullaires de l'os a pour résultat d'en augmenter la solidité sans en augmenter le poids. En même temps, l'os offre plus de surface aux insertions Hgamenteuses et tendineuses.

D'après Bizzozero, Newman et d’autres auteurs, les cellules de la moelle seraient des corpuscules lymphatiques qui se transformeraient en globules rouges et passeraient par diapedèse dans l’intérieur des capillaires. La moelle serait done un organe hématopoïétique. Robin rejette cette opluion en se fondant surtout sur la grande différence qui existe entre les cellules de la moelle et les leucocythes.

Mais une des propriétés de la moelle, qui a soulevé

le plus de discussions, suscité Le plus de travaux, est sans contredit, la propriété ostéogène. A l’état normal, ilest évident, je crois, que la moelle ne forme pas de l'os. Mais en est-il de même lorsque survient une irritation pathologique ou expérimentale ? Nous allons voir, dans la deuxième partie de notre thèse, quelle a été la réponse des différents observateurs à cette question.

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