‹ Du Pouvoir Ostéogène de la Moelle OsseuseChapitre 7 sur 10 · DIS · texte numérisé non relu

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vue de l’ossification propre de la moelle. Voici le résumé de cette expérience : l'avant-bras d’un lapin ayant été amputé, Ollier introduisit dans le canal médullaire de chacun des os, radius et cubitus, un tube métallique formé par une lamelle d'argent roulée sur elle-même. Un mois après, il amputa pour disséquer la pièce et il constata une belle ossification de la moelle qui avait été introduite dans le tube, mais sur le radius seulement ; celle du eubitus avait suppuré et se trouvait détruite en partie.

Maas objecte à Ollier que le périoste est entré en rapportavec la moelle quiproliférait dans le cylindre, que la formation osseuse est d’origine périostale.

Dans ses expériences personnelles, Maas ne procéda pas habituellement comme Ollier. Après avoir rendu le membre exsangue par la méthode d’'Esmarch, il enlevait le périoste dans une petite étendue sur le milieu de la diaphyse, puis avec la gouge et les cisailles, il réséquait une petite portion de la paroi osseuse. Par cette ouverture, 1l réduisait en détritus la moelle dans toutes les directions, à l’aide d'une tise métallique, et 1l mjectait de l’eau phéniquée dans la cavité médullaire, jusqu’à ce que tous les débris de la moelle fussent emportés.

Maas fit ainsi un grand nombre d'expériences et obtint des résultats variables. Quelquefois la moelle se reproduisit au bout d’un temps relativement court; dans d’autres cas, la cavité médullaire se remplit de substance osseuse, tantôt au point seul de l'opération, dans une petite étendue, tantôt dans toute l'étendue du canal médullaire. Mais, ajoute-t-11 plus

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loin, les rapports visibles à l'œil nu, aussi bien que les recherches microscopiques, démontrent que dans les ossifications intra-médullaires, survenues après la destruction de la moelle, 1l s'agit toujours de formations osseuses d’origine périostale, qui ont pénétré dans le canal osseux par l'ouverture faite pour la destruction de la moelle.

Du reste, les expériences qu’il a faites sur des poulets jeunes, lui auraient donné des résultats confirmant entiérement sa maméère de voir. S'il fermait l'ouverture faite à la diaphyse par une plaque de platine enfoncée profondément sous les couches du périoste, et S'il l’assujettissait solidement avec des fils métalliques, il trouvait, après une obturation complète, la cavité médullaire vide dans les premiers temps et, plus tard, remplie seulement avec de la moelle osseuse. Laissait-1l ouvert l'orifice de la résection, la cavité médullaire était comblée par une reproduction osseuse plus où moins étendue, dont la continuité était évidente avec les assises périostales de nouvelle formation.

Dans une de ses expériences, voici ce qu’il trouve à l'examen microscopique. Sur une coupe transversale de l'os, on voit la substance osseuse ancienne environnée de tous côtés, soit par des masses osseuses spongieuses nouvellement formées, soit par des portions encore cartilagineuses, dont elle est séparée aussi bien du côté du périoste que du côté de la cavité médullaire, par une ligne bien tranchée. Nulle part, on ne voit de rapport entre les vaisseaux de l'os ancien et ceux de l'os nouveau. Sur les coupes,

passant juste au point où la paroi osseuse a été réséquée, on voit la prolifération des masses périostales dans la cavité médullaire. Au centre de la masse osseuse intra-médullare, on trouve déjà un commencement de résorption et la formation d’une nouvelle cavité médullaire.

Maas répéta souvent ses expériences sur des animaux d'âges différents, et obtint constamment le même résultat, c'est-à-dire l’ossification mtra-médullaire, s'il ne fermait pas l'ouverture faite par la résection, une moelle de nouvelle formation dans le cas contraire.

Bidder, quelque temps après Maas, entreprit des expériences sur le pouvoir ostéogène de la moelle. I ne pénétra pas, comme ce dernier, dans la cavité médullaire en enlevant une portion de la diaphyse, il ouvrit l'articulation, perforale cartilage articulaire et put étudier ainsi ce que devenait la moelle, après l'irritation expérimentale.

Il fit treize expériences et n’obtint jamais de néoformation osseuse dans le canal médullaire ; une seule fois, sur le tibia d’un jeune lapin, il se fit une plaque osseuse, aux dépens de la moelle des alvéoles du tissu spongieux.

Iltermine son travail parles conclusions suivantes, dont nous empruntons la traduction à M. Vincent :

1° Le périoste qui a le pouvoir de produire de los à tout âge, quand sa couche ostéogène a été bien conservée, arrive tout au plus à la limite des épiphyses et ne peut, durant la vie extra-utérme, avoir

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aucune part à la formation endostale ou endochondrale du tissu osseux.

2° La moelle ni le tissu des épiphyses ne possèdent, chez les animaux adultes, la propriété d’engendrer de la nouvelle substance osseuse.

3” Par conséquent, les solutions de continuité ou les déficits qui surviennent chez les animaux adultes, sur le territoire de la substance osseuse endochondrale, ne peuvent être réparées par du tissu osseux de formation propre ; il ne s’y reproduit que de la moelle et du tissu conjonctif.

4 Chez les animaux qui sont sur le point d’être adultes, ou qui ne le sont que depuis peu, les lésions de l’épiphyse sont suivies d’une lévère néoformation d'os ; la quantité en est un peu plus grande lorsqu'on détermine une 1rritation forte ou persistante, par exemple en enfonçant et en laissant séjourner une tige d'os. Mais par ce moyen, on n’obtiendra pas d’ossification dans la cavité médullaire proprement dite.

»' Chez lesanimaux jeunes, en voie de croissance. la reproduction osseuse est plus intense dans lépiphyse et peut être considérable même dans la cavité médullaire, loin du cartilage épiphysaire, lorsque le tissu est irrité par l'introduction de tiges d’os ou l'injection d’acide lactique.

G° La raison de ces phénomènes pit dans ce fait, que la substance ostéogène du périoste ne recouvre pas les épiphyses, et qu'après l'achèvement de la croissance, elle disparait même au sein de la moelle

et de l’épiphyse et, qu’en outre,elle ne peut plus s'y reformer.

Bidder arrive donc à cette conclusion, que chez les animaux adaltes la moelle est imapte à s'ossifier, et que chez les animaux jeunes elle possède un très faible pouvoir ostéogène au niveau des épiphyses et du tissu spongieux des diaphyses.

Paul Bruns fit sans succès des transplantations médullaires d'un animal sur l'autre, soixante fois chez deslapins et des poulets, six fois chez des chiens. Dans le plus grand nombre des cas, lorsqu'on examina, an bout de trois à six semaines, la moelletransplantée “tait résorbée etilne restait plus que quelques débris, de terups à autre la moelle disparut par suppuvation de la plaie.

Il entreprit ensuite des transplantations sur le même auimal et obtint douze succès sur dix-neuf expériences. \près un séjour suffisamment long sous la peau, il se formait une masse osseuse d’un à deux centimètres de longueur sur un centimètre de larseur, qui correspondait approximativement à la moitié du volume du cylindre médullaire transplanté.

Des sept expériences malheureuses, trois échouérent par suppuration de la plaie, quatre par simple résorption de la moelle.

Les animaux qui servirent aux expériences de Bruns étaieut de jeunes chiens à la période de croissance, ou déjà à l’état adulte. La moelle montrait done tantôt la forme pure de la moelle rouge ; tantôt cette moelle avait, notamment au centre, l'aspect

manifestement jaune, et, par conséquent, subissait déjà la transformation en moelle jaune ou graisseuse.

Bruns exécutait son opération de la façon suivante : 1l faisait d’abord une résection sous-périostée de la diaphyse du fémur ou du tibia, et alors, sur une longueur de deux à trois centimètres, il extrayait une portion de cylindre médullaire, intacte autant que possible et d’une seule pièce. Le cylindre médullaire qu’il venait d'enlever était greffé aussitôt dans une incision cutanée qu'il venait de faire à la poitrine ou au dos du même animal. Il fixait la moelle ou bien dans le tissu graisseux sous-cutané ou bien dans les couches musculaires superficielles ; enfin, la plaie était suturée d’une facon exacte.

- L'examen microscopique lui aurait donnéles résultats suivants : pendant les dix à douze premiers jours a lieu une abondante prolifération de jeunes cellules fusiformes, qui viennent de la périphérie etavancent de plus en plus vers le centre du cylindre médullaire et prennent la place des éléments de la moelle. Du douzième au quatorzième jour, 1l se forme à la périphérie, et le plus souvent en certain nombre, des foyers isolés, qui se composent soit de tissu ostéoïde, soit de substance osseuse de nouvelle formation, soit enfin de cartilage. La nouvelle ossification a leu, par conséquent, aussi bien d’après le type de l’ossification directe par substance ostéoïde, que d’après le type de l'ossification indirecte, c’est-à-dire en passant par un stade cartilagineux intermédiaire.

D’après Bruns, le premier mode paraît prévaloir ;

pourtant, on trouve toujours dans le voisinage des foyers d’ossification du tissu cartilagineux plus ou moins abondant qui se colore avec l'hematoxyline, reste toujours incolore avec le carmin. Ge cartilage possède en grande partie les caractères du cartilage hyalin, contient beaucoup de cellules rondes et ovales et peu de substance fondamentale ; à la périphérie, les cellules cartilagineuses perdent leur forme ronde, deviennent longues, fusiformes, et sont placées dans une substance fondamentale filamenteuse.

Après vingt-deux à vingt-quatre jours, rarement plus tard, les foyers séparés d’ossification se fondent cu une seule pièce osseuse, constituée à la coupe par une substance spongicuse épaisse avec une écorce mince à surface lisse et régulière.

L'os présente tous les caractères du véritable tissu osseux : des corpuscules osseux à prolongements multiples, des lamelles concentriques, des espaces vasculaires et médullaires nombreux, qui sont tapissés d’osteoblastes. En même temps, on trouve dans une multitude de points une grande quantité de cellules géantes, souvent de grosseur énorme : ce qui démontre que là aussi, comme dans l’ossification normale, l’apposition et la résorption marchent parallélement.

Comme le nombre des cellules géantes s'accroît d'autant plus que la parcelle osseuse est restée plus lonotemps sous la peau, il est démontré par suite que l'os de formation récente se résorbe de nouveau petit à petit.

D'après le résultat de ses expériences, Bruns con-

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clut que la moelle osseuse, séparée complètement de ses rapports avec l'os, et transplantée chez le même animal sous la peau d’une partie du corps plus ou moins éloignée, forme du cartilage et del’os. Cette conclusion serait vraie, non seulement pour les animaux en vole de croissance, mais même pour les Imdividus adultes dont la moelle estdéjà graisseuse. Cette dernière retrouverait, par une excitation inflammatoire, sa propriété ostéogène.Ceci concorde avec cette observation que, sila moelle graisseuse est entraînée dans un processus inflammatoire, elle reprend de nouveau l'aspect et la composition de la moelle rouge embryonnaire.

Enfin, Bruns dit, en termimant : Comme des dixneuf ou plutôt — en faisant abstraction des expériences ayant échoué par suppuration — des seize expériences faites dans les mêmes conditions, douze ont été suivies de succès, l’ossification de la moelle ne peut plus être considérée comme un fait exceptionnel, fortuit. On est certainement autorisé à accorder à la moelle la propriété ostéogène, et c’est avec d'autant plus de raison, que les conditions dans lesquelles cette propriété se conserve sont très défavorables; car elle ne peut être enlevée sans lésion de la cavité médullaire, et, de plus, elle est privée de ses rapports vasculaires et elle doit se greffer dans une plaie fraiche.

M. Vincent, alors qu'il était chargé du cours de physiologie à la Faculté de Médecme de Lyon, entreprit de nouvelles expériences sur le pouvoir ostéogène de la moelle. Il a eu surtout pour but de

contrôler les expériences négatives de Maas et de Bidder.

Dans l’article qu’il doit publier sur cette question, dans la Revue de Chirurgie, 1 établit cinq séries d'expériences.

[° série. — Répétition des expériences de Maas.

IF" série. — Répétition des expériences de Bidder. Expériences nouvelles sur des chiens.

LIT série. — Isolement de la moelle dans des tubes métalliques. Expériences d'Ollier. Expériences nouvelles.

IV’ série. — Ablation du périoste et enveloppement de la diaphyse par une bande de toile.

V' série. — Greffes médulaires.

Nous n'analyserons pas les expériences de cet auteur, nous les publions 2n7-extenso dans la partie expérimentale de notre thèse. Nous nous bornerons à faire connaître les conclusions auxquelles 1l arrive :

« Puisque, dit-il, la greffe médulaire fournit des ossifications, comme on vient de le voir, la démonstration des propriétés ostéozéniques de la moelle est donc complète. Mais si l'ossifiabilité d’une greffe médullaire est désormais indéniable, nous devons à la vérité de dire, et, en cela, nous différons des auteurs précités et particulièrement de Bruns, à savoir : que les résultats négatifs l’emportent de beaucoup sur les résultats positifs. M. Ollier, qui avait cru que l’ossification de la moelle ne s'obtient

jamais par la transplantation a dit, plus tard, à propos des expériences de Goujon : « Nous avons consi- « déré,du reste, la moelle comme le tissu propreaprès « le périoste, à s’ossifier sur place, et le résultat de « Pexpérience de Goujon ne fait que démontrer plus « directementses propriétés ostéogéniques.Nos expé- « riences nous font penser seulement que cette ossifi- « cation est très peu stable. Elle ne peut être com- « parée par sa fréquence et sa quantité à celle que « produit un lambeau périostique d’égale dimension. »

« Nous croyons pour notre part, contimue M. Vincent, que la comparaison est possible.

« Le pouvoir ossifiant de la moelle est de nouveau démontré. Dans les expériences qui précèdent, la moelle isolée du périoste ou transplantée a fourni des ossifications vraies ; elle a donc aussi le pouvoir ostéogène. La question nous paraît jugée maintenant, nous terminerons ce travail par les considérations générales suivantes :

« S1 le tissu osseux fait de l'os, si la moelle fait de l'os, si le périoste fait de l'os, toutes les parties de l'os font de l'os, et par suite le pouvoir ostéogène n'est pas une propriété appartenant exclusivement à l’un des trois éléments constitutifs de l'os.

« Cette solidarité fonctionnelle ne peut s'expliquer qu’à l'aide d’un facteur commun. Or, ce facteur ou élément commun, quel peut-il être, simon l'ostéoblaste, la cellule embryonnaire, la médullocelle? Les ostéoblastes abondent dans la couche ostéogène du périoste; ils existent en grand nombre dans la moelle jeune, en quantité moindre dans les canaux de

Havers du tissu osseux de la substance compacte et les aréoles de la substance spongieuse. Le pouvoir ostéogène relatif des trois parties constituantes de l'os est proportionnel à leur richesse cellulaire ostéoblastique. N'est-ce pas le périoste qui a le plus d’ostéoblastes et qui est l’agent par excellence de l'ossification? En seconde ligne la moelle; l'os vient au dernier rang.

« Lorsqu'on a détruit la moelle dans le canal central des os longs, ce canal ne tarde pas à s’emplir d'une moelle nouvelle, laquelle s’ossifie bientôt sous l'influence de lirritation traumatique. D'où vient cette moelle nouvelle? Elle ne peut venir que des= canaux de Havers par la prolifération des éléments cellulaires qui sont renfermés. Si ces éléments cellulaires irrités forment de l'os, c’est qu'ils ont, en partie du moims, le pouvoir ostéogène. Cette moelle ossifiable vient des canaux de Havers ; car lorsque la paroi se nécrose, il n’y a pas de moelle et pas d’ossification à ce niveau dans le canal central de l'os. Ce fait a été constant dans nos expériences. Lorsqu'on ne détruit pas la moelle et qu'on l’irrite, elle s'ossifie, alors même qu’on l’isole de ses rapports avec le reste de l'os.

« Il est vrai qu'avec la théorie de la migration cellulaire, il ne peut être question d'isolement sans transplantation. L'ostéoblaste incité par lirritation peut partir de la couche ostéogène du périoste et se porter au point irrité, en traversant les canaux de Havers et en s’insinuant dans les tubes métalliques les mieux fermés à l'extérieur. Mais cette théorie de

la migration nécessaire des ostéoblastes périostiques est fausse; je n’en veux pour preuve que l’ossification des greffes médullaires. La greffe médullaire est la seule expérience vraiment probante; je prends de la moelle au centre du canal d’un tibia ou d’un radius que je viens de désarticuler, et je la greffe sur la crête d'un poulet. Cette moelle s’ossifie. On ne peut admettre la migration des ostéoblastes périostiques de l'os, qui est resté sur la table de mon laboratoire.

« J'arrive donc, après le professeur Ranvier, à cette conclusion que le pouvoir ostéogène est une propriété commune à toutes les parties de l’os et qu'elle dérive d’un facteur cellulaire commun des ostéoblastes, dont le nombre varie dans les différentes parties de l'os, et dont l’activité est proportionnelle à l’âge du sujet et au degré d'irritation accidentelle, pathologique ou expérimentale qu'éprouve la totalité ou tel ou tel point d’un os. »

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