PARTIE EXPÉRIMENTALE
Dans les expériences que nous allons exposer, nous avons pour but de prouver deux faits : 1° que la moelle peut s'ossifier dans le canal diaphysaire, sans avoir recours aux éléments du périoste; £° que la moelle greffée loin de l'os peut donner naissance à des productions osseuses.
EXPÉRIENCES TENDANT À DÉMONTRER QUE LA MOELLE PEUT S'OSSIFIER DANS LE CANAL MÉDULLAIRE
EXPÉRIENCE I (due à M. VINCENT).
Perforation du tibia ; destruction de la moelle ; obturation à l’aide d'une plaque de platine; ossifications périostiques et médullaires abondantes.
3 août 1880. —- Poulet jeune. Sur le milieu du tibia gauche, perforation au scalpel, sur une étendue de dix millimètres
eu longueur et un millimètre en largeur. Broiement de la moelle, lavage forcé du canal médullaire avec eau phéniquée. Le périoste avait été soigneusement décollé au préalable. Apposition sur le trou d’une plaque de platine à encoches, qu'on serre au moyen d’anneaux en fil de fer recuit.
18 août. — Le poulet est tué. Sur la jambe, la plaque et les fils sont bien en place. Pendant la section de l'os à la scie, la plaque et les fils ont été divisés par cet instrument, mais le tibia s’est fracturé.
Il y a à ce niveau, une nécrose totale de la diaphyse. Dans l’intérieur du canal médullaire, il existe des ossifications nouvelles abondantes, qui le comblent entièrement sur une longueur de deux centimètres au-dessus et au niveau de la plaque ; au-dessous, les ossifications ne remplissent qu'à demi la cavité médullaire. Aux deux extrémités de celle-ci, les ossifications font défaut. Les productions osseuses nouvelles sont très riches sous le périoste ; elles manquent sur une étendue correspondante à la surface de Ja plaque obturatrice.
On voit donc que, contrairement à l’assertion de M. Maas, même chez le poulet, la plaque de platine n'empêche pas la moelle de s’ossifier dans le canal médullaire lorsqu'on irrite l'os.
EXPÉRIENCE IL (due à M. Vincenr).
Double perforation du canal médullaire, extirpation de la moelle ; occlusion au moyen de plaques de platine. Nécrose totale au niveau des trous et des plaques; ossifications intra-médullaires et sous - périostiques abondantes. Régime garancé ; section du sciatique correspondant; action de diverses injections intra-veineuses,
12 juin. — Jeune chien. Nous avions essayé vainement de l’empoisonner en lui injectant de grandes quantités de bromure de potassium dans la veine fémorale.
14 juin. — Perforation du tibia : 1° en haut, à deux travers de doigt au-desous de la tubérosité antérieure ; 2° en bas, à un travers de doigt au-dessus de l'articulation tibiotarsienne. |
Destruction de la moelle entre les deux trous avec une tringle de fer ; lavage du canal avec un courant d'eau phéniquée.
Sur les deux trous, après avoir décollé le périoste au pourtour, sur une grande étendue, nous appliquons une large plaque de platine, à laquelle des encoches ont été pratiquées pour loger les fils de fer qui nous servent à la fixer très étroitement.
À dater du jour de l'opération, l'animal est mis au régime de la garance. Cette substance, mélangée aux aliments, donne aux tissus osseux de récente formation une teinte rosée qui permet de la différencier du tissu osseux ancien. Tous les animaux quim'ontservi à l'étude expérimentale de la pathologie des os ont subi le régime garancé, afin de pouvoir déceler toute trace d'ossifications nouvelles.
Dans le but de vérifier l'influence de la suppression de l'action nerveuse sur les processus nutritifs et inflammatoires, j'ai sectionné, à son émergence du bassin, le nerf sciatique correspondant au tibia expérimenté.
24 juin. — Œdème du membre, gonflement du tibia: animal marche sur la face dorsale de la patte, qui est ulcérée par frottement.
16 juillet. — L'animal est sacrifié physiologiquement. Je m'en suis servi pour expérimenter l'action de l'injection de divers liquides dans les veines. Voici les résultats d'après la succession des injections. :
Acide acétique. 30 gouttes injectées dans la veine fémorale n’ont pas amené la mort au bout d'une heure, ni déterminé aucun symptôme l'annonçant.
Acide phénique. Cinq gouttes dans la veine humérale gauche, provoquent instantanément un tremblement général; mais, au bout d’un quart d'heure,le chien paraît remis. Quel-
ques jours auparavant, j'avais vu succomber, comme foudroyé, un chien à la suite d’une injection de pareille quantité. Le chien dont il s’agit maintenant résista encore à une injection de quinze gouttes d'acide phénique dans les veines. Ce ‘fait prouve la différence de résistance des sujets au même agent toxique.
Perchlorure de fer. Cinq gouttes dans la veine humérale droite. Mort instantanée.
L'examen des veines qui ont reçu l'acide acétique montre. un caillot mou, du point d'injection jusqu'à la veine cave. Les -veines qui ont reçu l'acide phénique n'offrent pas de caillots ; l'acide phéniqüe parait tuer comme un poison nerveux et non pas comme emboligène.
Les veines qui ont reçu le perchlorure de fer sont remplies d'un caillot dur, comme du boudin sec, jusqu'au cœur ; le cœur est lui-même plein de caillots.
En ce qui regarde le nerf sciatique, je ferai remarquer que je ne l'ai pas trouvé soudé après plus d'un mois ; les deux bouts étaient distants de deux à trois centimètres l’un de l'autre.
Et cependant, les processus vitaux n'ont pas été ralentis dans le membre opéré comme on va le voir.
Examen du tibia. — Au niveau des trous, nécrose beaucoup plus étendue que la largeur des plaques et comprenant toute l'épaisseur de la paroi. Les séquestres sont mobiles. Belle coque d’ossification périostique sur toute la longueur du tibia.
La section longitudinale de cet os montre des productions osseuses nouvelles plein le canal médullaire, excepté au niveau des trous et des plaques obturantes, où la paroi s’est entièrement nécrosée. Au moment de l’autopsie, nous n'avons pas retrouvé la plaque inférieure ; mais on l'avait vue en place.
Le vingt-quatre juin, c'est-à-dire douze jours après l’opération, la plaque supérieure élait mobile. Ces détails consi-
gnés par esprit d'exactitude n'infirment en rien les conclusions
EU de
à tirer de l'expérience contre l'assertion de Maas; car les plaques sont restées assez longtemps bien fixées d'une part, et, d'autre part, il y a eu nécrose à leur niveau, et les productions osseuses n’ont manqué dans le canal médullaire qu’au niveau des trous, c’est-à-dire dans les seuls points où il aurait dù s’en montrer, si les éléments ostéogènes devaient, comme le prétend Maas, venir du périoste par ces trous.
Toutes les nouvelles ossifications sont magnifiquement colorées en rose par la garance. Cela permet de voir qu’elles ont dépassé le canal médullaire pour s'étendre jusqu'aux cou- - ches juxtr-épiphysaires.
Nous verrons dans les observations suivantes les animaux adultes nous donner les mêmes résultats, malgré le dire contraire de Bidder de Mannheim.
EXPÉRIENCE II (due à M. VixcexT).
Perforation du canal médullaire : extraction de la moelle ; occlusion au moyen d'une plaque de platine ; nécrose diaphysaire totale au niveau de la plaque ; ossifications médullaires et périostiques abondantes, Régime garancé. Injection intra-veineuse d'acide phénique; mort instantanée,
22 juillet 880. — Chien adulte de forte taille. Au moyen du foret et du ciseau, on fait sur la face interne du tibia un trou de quinze millimètres de long sur trois de large. Curage du canal médullaire et lavage abondant à l'eau phéniquée. Décollement du périoste au pourtour du trou avec la rugine.
Obturation de l’orifice à l’aide d’une large plaque de platine, aux quatre coins de laquelle un trou à été pratiqué pour le passage du fil de fer destiné à la serrer contre l'os, afin de prévenir sa chute et d'assurer mieux l'oblitération, et par là même, d'empêcher mieux l'invasion des subtiles ostéoblastes. Dans le même but, nous plaçons encore par-dessus la plaque
deux anneaux de filde fer galvanisé, dont les chefs sont vigoureusement tordus.
L'instrument le plus commode pour enrouler le fil métallique autour du tibia, est l'aiguille de Déchamp. Le périoste décollé très loin a été ramené par dessus la plaque, puis la peau a été suturée.
Régime garancé.
23 août. — L'animal est sacrifié. Continuant mes recherches sur l’action de l'acide phénique injecté dans les veines, j'ai injecté dans la veine fémorale de ce chien, une demiseringue Pravaz d'acide phénique pur. Aussitôt, l'animal a été pris de tremblement général, et en 30 secondes il a succombé.
Autopsie. — Nécrose diaphysaire totale au niveau de la plaque et bien au delà, le périoste qui avait été rabattu sur les bords de la plaque, s'est mortifié, tandis qu'il a abondamment proliféré au-dessus et au-dessous, de telle sorte qu'on aperçoit la plaque au fond d'une excavation dont les parois sont formées par des masses sous-périostiques d'os nouveau.
A la coupe longitudinale du tibia, on constate la présence d'ossifications médullaires dans tout le canal, excepté sur une étendue de vingt millimètres au niveau du trou, c’est-àdire au niveau de la portion de la diaphyse nécrosée. Les ossifications médullaires et périostiques sont admirablement colorées par la garance. La scie a coupé la plaque de platine et les fils de fer sans les arracher, une partie est ensevelie au milieu des masses osseuses nouvelles fournies par le périoste. L'obturation était complète et s'était maintenue jusqu’au bout, et néanmoins, nous avons de l’os plein le canal médullaire, malgré l’assertion contraire de Maas, et cela chez un chien adulte, quoique Bidder pense que les animaux adultes ne soient pas en état de fournir des ossifications médullaires.
EXPÉRIENCE IV (due à M. Vixcenr)
Perforation des deux tibias ; à droite, destruction de la moelle et occlusion avec une plaque de platine ; ossifications très abondantes dans le canal médullaire et sous le périoste, pas de nécrose; à gauche, pas de destruction de la moelle, pas d'occlusion; ossifications pauvres et rares dans le canal médullaire. Régime garancé. Injection d'alcool à 930 dans les veines,
29 juillet 1880. — Chien boule dogue adulte. Chloralisation sous-cutanée comme dans toutes nos expériences de ce genre. Jambe droite : perforation du tibia, broiement de la moelle, lavage phéniqué du canal médullaire; obturation avec une plaque de platine, comme dans les expériences précédentes.
Jambe gauche : simple perforation du tibia, la moelle n'a pas été touchée, elle a été laissée intacte. On ne met pas de plaque sur le trou, dans le but de vérifier si, comme dit Maas, il y à des ossifications dans le canal médullaire quand on laisse la perforation non close et-s’il n’y en a pas lorsqu'on la bouche avec une plaque obturatrice. Greffe de moelle sous la peau du ventre. Régime garancé.
14 août. — J'ai cueilli le produit de la greffe médullaire. Il consistait en trois petits kystes séreux et un grain d'os. 25 août. — Animal sacrifié en injectant de l'alcool à 93°
dans la veine fémorale.
Examen du tibia gauche (pas de plaque): les ossifications médullaires y sont très pauvres, tandis que sur le tibia droit elles remplissent entièrement le canal médullaire. Les ossifications périostiques sont énormes sur toute la longueur de l'os; elles ne font défaut qu'au niveau de la plaque. Celleci est très adhérente à l'os auquel elle est fixée par trois anneaux de fil de fer très serrés. Chose exceptionnelle, il n’y a pas eu de nécrose de la substance compacte sous la plaque. Les ossifications nouvelles ont une belle teinte garance.
EXPÉRIENCE V (due à M. VINCENT)
Perforation de deux tibias : à droite, moelle laissée intacte, plaque de platine. Nécrose diaphysaire totale ah niveau de la plaque; ossifications abondantes dans le canal médullairé et sous le périoste; à gauche: moelle laissée intacte, pas de plaque ; absence d'ossifications périostiques, bouchon d'os nouveau au niveau du trou dans le canal médullaire. Régime garancé. Injection intra veineuse d'acide phosphorique.
29 juillet 1880. — Boule-basset, adulte. Chloralisation sous-cutanée, jambe droite; perforation du tibia. La moelle n'a par été enlevée. Obturation avec plaque de platine.
Jambe gauche : même opération, mais pas de plaque.
27 août. — Sacrifié par injection intra-veineuse d'acide phosphorique. En l'espace d’une heure, j'ai injecté dans la veine fémorale dix pleines seringues Pravaz, soit environ dix grammes d'acide phosphorique. Les injections étaient suivies de grandes inspirations anxieuses. La respiration s'est arrêtée avant les battements de cœur. Dans les veines injectées, le sang était noir.
Examen des tibias. — A droite, la plaque et les fils sont en place; nécrose totale de la diaphyse à leur niveau. A la coupe longitudinale, on trouve des ossifications médullaires plein le canal, excepté à la hauteur de la nécrose et de la plaque. Les ossifications périostiques sont également très abondantes.
Tibia gauche : le trou est bouché par l'os nouveau et le canal médullaire contient également des ossifications sur une longueur correspondante; mais au-dessus et au-dessous le canal est absolument vide de productions osseuses. Ces faits sont loin de réaliser les dires de Maas. Nous trouvons des résultats peu d'accord avec les siens.
EXPÉRIENCE VI (due à M. VINGENT).
Ouverture de l'articulation du genou. Ouverture chondro-épiphysaire et pariétale du canal médullaire du tibia Destruction de la moelle, Enfoncement d’un morceau du péroné dans le canal par le trou articulaire. Nécrose autour du trou pariétal qui s’est en partie oblitéré par un bouchon d'’ossification médullaire. Ossification intra-médullaire. Action de l'injection veineuse d'atropine sur les chiens et les pigeons.
30 juin 1880. — Petit chien noir très adulte. Chloralisation hypodermique. On ouvre l'articulation du genou en dedans ; section du ligament latéral interne et rotulien. Perforation du cartilage et de l'épiphyse du tibia avec nn foret à main, qui est enfoncé jusqu'au canal médullaire. Au milieu de l'os, sur la face interne, je fais un trou par lequel je fais sortir la moelle broyée à l’aide d'un très fort courant d'eau phéniquée.
Avec le péroné bouilli d'un chien, je fais une tige du calibre de la perforation choudro-épiphysaire et je l'enfonce à une profondeur de quatre centimètres. La partie supérieure est coupée au ras du cartilage.
Suture métallique du tendon rotulien et des téguments. Aucune suture sur le milieu du tibia.
23 juillet. — Le chien a arraché toutes les sutures, l’articulation est béante. Suppuration au niveau du trou diaphysaire.
Nous tentons de tuer l'animal par l’atropine. Injection de 5 milligrammes dans la veine fémorale. Au même instant, les pupilles se dilatent à l'extrême et l'animal s'endort.
Au bout de vingt minutes, nous lui injectons encore deux milligrammes. Bientôt il se met à délirer. Ses aboïements et mouvements semblent indiquer qu'il croit remplir ses fonctions de gardien. Puis son sommeil devient doucement plaintif; gueule sèche. Dix heures après, il n'était pas encore mort. On l’achève par la strychnine. Quelques jours avant, nous
avons tué un chien plus gros avec une dose extrêmement faible d’atropine.
Les animaux d’une même espèce sont très différents sous le rapport de leur susceptibilité pour un même agent toxique.
L'examen du tibia sectionné dans le sens de son axe longitudinal nous montre le canal médullaire rempli d'ossifications colorées par la garance. Il y a du pus à l'extrémité supérieure, au niveau du trou diaphysaire; nécrose de la substance corticale en ce point, dont le périostes’est mortifié. Et cependant, le trou est en partie comblé par un petit bouchon d'os garancé qui est en continuité avec les ossifications intra-médullaires, de telle sorte qu'on dirait que c’est un bourgeon médullaire qui est venu faire hernie par cet orifice et s’y transformer en os. Il y a du pus autour de la fiche d'os qui est en place et n'offre aucune érosion.
EXPÉRIENCE VII (due à M. VINGENT).
Ouverture du genou. Perforation du plateau du tibia. Implantation d'une fiche de bois imprégnée de térébenthine. Ossification intra-médullaire et souspériostique; condensation du tissu spongieux. Réunion
immédiate de l'arthrorraphie. Absence de suppuration articulaire.
29 juillet 1880. — Gros chien de chasse adulte. Chloralisation hypodermique. Genou gauche. La peau est rosée. Incision intérieure en arc comme pour la résection du genou. Le bistouri est passé en arrière du ligament rotulien, puis ramené, le tranchant en avant, pour couper ce ligament. On délie la jambe, et fléchissant le genou, on enfonce le foret au travers du cartilage et du tissu spongieux jusqu'au canal médullaire.
Introduction, par ce trou, d'une tige de plusieurs centimètres en bois de sapin trempée dans de l'essence de térébenthine. Suture du ligament et des parties molles. Lavage phéniqué.
Cons OT En
29 août. — Amputation de la jambe dans l’article. A la coupe longitudinale du tibia, on voit des ossifications plein le canal médullaire, une condensation par ostéogénèse du tissu spongieux de l'extrémité supérieure ; la tige de bois est mobile dans le canal osseux où elle a été implantée ; une mince nappe de pus l'entoure. Notons que dans cette expérience, comme dans la plupart des expériences de ce genre, la ténorraphie à parfaitement réussiet que le genou n’a pas suppuré. Un épanchement plastique ne tarde pas à s'étendre sur l'extrémité supérieure du corps étranger, à s'organiser et à séparer le canal qui le contient de la cavité articulaire.
Il ya des ossifications périostiques sur toute la surface de l'extrémité supérieure du tibia. Les nouvelles ossifications sont bien colorées par la garance.
Dans les expériences précédentes, la moelle osseuse a été privée de tout rapport avec le périoste, et cependant elle a pu produire de l'os. Dans les expériences suivantes, elle est isolée, non seulement du périoste, mais encore de la surface interne de l'os, son pouvoir ostéogènen'en estpas moins évident.
EXPÉRIENCE VII (due à M. ViNceNT).
Désarticulation du genou; introduction d'un tube métallique dans le canal médullaire du fémur par un tunnel creusé de la surface articulaire au pôle inférieur du canal, Sa moelle s'est ossifiée dans le tube métallique d'isolement, le canal médullaire s'est rempli d'ossifications et le périoste a proliféré ; letissu spongieux de l'extrémité inférieure du fémur est devenu plus dense.
29 août 1880. — Gros chien de chasse adulte. Chloralisation hypodermique. Désarticulation du genou au fond de la poulie fémorale, perforation avec un foret à main du carti-
no
lage d’encroûtement et du tissu spongieux, suivant l'axe du fémur jusqu'au canal médullaire.
Implantation par cette voie d’un canon de porte-plume d’écolier, qui mesure sept centimètres et qui est enfoncé tout entier dans le canal médullaire, jusqu'à ce que son extrémité inférieure, fermée comme on voit, vienne effleurer la surface articulaire. Lavage phniqué de la plaie ; suture du moignon.
20 septembre. — L'animal étant malade, on le tue.
Examen du fémuwr:.— Get os, scié suivant son grand axe, nous montre des ossifications plein le canal médrllaire. Le tube bouché à son extrémité inférieure, laquelle est loin du périoste, est rempli dans plus de son tiers supérieur, c'està-dire dans la partie qui plonge dans le canal et qui s’est remplie de moelle au moment de l'introduction; ce tube, disons-nous, est, lui aussi, rempli de tissu osseux nouveau, formé aux dépens de cette moelle.
EXPÉRIENCE IX (personnelle).
Ouverture du genou. Introduction d’un tube métalliqie dans le canal médullaire du fériur, Ossification de la moelle.
24 juillet 1884. — Chien adulte de taille moyenne. L’articulation du genou gauche est largement ouverte. On fait saillir au dehors l'extrémité inférieure du fémur comme s’il s'agissait d’une résection. A l’aide d'un vilebrequin il est pratiqué, entre les deux condyles, un tunnel cylindrique se continuant avec la cavité médullaire.
Le canal ainsi formé est lavé abondamment avec l'eau phéniquée, puis on enfonce, d'une profondeur de huit centimètres, un tube métallique fermé à son extrémité inférieure,
Suture de l'articulation.
Le lendemain de l'opération, le chien avait déjà arraché
ER ee
tous les points de suture et ouvert l'articulation. La plaie fut néanmoins laissée dans cet état et lavée chaque jour avec de l'eau phéniquée. |
À septembre 1884. — L'animal est sacrifié.
La cavité articulaire est remplie incomplètément de tissus nouvellement formés, allant, sous forme de membranes épaisses, d’une surface articulaire à l'autre. Le périoste est considérablement épaissi au niveau de l'extrémité inférieure du fémur. Le canal médullaire est rempli de substance osseuse de nouvelle formation; l'extrémité supérieure du tube est également pleine d’une substance osseuse dense. Les masses osseuses intra-médullaires ont, du reste, le même aspect que les couches périostales qui enveloppent l'extrémité inférieure du fémur,
EXPÉRIENCE X (personnelle).
Ouverture de l'articulation du genou. Introduction d’un tube métallique dans le canal médullaire, Ossification de la moelle,
24 juillet 1884. — Chien de chasse adulte. L’articulation du genou est largement ouverte. Entre les deux condyles du fémur, on crée un tunnel osseux qui se continue avec le canal médullaire. Lavage à l’intérieur avec de l'eau phéniquée. Il est ensuite introduit un tube métallique de huit centimètres fermé à son extrémité inférieure. Le tube est enfoncé de toute sa longueur.
Le lendemain, l'animal avait arraché les points de suture; ce qui n'empêche pas la cicatrisation de se faire rapidement après une suppuration de quelques jours.
4 septembre 1884. — L'animal est sacrifié. Comme dans l'expérience précédente, l'extrémité inférieure du fémur est considérablement épaissie par les couches osseuses périostales de nouvelle formation. Le canal médullaire est rempli par l’ossification de la moelle, et à l'intérieur du tube se
trouve de la substance osseuse, spongieuse, parfaitement nette.
Dans l'expérience suivante, la moelle isolée du périoste, et entourée par une diaphyse nécrosée, s'est cependant ossifiée dans toute son étendue.
EXPÉRIENCE XI (due à M. VINCENT).
Dénudation périostique de toute la diaphyse du tibia ; enveloppement de cette diaphyse avec une bande de toile. Nécrose de cette diaphyse. Ossification intra-médullaire.
14 août 1880. — Chien loulou adulte. Chloralisation hypodermique. Jambe droite : incision du genou à l'articulation tibio-tarsienne, sur la face interne du tibia ; section de l’aponévrose, détachement des muscles qui entourent l'os; raclage à la rugine de tout le revêtement périostique et lavage abondant à l’eau phéniquée. Enveloppement du tibia avec une bande de toile; suture.
26 août. — Enlèvement du chiffon; lavage de la plaie qui est ouverte et laisse voir le tibia entièrement à découvert.
9 septembre. — Animal meurt de suppuration. La section longitudinale du tibia nous montre le canal médullaire tapissé d'ossifications, qui, en plusieurs points, en oblitèrent complétement la lumière. L'os est nécrosé. Il y a à sa surface, entre l'épiphyse et la diaphyse, un sillon de séparation du vif avec le mort.
EXPÉRIENCES TENDANT A DÉMONTRER QUE LA MOËLLE PEUT S'OSSIFIER EN DEHORS DU CANAL MÉDULLAIRE
EXPÉRIENCE XII (due à M. Vince).
Transplantation de la moelle du tibia d'un poulet dans la crête du même animal. Très belle ossification de cette moelle. La moelle possède donc en elle-même 1: pouvoir de produire de l'os,
3 août 1880. — Poulet jeune. Greffe d'un lambeau du périoste du tibia sur la moitié droite de la crête. Greffe de la moelle du même os sur la moitié gauche de la crête.
16 août 1880. — Ablation de la crête. La greffe périostique s’est résorbée. La greffe médullaire a pris. Elle a produit un os environ moitié moins gros que le fragment de moelle transplantée. Cet os nouveau fourni par la moelle du tibia transplantée dans la crête du poulet, mesure trois millimètres de long sur un de large. Il est composé de tissu spongieux. Une coupe, examinée au microscope, permet de voir de très belles cellules osseuses.
« Voilà, ajoute M. Vincent, de l'os nouveau qui s’est bien formé sans le concours insidieux du périoste; nous sommes absolument sûrs de n'avoir pas confondu la greffe médullaire avec la greffe périostique. Néanmoins, la crainte de cette objection, dont nous sentions tout le poids, nous a empêché, durant trois ans, de publier ce fait et le présent mémoire (Archives de chirurgie, 1884) (1), avant quenous ayons eu le loisir de reprendre à nouveau loutes nos expériences et spécialement celle des greffes, à l'occasion de la thèse inaugurale de M. Hyvernat. Voici entre autres un nouveau fait positif d'ossification médullaire de la crête d'un coq. La pièce a été présentée à la Société nationale de Médecine de Lyon, le AL août 1884. »
4) Ce mémoire n'a pas encore paru,
EXPÉRIENCES XII et XIV (dues à M. VINCENT)
Ossification et chondrification de moelle transplantée dans la crête de poulets.
25 juillet 1884. — Sur deux poulets jeunes, nous pratiquons la résection sous-périostée de la diaphyse de l’un des radius et, faisant éclater l'os en coupant les parois du canal médullaire avec des ciseaux, nous en extrayons délicatement un cylindre de moelle rouge. La crête des poulets ayant été préalablement fendue dans le sens antéro-postérieur, nous y logeons au fond de la tranchée saignante, le cylindre de moelle, en ayant soin de ne pas l’écraser, puis nous l'y fixons à l'aide d’une suture très soignée.
Le 9 août, soit au bout de quatorze jours, nous enlevons la crête de l'un des poulets. Nous y trouvons un noyau dur de la grosseur d’un noyau de cerise et représentant, ossifiée, à peu près la moité du volume dela moelle greffée.
M. Vincent ajoute : cet os hétérotopique ne se laisse pas traverser par une épingle d'acier ; c’est du tissu osseux spongieux de consistance très grande. Son caractère osseux a été vérifié par plusieurs, tant au point de vue macroscopique qu'au point de vue microscopique.
Le 11 août, soit au bout de seize jours, la crète a été enlevée à l’autre poulet, greffé le même jour que le précédent. Le noyau est plus volumineux que chez le premier poulet, mais il n'a pas la consistance de dureté osseuse, il se laisse traverser par l'épingle. Le microscope nous confirme que ce n’est que du tissu cartilagineux fibroïde.
Les expériences précédentes prouvent d’une façon évidente que la moelle peut se transformer en os. Qu'elle soit irritée dans le canal médullaire luimême, isolée de la surface imterne de l'os. ou trans-
portée loin de son siège habituel, son pouvoir ostéogène se révèle, mais non pas toujours. Combien, en effet, d'expériences malheureuses avant d'en obtenir une véritablement positive ? La chose est vraie, surtout lorsqu'il s’agit de greffes médullaires, Aussi, au point de vue de la régénération osseuse, eroyons-nous devoir la placer après le périoste.
Il nous resterait maintenant à étudier l'importance du pouvoir ostéogène de la moelle, au point de vue pathologique, mais ce serait quitter le terrain de la physiologie et nous égarer dans des questions qui dépassent nos forces. Nous nous bornerons à rappeler, après beaucoup d’auteurs, que le cal interne, dans les fractures, doit être considéré comme provenant de la moelle, puisqu'il est démontré que celle-ci peut se transformer en os. De même aussi, on ne doit pas désespérer de la régénération osseuse, après la nécrose d’une portion plus ou moins considérable d’une diaphyse et de son périoste, puisque la moelle peut, à la rigueur, suppléer celui-ci.
Nous terminerons par les conclusions suivantes :