‹ Du Pret a la Grosse Chez les AtheniensChapitre 11 sur 11 · IV. - PLAIDOYER CONTRE DIONYSODORE · texte numérisé non relu

IV. - PLAIDOYER CONTRE DIONYSODORE

Je .suis participant dans le pr&t dont il s’agit, Athéniens. Nous autres qui faisons valoir notre argent dans les entreprises maritimes, et qui confions à des mains étrangères tout ou partie do notre fortune, nous ne savons que trop combien l'emprunteur a d’avantages sur nous. En cfTet, il reçoit du bel et bon argent, la somme convenue, après quoi il nous remet, .sur une tablette achetée deux pièces do cuivre, ou sur un tout petit morceau de papier, la promesse de s’acquitter un'jour. Mais nous, nous ne promettons pas de donner un jour, nous donnons sur-le-champ notre argent à l’emprunteur. En qui donc avons-nous confiance, on qui trouvons-nous une garantie pour nous dessaisir de la sorte? En vous, juges, et en vos lois, aux termes desquelles toute obligation librement contractée par une personne envers une autre doit recevoir son exécution. Mais, à mon sens, ni les lois ni aucun contrat ne servent de rien si celui qui reçoit l’argent n’est pas parfaitement honnête, et s’il est capable tout à la fois de vous voir sans trembler et de regarder son créancier sans rougir. Ces deux sentiments sont également inconnus à Dionysodorc; son audace ne connaît plus do borne. 11 nous avait emprunté à la grosse sur son navire trois mille drachmes pour un voyage avec retour à Athènes, et nous devions rentrer dans nos fonds l'année dernière pendant la saison. Au lieu de cola il a, au retour, dirigé le navire sur Rhodes, il a détourné le chargement vers une destination nouvelle et l’a vendu, contrairement au contrat et à vos lois. Ue Rhodes il a de nouveau envoyé le navire en Egypte, et d’Egypte à Rhodes. Et nous qui lui avons prêté à Athènes, nous n’avons pas encore obtenu qu’il nous rondo nos fonds ou qu’il nous représente notre gage. Loin de là, voici la deuxième année qu’il fait travailler notre

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argent à son profit, et tout en gardant par devers lui et le capital prfité, et les intérêts, et le navire affecté à notre garantie, il ne s’en présente pas moins devant vous avec assurance, comptant bien nous faire porter la peine de l’épobélic, et nous détenir en prison après nous avoir dépouillés do notre argent. Nous vous prions donc. Athéniens, et nous vous conjurons, tous tant que vous êtes, de nous venir en aide si vous trouver, qu’on nous fasse tort. Je veux vous expliquer tout d’abord comment notre convention s’est formée ; cela fait, vous me suivrez très-facilement.

Dionysodoro que voici. Athéniens, et son associé Parménisque vinrent nous trouver l’année dernière, au mois do Métagitnion, et nous dirent qu’ils voulaient emprunter sur leur navire, pour un voyage en Egypte, et d’Égypte à Rhodes ou à Athènes, à des intérêts différents pour chacune de ces doux places. Nous répondîmes, juges, que nous ne prêterions pour aucune autre place que celle d’Athènes; ils s’engagèrent, en conséquence, à revenir ici ; à cette condition, nous leur prêtâmes sur leur navire trois mille drachmes pour un voyage d’aller et retour, et ils passèrent du tout un contrat par écrit. Pamphile que voici figura seul comme prêteur dans ce contrat. Pour moi, je m’intéressai dans le prêt comme participant, mais sans être en nom. Et d’abord on va vous lire les termes du contrat.

CONTRAT

En exécution do ce contrat, juges, Dionysodore que voici et .son associé Parménisque reçurent de nous les fonds et envoyèrent le navire d’ici en Égypte. Parménisque monta luimême sur le navire, Dionysodoro resta ici. Or tous deux, juges, il faut encore que vous sachiez cela, étaient les agents et les facteurs de Cléomène, l’ancien gouverneur de l’Égypte, qui, du jour où il a reçu ce gouvernement, a fait beaucoup do mal à notre ville, et plus encore aux autres Grecs, en accaparant les blés, et en soutenant les prix, lui et ceux qui s’entendaient avec lui. Les uns expédiaient d’Égypte les marchandises, d’autres fes accompagnaient sur mer et s’occupaient du trafic, d’autres enfin restant ici disposaient des chargements qui leur étaient consignés. Puis, suivant le cours, les gens d’ici écrivaient à ceux des autres

nu PRÊT A LA GROSSE

places. Si cher nous le blé était cher, ils on Taisaient venir; si les prix tendaient à la baisse, ils le faisaient diriger sur d’autres marchés. De là, juges, sont résultées de fréquentes hausses sur les blés, par reffet de ce concert et de cos correspondances. Or, le jour où partit le navire expédié par nos adversaires ils laissaient ici le blé à un prix élevé ; c’est pourquoi ils consentiront k mettre dans le contrat qu’au retour le ternie du voyage serait Athènes, à l’exclusion de loirt autre port. Depuis, juges, eut lieu le retour dbs navires partis pour la Sicile ; les cours des blés conimencéronl à baisser, et cependant le navire de nos adversaires arrivait en Egypte. AussilAt Dionysodore envoie quelqu’un à Rhodes, pour faire connaître à son associé Parniéni.sque l’étal de notre place, sachant bien que le navire devait nécessairement relAcher à Rhodes ; et il en vient à ses lins. En effet, Parménisque, associé do Dionysodore, ayant refû la letlro de celui-ci, et connaissant la baisse du blé sur le marché d’Athènes, décharge son blé à Rhodes et le vend sur la place; et tout cela, juges, s’est fait au mépris du contrat et dos clauses pénales auxquelles ils s’étaient soumis eux-mêmes pour toute contravention, au mépris do vos lois qui enjoignent à tous capitaines et gens de mer de se rendre au port indiqué dans les conventions, et les frappent des plus fortes peines .s’ils font autrement. Pour nous, à la première nouvelle de l'événement, consternés do ce procédé, nous allâmes trouver Dionysodore, qui avait été l’âme de toute l’affaire, nous lui fîmes nos plaintes, comme de raison. Ainsi, lui disions-nous, après avoir expressément stipulé dans le contrat qu’au retour le navire se rendrait à Athènes et non ailleurs, après n’avoir prêté notre argent qu’à ces conditions, il nous laissait exposés au soupçon, en butte aux accusations des gens qui viendraient diro que nous avions une part dans cet envoi de blés à Rhodes; et ni lui ni Parménisque ne s’étaient nullement inquiétés de conduire leur navire dans votre port, quoiqu’ils s’y fus.sonl engagés par le contrat. Après avoir vainement invoqué le contrat et nos droits, nous insistâmes pour recevoir tout au moins le capital prêté et les intérêts convenus dès le principe. Mais Dionysodore nous traita rudement et alla jusqu’à déclarer qu’il no payerait pas los intérêts portés au contrat, n .Si vous voulez, dit il, recevoir une fraction proportionnelle à coqui a été fait sur le voyage, je vous payerai

CHEZ CES ATHÉNIENS

les intérêts jusqu’à Rhodes, mais rien do plus. » C’est ainsi qu'il réglait les choses à sa discrétion, sans s’inquiéter dos droits que le contrat nous conférait. Comme nous refusions de faire la moindre concession à cet égard, comprenant bien qu’agir ainsi c’était reconnaître notre participation à l’envoi des blés à tlhodes, Dionysodore insista davantage cneoro, et, accompagné de nombreux témoins, vint nous trouver à son tour, en déclarant qu’il était prêt à payer le capital et les intérêts jusqu’à Rhodes, non pas juges, qu'il eût réellement l’intention de nous rien donner, mais il pensait bien que nous no voudrions pas recevoir l’argent, de peur de nous compromettre. C’est ce que lu .suite a bien prouvé Rn effet. Athéniens, quelques uns de vos concitoyens qui se trouvèrent là par hasard nous conseillèrent , de prendre ce qu'on nous donnait, et de plaider pour ce qu'on nous contestait, en ayant soin de ne pas reconnaître avant le jugement à intervenir que les intérêts étaient dus seulement jusqu’à Rhodes; et nous, juges, nous y consentîmes, n’ignorant pas les 'droits résultant pour nous du contrat, mais pensant qu’il fallait faire un sacrifice, abandonner quelque chose, pour éviter de paraître aimer les procès ; mais lui, comme il nous voyait prêts à le suivre ; «Ainsi donc, dit il, vous annulez loconlrat? » — « Nous l’annuler! En aucune façon. Nous déclarerons, en présence du banquier, l obligation éteinte jusqu'à concurrence do la somme que tu vas nous donner , mais pour annuler le contrat tout entier, nous ne pouvons y con.sentir jusqu’à ce qu'il y aitjugcmentsurla somme contestée. Et, en effet, qu’aurons-nous de valable et de sérieux à dire, s’il faut nous présenter devant l'arbitre ou devant le tribunal, après avoir annulé le contrat qui est la seule garantie de nos droits 7» Tel fut, juges, notre langage. Nous demandions à Dionysodore. do ne pas toucher à l’acte, de no pa.s le déchirer après qu'eux-mêmes l’avaient reconnu valable ; nous voulions qu’il nous payât ce dont il s'avouait débiteur, et que, pour la .somme coiitesléo, l'affaire fût remise, comme se trouvant en état, au jugement d’un, ou, s’il le préférait, do plusieurs arbitres, pris parmi les négociants de cette place. Dionysodore ne voulut écouler aucune de ces propositions, et parce que nous avons refusé de déchirer le contrat après avoir reçu ce qu’il nous offrait, voici bientôt deux ansqu il garde notre argent cl qu’il s’en sert. Ce qu il y a

de plus odieux, juges, c'est que lui-même louche les intérêts maritimes de ces fonds qui nous appartiennent, et qu’il a prêté, non pas à Athènes ni à desliiialioa d’Athènes, mais à destination de Rhodes et de rKgyplo, tandis que nous qui avons prêté à destination de votre place, nous ne pouvons obtenir de lui qu’il remplisse ses obligations. Pour prouver que je dis vrai on vi vous lire la soniinalion que nous lui avons faite à celle occasion.

SO.MMATION.

C’est on ces termes, juges, que nous avons .sommé Dionysodore, cl à plusieurs reprises, et nous avons ensuite prolongé le délai fixé par notre sommation; mais lui dit que nous étions bien .simples si nous nous imaginions qu’il serait assez insensé pour aller devant un arbitre où il serait infailliblement condamné à payer, tandis qu’il pouvait se présenter devant le tribunal avec les fonds, et alors ou bien vous tromper et s’en aller ainsi riche du bien d’autrui, ou, s’il n’y parvenait pas, éviter une condamnation en con-signant ; ce n’est pas qu'il eût confiance dans la justice de sa cause, mais il voulait courir cette chance avec vous.

Vous êtes maintenant instruits, juges, de ce qu’a fait Dionysodoro. Vous êtes surpris sans doute nu récit de tant d'audace, en voyant .sur quoi se fonde sa confiance au moment où il se présente ici. M’est-ce pas, en effet, une audace inouïe? Après avoir emprunté de l’argent sur la place d’Athènes, après s'être expressément engagé par un acte écrit à ramener le navire dans votre port, ou, faute de ce faire, à payer deux fois le capital, il n’a pas ramené le navire au Pirée, il ne rend pas l’argent aux prêteurs, et quant au blé il l'a déchargé et vendu à Rhodes. El après avoir fait tout cela, il n’en ose pas moins vous regarder en face. Voici ce qu’il répond : Il dit qu’au retour d'Egypte le navire s’est brisé et qu’on a été forcé par là de relâcher à Rhodes et d’y mettre le blé à terre, et pour prouve, il aurait, à ce qu’il prétend, frété dos allèges à Rhodes et envoyé ici une certaine quantité de marchandises. Tel est le premier moyen de sa défense ; voici le second : Il dit que d’autres prêteurs ont consenti à ne prendre les intérêts que jusqu’à Rhodes; nous serions bien durs de ne pas faire la même concession. En troisième lieu enfin

CHKZ LES ATHÉNIENS.

il dit qu’aux termes du contrat, il est tenu de rendre l'argent si le navire revient à bon, port ; or le navire n’est pas revenu à bon port au Pirée. A chacun de ces arguments, juges, voici ce que nous répliquons : ,

D’abord, lorsqu'il dit que le navire s'est brisé, c’est un mensonge, et je crois que vous on Aies tous bien convaincus. Si cet accident était arrivé au navire, on n'aurait pu le conduire jusqu'à Rhodes, ni lui faire reprendre la mer. Or on voit ce navire arrivé à bon port à Rhodes, reparti ensuite do là pour l’Égypte, naviguer en ce moment même pour toute destination, excepté celle d’Athènes. Est-ce là se défendre sérieusement? S'il faut •

conduire le navire au port d’Athènes, on dit qu'il est brisé; mais s’il faut faire arriver le blé à Rhodes, alors il se trouve que ce même navire est en état de tenir la mer.

Mais, dit-il, pourquoi ai-je frété des allèges, pourquoi ai-je transbordé le chargement et l’ai-je expédié ici? La raison. Athéniens, c’est que ni lui, ni son as.socié n'étaient propriétaires do toutes les marchandises. Ce sont donc, je pense, les pas.sagers qui ont envoyé ici leurs effets, et affrété des allèges par nécessité, le voyage étant rompu par le fait de nos adversaires. Quant aux marchandises dont ces derniers étaient propriétaires, ils no les ont pas toutes expédiées ici, mais seulement celles dont le prix était élevé sur notre place. Aussi bien pourquoi, ayant affrété d’autres bâtiments, comme vous le dilos, n’avez-vous pas transbordé tout le chargement du navire? Pourquoi avez-vous laissé le blé à Rhodes ? C’est que, juges, c’était leur intérêt de le vendre là. Ils savaient, en effet, qu’ici les cours étaient en baisse. Mais ils ont envoyé chez vous le reste des marchandises, sur lesquelles ils espéraient gagner. Ainsi ces affrètements dont tu parles prouvent non pas que votre navire fût brisé, mais qu’il y avait intérêt pour vous à prendre ce parti.

J’en ai assez dit sur ce point. Quant aux prêteurs qu’il dit avoir consenti à recevoir d’eux les intérêts seulement jusqu’à Rhodes, cela ne nous regarde pas. Si quelqu’un a renoncé en votre faveur à une partie de ses droits, du moment qu’il a consenti il n’a plus à se plaindre. Mais nous, nous ne t’avons rien concédé, nous n'avons pas consenti au voyage do Rhodes. Pour nous, il,n’y a rien au-dessus de la loi du contrat. Que dit- il donc, ce contrat? Qu’exige-t-il en ce qui concerne la destination du

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narire? d’Athènes en Égypte et d’Égypte à Athènes, faute de quoi les emprunteurs payeront doux fois le capital. Si tu as fait cela, tu as rempli ton obligation; si tu ne l’as pas fait, si tu n’as pas ramené ton -navire à Athènes, tu as encouru la clause pénale. Et cette condition, ce n’est pas un autre qui te l’a faite : tu te l’es imposée à loi-méme. Prouve donc aux juges de deux choses l’une : ou que le contrat ne nous confère qiicun droit, ou ue tu n'es pas tenu do t’y conformer. Si quelques préteurs t’ont fait une concession, s’ils ont consenti à recevoir les intérêts seulement jusqu’à Rhodes, déterminés je ne sais par quelle raison, suit-il de là que tu ne nous fa.sses pas tort quand, au mépris du contrat, tu fais aborder le navire à Rhodes? Je ne le crois pas. Cas juges que tu vois ne sont pas ici pour connaître des concessions qui ont pu t'être faites par d’autres. Il s’agit pour eux du contrat que tu as fait avec moi. Et, au surplus, cette remise d’intérêts, si elle a eu lieu, comme nos adversaires le di sent, a eu lieu au profit des prêteurs. Cela est évident pour tout le monde. Ceux qui an départ d’Égypte avaient prêté à Dionysodore et Parménisque pour un voyage à Athènes sans retour, étant arrivés à Rhodes et voyant le navire entré au port, n’avaient aucune raison pour se refuser à remettre une partie des intérêts ni à recevoir leur capital à Rhodes, de façon à le prêter de nouveau pour l’Égypte. Cela faisait même bien mieux leur affaire que de poursuivre le voyage jusqu’ici. En effet la navigation n'est jamais interrompue entre Rhodes et l’Égypte, et de la sorte ils pouvaient tirer de la même somme un double et triple profit; à Athènes, au contraire, il fallait séjourner, passer l’hiver, et attendre la saison. Ces prêteurs dont ils parlent ont donc augmenté leurs bénéfices, bien loin de faire aucune conccs.sion. Quant à nous, non-seulement nous demandons les intérêts, mais nous ne pouvons même pas recouvrer notre capital.

No vous prête* donc pas à cette manoeuvre d’un homme qui veut vous tromper en donnant comme exemple ce qui s'est passé avec les autres prêteurs. Ramenex-lc au contrat, et aux droits résultant du contrat. Aussi bien c’est là ce qui me reste à discuter, et c'est précisément là qu’il triomphe, soutenant que, d’après le contrat, il doit rendre l’argent prêté si le navire revient à bon port. C’est aussi ce que nous soutenons, nous. Je

r.HKZ LES ATHÉNIENS.

voudrais seulement savoir de toi si tu entends plaider que le navire a péri, ou qu’il est arrivé 5 bon port. Car si le navire a péri et n'existe plus, pourquoi contcsles-tu le chiffre des in- Icrêls? Pourquoi nous offres-tu la portion afférente au voyage de Rhodes ? En ce cas, il n’y a plus pour nous ni intérêt, ni capital à recevoir. Si le navire est sauf et n’a pas péri, pourquoi ne nous payes-tu pas la somme convenue ? Comment vous prouverai-je, .tthéniens, quoie navire est sauf? La meilleure prouve c’est qu il est en mer ; une autre preuve non moins forte se tire du langage même que tiennent nos adversaires. Ils veulent, en effet, que nous recevions le capital et une fraction des intérêts, parce que le navire, tout en étant sauf, n’a cependant pas achevé le voyage. Voyez maintenant, .êthéniens, si c’est nous qui nous conformons à la loi du contrat, ou si ce sont eux, au contraire: eux qui, au lieu de se rendre au port convenu, se sont rendus à Rhodes, et en Egypte; qui, le navire étant sauf et n'ayant pas péri, croient pouvoir exiger une remise sur les intérêts, après avoir violé le contrat; qui, ayant gagné beaucoup d'argent en portant ainsi du blé à Rhodes, retiennent nos fonds et en protitent depuis bientôt deux ans. On n’a jamais vu pareille chose. Ils veulent bien nous payer le capital, ce qui suppose que le navire est sauf, mais ils nous refusent les intérêts en disant que le navire a péri. Et pourtant le contrat ne dispose pas d'une manière pour les intérêts et d’une autre manière pour le capital. La même règle est établie pour l’un et l’autre objet, et le mode de recouvrement est le même. Lis encore une fois le contrat.

CONTRAT

Vous l’entendez, Athenie.ns, il porte d’Athènes en Égypte, et d'Égypte à Athènes. Lis le reste.

rXINTRAT.

Athéniens, rien n’est plus simple que le jugement de cette affaire, et il n’est pas besoin de longs discours. Que le navire ne soit pas perdu, qu’en ce moment même il soit sauf, c’est ce dont nos adversaires conviennent eux-mêmes. Autrement ils ne voudraient [las nous payer le capital prêté olunc fraction des

inlérCls. Mais le navire n’a pas été ramené au Pirée. C'esl précisément en cela qu’on nous a fait tort, disons-nous, à nous prêteurs; c'est là-dessus que nous plaidons, à savoir qu’on n’a pas achevé le voyage jusqu’au port désigné par le contrat. Dionysodore prétend qu’il ne nous fait pas tort en cela, qu’il n’est pas tenu de payer intégralement les intérêts jusqu'au Pirée. Mais que dit le contrat? Rien de semblable à ce que tu dis, Oionysodore. Il porte que si tu ne rends pas le capital et les intérêts, ou .si tu ne représentes pas apparents et intacts les objets affectés à l’emprunt, ou si tu fais quoi que ce soit contre ce qui est convenu, tu payeras une somme double. Lis-moi ce passage du contrat.

CONTRAT

« S’ils ne représentent pas apparents et intacts les objets affectés à l’emprunt, ou s’ils font quelque chose contre le contrat, ils payeront une somme double. »

As-tu donc jamais représenté le navire depuis que tu as reçu de nous les fonds, et pourtant tu reconnais toi-même qu’il est sauf. L'as-tu ramené, depuis ce moment, au i)ort d’.\thènes, quand le contrat porte expressément que tu ramèneras le navire au Pirée et que tu le représenteras effectivement aux prêteurs? C’est le point important, Athéniens. Voyez l’excès d’audace. Le navire s’est brisé, dit-il, c’est pour cela qu’il a fallu le conduire à Rhodes ; c’est après cela qu’il a ôté réparé et mis en état de reprendre la mer. Mais pourquoi donc, mon cher, l’avez-vous envoyé en Egypte et vers d’autres ports, pourquoi jusqu’ici ne l’avez-vous pas encore envoyé à Athènes, vers nous prêteurs, à qui tu dois, aux termes du contrat, représenter le navire apparent et intact, et cela au mépris de nos demandes et de nos sommations réitérées ? QuanJ tu as encouru la peine du double portée au contrat, tu as le courage ou plutôt tu as l’impudence de dire que tu ne payeras même pas l’intérêt acquis, tu veux que nous recevions les intérêts seulement jusqu’à Rhodes, comme si ta volonté devait prévaloir sur le contrat, et tu oses soutenir que le navire n’est pas arrivé à bon port au Pirée. Mais lu mériterais que nos juges l’envoyas.sent à la mort. En effet, juges, à qui la faute si le navire n’est pas arrivé à bon port au Pirée? Est-ce à nous qui avons prêté expressément pour

l’ËgT'pte et Athènes, ou bien est-ce à lui et à son associé qui, après avoir emprunté à la condition de revenir à Athènes, ont conduit le navire à Rhodes ? Qu’en cela ils aient agi volontairement et non par force majeure, c'est ce qui résulte de toutes les circonstances. En effet, je suppose qu’il y ait eu réellement cas fortuit, et quo le navire se soit réellement brisé ; mais en ce cas, après avoir fait radouber le navire, ils ne l'auraient pas ensuite frété pour d'autres ports, ils l'auraient envoyé chez vous, pour atténuer les conséquences de l’accident. Eh bien 1 non-seulement ils n'ont pas fait cela, mais à leurs torts anciens ils en ont ajouté de nouveaux et do plus grands, et c’est par dérision qu’ils se présentent pour plaider devant vous, comptant bien qu’il dépendra d’eux, si vous les condamnez, de se libérer en payant le capital et les intérêts. C’est è vous, Athéniens, de ne pas vous prêter à cette manœuvre, do ne les laisser pas courir celle double chance : ou de garder le bien d’autrui s’ils réus.sissenl, ou do se libérer en payant ce qu’ils doivent s’ils ne parviennent pas à vous tromper. Prononcez contre eux la peine stipulée au contrat. Eh quoi 1 ils auraient porté contre eux-mêmes, dans un acte écrit, la peine du double pour toute infraction au contrat, et vous, vous seriez envers eux plus cléments qu’euxmùmes, et pour des torts dont vous avez souffert comme nous!

Le point de droit dans cette affaire est court et facile à retenir. Nous avons prêté à Dionysodore quo voici et è son associé trois mille drachmes d’Athènes en Egypte et d'Egypte & Athènes. Nous n’avons reçu ni le capital ni les intérêts. Au contraire, voici deux ans qu’ils se servent de nos fonds. A l'heure qu’il est ils n’ont pas encore ramené le navire dans votre port, ils ne nous l’ont pas représenté. Or, le contrat porto que s’ils ne représentent pas le navire, ils payeront le double, et seront tenus solidairement, chacun pour le tout. Armés de ces droits, noms nous sommes présentés devant vous, demandant à recouvrer nos fonds de par vous, puisque nous ne pouvons rien obtenir d'eux-mêmos. Tel est notre langage à nous, et maintenant voici le leur. Ils reconnaissent qu’ils ont emprunté et qu'ilsn’ont pas payé, mais ils soutiennent qu’ils ne sont pas tonus de payer les intérêts portés au contrat, qu'ils doivent seulement les intérêts jusqu'à Rhodes, quoiqu’ils ne puissent invoquer ni contrat, ni transaction. Uaas ces circonstances. Athéniens, si nous

b2 DU PRÊT A LA LRUSSL, ETC.

plaidions devant un tribunal rhodien, pout-êlro romportoraionlils sur nous, à cause du service rendu en apportant du blé à Rhodes, en y conduisant le navire. Mais aujourd bui nous nous présentons devant des Athéniens, nous avons un contrat fait en vue de votre place, nous ne devons pas être sacrifiés à ceux qui nous ont fait tort, ù nous et à vous-mêmes.

Ce n'est pas tout, Athéniens ; sachez bien qu’en jugeant aujourd'hui cette seule cause, vous faites une loi pour toute la place. Beaucoup de ceux qui font valoir leur argent dans les entreprises maritimes assistent à ces débats et ont les yeux attachés sur vous pour voir comment vous jugerez cette affaire. Si vous déclarez que les contrats et les conventions réciproques doivent recevoir leur exécution, si vous n’avez aucune indulgence pour doux qui osent les enfreindre, les gens qui s’occupent de ces sortes d’affaires seront plus disposés à se dessaisir de leurs fonds, et ce sera un grand profit pour votre place. Mais s’il est permis aux gens du mer, quand ils se sont engagés par écrit à revenir à Athènes, de conduire le navire dans d’autres ports en disant qu’il est brisé, ouen alléguantdes prétextes .semblables à ceux dont se sert aujourd’hui Dionysodore ; s’il leur est permis de fractionner les intérêts en proportion du voyago qu'ils diront avoir fait, et contrairement aux termes du contrat, il n’y a plus de conventions qu’ils soient tenus de respecter. Qui voudra livrer ses fonds quand il verra les contrats impuissants, uu semblable langage triomphant et le droit sacrifié aux sophismes do ceux qui ont osé l'enfreindre 'I Vous no ferez pas cela, juges, car cela n’est bon ni pour la masse du peuple, ni pour les gens qui font valoir leurs fonds dans le commerce, gens très-utiles à la chose publique toute entière et à chacun en particulier. C'est pourquoi vous devez prendre en main leurs intérêts.

J’ai dit, pour ma part, tout ce que je pouvais dire. Je désire maintenant qu’un de mes amis vous parle encore pour moi. Approche, Uémosthène I

fula. — Typofraphia HoRifrit ir nu, ruo du BovUTtrd. 7.

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