‹ Du Pret a la Grosse Chez les AtheniensChapitre 6 sur 11 · II. — PLAIDOYER CONTRE PHORMION · texte numérisé non relu

II. — PLAIDOYER CONTRE PHORMION

Nous vous demanderons, juges, une chose juste, c’est de nous écouter l’un après l’autre avec bienveillance. Vous connaisse/ notre inexpérience. Il y a longtemps que nous venons sur votre place, nous y avons fait' beaucoup d’affaires, et pourtant nous ne nous sommes jamais présentés devant vous pour plaider, ni comme demandeurs ni comme défendeurs. Aujourd’hui même, a*yez^n sûrs. Athéniens, si nous pouvions penser que les fonds prêtés par nous à Phormion ont péri sur le bâtiment naufragé, nous n’aurions pas fait ce procès à notre débiteur. Nous ne sommes pas acharnés à ce point, nous savons supporter une porte. Mais nous recevons des reproches de tous cotés, surtout des gens qui se sont trouvés avec Phormion au Bosphore, et qui savent que les fonds n’ont pas péri avec le navire; il nous parait trop dur de nous abandonner nous-mêmes et de nous leiisser dépouiller par Phormion.

En ce qui touche la fin de non-recevoir, il y a peu de chose à dire. En effet, nos adversaires ne nient pas qu’il n’y ait eu un contrat fait sur votre place, mais ils soutiennent qu’il n’y a plus de contrat qui puisse leur être opposé, puisqu’ils n'ont rien fait que ce qui était convenu dans l’acte é^rit. Or, les lois en vertu desquelles vous siégez comme juges ne disent pas cela. Lorsqu’il n’existe pas de contrat fait à Athènes, ou en vue de la place d Athènes, elles donnent la fin de non-recevoir; mais si l’existence du contrat n’est pas déniée, si la contestation porto uniquement sur l’exécution des engagements contractés, elles enjoignent au défendeur de plaider immédiatement au fond, sans soulever d’exception contre le demandeur.. Au surplus, j espère bien vous montrer par le fait môme que mon action est recevable. Voyez, Athéniens, ce que nos adversaires reconnaissent, et ce qu’ils contestent. C’est le meilleur moyen de découvrir la vérité. Ils reconnaissent avoir emprunté des fonds, et avoir constaté l’emprunt par un acte écrit; mais ils prétendent avoir payé

la somme en or à Lampis, esclave de Dion, dans le Bosphore. Eh bien, nous allons prouver d’abord quePhormion n’a pas fait ce payement, et ensuite qu’il ne pouvait même pas le faire; mais il est nécessaire de vous raconter en pou de mots ce qui s’est passé, depuis le commencement.

J’ai fait à Phormion, que voici. Athéniens, un prêt de vingt mines pour un voyage au Pont-Euxin et retour, avec affectation sur lo chargement d’aller, et j’ai déposé l’acte chez le banquier Kittos. Aux termes de l’acte, il devait être chargé sur le navire des marchandises d'une valeur de quatre mille drachmes. Au lieu de cela, Phormion commet la faute que voici : sur-lechamp, et à notre insu, il emprunte encore au Pirée quatre mille cinq cents drachmes do Théodore lo Phénicien, et mille du capitaine Lampis. Il aurait dû acheter à Athènes pour cent quinze mines do marchandises, s’il avait voulu remplir les engagements qu’il avait pris par les actes à l'égard de ses divers créanciers, mais il n’en a acheté que pour cinq mille cinq cents drachmes, y compris les vivres; or il doit soixante-quinzo mines. Tel a été, Athéniens, le premier acte de la fraude dônt nous .sommes les victimes. Il n’a pas fourni l’aflectation convenue, il n’a pas chargé les effets sur lo navire, comme l’acte lui en imposait l’obligation. Prends-moi l’acte.

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