DÉPOSITION DES TÉMOINS
Lorsqu’à son tour Phormion fut ici, arrivé à bon port sur un autre navire, j’allai lo trouver et je lui réclamai le niontaal
CHEZ LES ATHëIOENS.
du prât. Et à ce premier moment, Athéniens, bien loin de tenir le langage qu’il tient aujourd'hui, il promettait constamment de me payer. Mais quand il se fut entendu avec ceux qui l’assistent maintenant et font avec lui cause commune, je le trouvai tout changé ; ce n’était plus le même homme. Voyant bien que j’étais joué, je vais trouver Lampis, je lui dis que Phormion ne remplit pas ses engagements et no paye pas sa dette, je lui demande en môme temps s’il connaît la demeure do ce dernier pour que je puisse l’assigner en justice. Lampis me dit do le suivre et nous trouvons Phorpiion près de l’endroit où l’on vend des parfums; j’avais des recors avec moi. Je l’assignai. Lampis était là pré.sent, Athéniens, au moment où je donnai mon assignation, et il n’a pas osé dire qu’il avait reçu l’or de Phormion. C’était pourtant bien facile à dire : « Tu no sais ce que tu fais, Chrysippe, pourquoi assignes-tu Phormion T II m'a remis la somme en or. n Et non-seulement Lampis n’a pas ouvert la bouche, mais Phormiop lui-même n’a pas jugé à propos de parler en présence de Lampis, à qui il dit avoir payé la somme en or. Et cependant. Athéniens, il était bien aisé do dire ; « Pourquoi m'assignes-tu? J’ai remis la somme à. Lampis, ici présent, » et do faire attester le fait par Lampis lui-même. Aucun des deux n’a dit un seul mot à un moment si décisif. Et pour preuve de ce que j’avance, prends-moi le témoignage des rocors.
TÉMOIGNAGES
Prends maintenant le libelle de l’action que j’ai intentée contre lui l’année dernière, preuve non moin.s forte qu’à ce moment encore Phormion n’avait pas prétendu avoir payé à Lampis la somme en or.
LIBELLE DE l’aG^ION.
J’ai intenté cette action. Athéniens, sans autre renseignement que le rapport de Leunpis affirmant que Phormion n’avait pas chargé de marchandises sur son navire, et que lui, Lampis, n’avait reçu aucune somme en or. Je n’aurais pas été, croyez-le bien, assez stupide, assez insensé pour rédiger ma demande en ces termes, si Lampis eût reconnu avoir reçu la somme en or, et
si j’eusse été exposé à me voir convaincre de mensonge par son . témqignage.
Considérez encore ceci, Athéniens : Mes adversaires euxmémes, lorsqu’ils ont opposé le déclinatoire l’année dernière, n’ont pas osé écrire dans ce déclinatoire qu’ils ont payé la somme en or à Lampis. Prends-moi aussi le déclinatoire.
UÉCLINATOrnE.
Vous le voyez, Athéniens, il n’est dit nulle part, dans le déclinatoire, que Phormion a payé la somme en or à Lampis, et cela quand j'avais écrit tout au long dans ma demande, dont vous venez d’entendre la lecture, que Phormion n’avait ni chargé aucune marchandise sur le navire, ni payé la somme en or.
Quel témoin vous faut-il encore, quand vous avez un tel témoignage, émané de mes adversaires eux -mômes ?
Au moment où l’action allait être introduite devant le tribunal, ils nous prièrent de constituer un arbitre, et nous coqstituâmos, conformément au contrat, Théodote, étranger domicilié et admis à la jouissance des droits civils. Lampis, .s’avisant alors qu’il pouvait impunément témoigner ce qu’il voudrait par-devant l’arbitre, reçut de Phormion une part de l’or qui m’appartient, et témoigna le contraire de ce qu’il avait dit jusque-là.
En effet. Athéniens, ce n’est pas la môme chose, lorsqu’on fait un faux témoignage, do vous regarder en face, ou do n’avoir devant soi qu’un arbitre. Devant vous, les faux témoins ne rencontrent que l’indignation et un châtiment assuré; devant l’arbitre, ils témoignent tout ce qu’ils veulent, sans danger et sans pudeur. Je me récriai. Athéniens, je me plaignis do l’audace do Lampis, je produisis devant l’arbitre le môme témoignage que je produis aujourd'hui devant vous, celui des personnes qui m’avaient accompagné chez lui, qui l’avaient entendu déclarer qu’il n’avait pas reçu la somme en or, et que Phormion n’avait chargé sur le navire aucunes marchandises ; et Lampis, ainsi pianifestoment convaincu de faux témoignage et de mauvaise foi, Hiconnut qu’il avait en effet tenu ce langage à la charge de Phormion, mais sans savoir ce qu’il disait. Lis-moi ce témoignago.
TÉMOIGNAGE
Après nous avoir entendus à plusieurs reprises, Athéniens, Théodote, bien convaincu que Lampis avait fait un faux témoignage, ne rendit pas de sentence et nous renvoya devant le tribunal. Il ne voulut pas condamner Phormion, parce qu'il était lié avec lui, comme nous l’avons su depuis, mais il n’osa pas nous débouter de notre action, par respect pour son .serment. Et maintenant, juges, rappelez-vous toutes les circonstances du fait, et demandez-vous par quels moyens Phormion aura pu remettre cet or. Il était parti d'ici sans avoir chargé les marchandises sur le navire et sans avoir fourni l'aifectation convenue : il avait même emprunté sur le chargement qui m’appartenait. Arrivé au Bosphore, il no trouva pas d’acheteurs pour ses marchandises, et eut grand’peine à satisfaire les créanciers qui a.vaient prêté pour le voyage d’aller. Or, Chrysippe lui a prêté deux mille drachmes pour l’aller et le retour, et doit recevoir à Athènes deux mille six cents drachmes. Phormion prétend qu’il a payé à Lampis, au Bosphore, cent vingt statères de Cyziquo {écoutez bien ceci), empruntés par lui au taux do l’intérêt terrestre, c’est-à-dire au denier six ; or, le statère de Cyzique valait au Bosphore vingt-huit drachmes attiques. Vous pouvez voir par là quelle est la somme qu’il dit avoir payée. Les cent vingt statères font trois mille trois cent soixante drachmes ; or, l’intérêt terrestre, au denier six, de trente-trois mines et soixante drachmes est de cinq cent soixante drachmes; la somme totale est facile à calculer. Maintenant, juges, existe-t-il, existera-t-il jamais un homme qui, au lieu de payer deux mille six cents drachmes, préfère en payer trois mille trois cent soixante, empruntées par lui à un intérêt de cinq cent soixante drachmes ? C’est la somme qu’il prétend avoir remise à Lampis, en sorte qu’il a déboursé trois mille neuf cent vingt drachmes. Quand il pouvait ne payer qu'à Athènes, après le double voyage d’aller et retour, il a payé au Bosphore treize mines de plus. A ceux qui avaient prêté pour le voyage d’aller, lu as eu grand’peine à rendre le capital, et pourtant ils avaient fait le voyage avec toi et ne le perdaient pas de vue, et Chrysippe absent a reçu de toi non-seulement le capital et les intérêts, mais encore le montant
3i DU PRÊT A LA GHOSSE
do la clause pénalo portée au contrat, sans qu’il y eût pour toi aucune nécessité I Tu no redoutais pas ceux de tes créanciers qui, aux termes do leurs contrats, pouvaient te forcer à payer au Bosphore, et tu prétends avoir pris souci de celui à qui tu avais commencé par porter préjudice, en ne chargeant, au mépris du contrat, aucune marchandise sur ton navire, au départ d’Athènes ! Et aujourd’hui, de retour sur la place où les conventions ont été passées, tu ne crains pas de refuser le payement à ton créancier, et tu prétonds avoir fait au Bosphore plus que tu n'étais tenu de faire, alors que le prêteur n’avait pas d'action contre toi ! En général, ceux qui ont emprunté à la grosse pour voyage d’aller et retour, au moment de quitter la place où ils se sont rendus, appellent des témoins en grand nombre pour certitier que les marchandises voyagent désormais aux risques du prêteur ; mais toi, tu n'invoques à l’appui de ton dire qu’un seul témoin, ton complice. Tu n’as appelé ni notre esclave en résidence au Bosphore, ni notre associé ; tu ne leur a pas renus les lettres dont nous t'avions chargé pour eux, par lesquelles nous leur mandions de surveiller tous tes actes. De quoi n’est-il pas capable, juges, celui qui su charge d’une lettre et ne la remet pas ûdèlement, exactement? Pouver-vous douter de la frauda quand vous voyez ce qu’il a fuit? Et pourtant, au nom dos Dieux, lorsqu’il payait une si forte somme en or, supérieure à la somme empruntée, no convenaiWil pas do rendre la chose [lublique sur toute la place, d’appeler tout le monde, et, avant tous autres, l'esclave et l’associé de Chrysippe ? Vous savez tous que pour emprunter on se contente d’un petit nombre do témoins, mais pour payer on en appelle un grand nombre, aPin de montrer qu’on est exact à remplir ses engagements. Et toi, qui payais le capital et lus intérêts d’aller et retour, quoique tu n’eusses employé les fonds que pour un seul voyage, et qui payais treize mines de plus que la somme due, n’aurais-tu pas dû faire intervenir plusieurs témoins? Si tu aveds fait cala, tu te serais fait parmi les gens de mer une réputation sans égale. Au lieu de prendre beaucoup de témoins, tu as tâché de te soustraire à tous les regards, comme pour commettre une mauvaise action. Si du moins tu avais payé entre mes mains, il ne fallait pas do témoins ; il suffisait d’anéantir l’acte écrit pour tu libcror du tous tes engagements. Hais ce n’est pas à moi que tu as payé,
CHEZ LIS ATBÉmXISS.
c’est à un autre agissant en mon nom, et non pas à Athènes, mais au Bosphore; l’acte écrit qui te liait envers moi était déposé à Athènes ; l’homme A qui tu payais cet or était mortel, il avait une grande étendue de mer à traverser, et cependant tu n'as pris aucun témoin, ni esclave ni libre, n L’actO; dit-il, m’obligeait à payer entre les mains du capitaine^ ».Mais, à coup sAr, cet acte ne t’empêchait ni d’appeler les témoins, ni de rendre les lettres. Et quand les prêteurs ont rédigé en double l’acte qui constate leurs conventions, en gens qui se méfient et prennent leurs précautions, toi tu prétends avoir payé l’or entre les mains du capitaine, étantseul avec lui, sachant bien pourtant que l’acte qui te liait envers Chrysippo était déposé à Athènes.
Il dit que l’acte l’oblige à rendre les fonds, seulement au cas où le navire sera de retour à bon port. Mais il t’oblige aussi à charger sur le navire des marchandises achetées avec ces fonds, à peine de payer cinq mille drachmes. Loin d'obéir à cette clause de l’acte, tu as commencé par l’enfreindre, et, n'ayant rien chargé sur le navire, tu soulèves une contestation sur un article d’un contrat que toi-mOme as déchiré. Tu reconnais que tu n’as rien chargé sur le navire, au Bosphore, mais tu prétends avoir remis l'or au capitaine. Eu cb cas, pourquoi parler du navire ? Tu n’avais aucune part daus les risques du navire, puisque tu n’y mettais rien. D’abord, Athéniens, il a soutenu qu’il avait chargé les marchandises sur le navire, et c’est sur cette base qu’il édifiait toute sa défense ; mais so voyant sur le point d’être de toute part convaincu do mensonge, soit par les regi.stres des receveurs du port au Bosphore, soit par le témoignage des gens qui se trouvaient en ce moment sur cette place, alors, changeant de système, il s’entend avec Lampis et dit avoir payé la somme en or. Il donne pour prétexte que l’acte lui imposait cette obligation, et il croit que nous aurons de la peine à découvrir ce qu’ils ont fait entre eux, seuls, sans témoins. Quant à Lampis, tout ce qu’il m’a dit avant de s’être vendu à Phormion, il prétend l’avoir dit sans savoir ce qu’il faisait. Mais aujourd’hui qu’il a reçu sa part de l’or qui m’appartient, il sait bien ce qu’il fait et ses souvenirs sont très-précis.
Maintenant, juges, si Lampis n’avait eu de mauvais procédés qu’envers moi seul, ce serait chose ordinaire, mais il à fait bien pis et au préjudice do vous tous. Parisade avait publié au Bos-
phoro que quiconque voudrait porter du blé à Athènes pour approvisionner le marché athénien serait aiïranchi de tout droit d’exportation. Lampis , qui so trouvait alors au Hosphore, SC chargea d’une expédition de ce genre et jouit do la franchise accordée au peuple athénien ; il remplit de blé un grand navire, transporta ce blé à Acanthe et l’y vendit, après avoir partagé nos dépouilles avec Phormion. Voilà ce qu’il a fait, juges, et pourtant il avait son domicile à Athènes ; il y avait laissé sa femme et ses enfants, et les lois menaçaient das peines les plus sévères quiconque, demeurant à Athènes, porterait du blé ailleurs que sur les. marchés athéniens, et, dans ce même moment, ceux d’entre vous qui habitent la ville recevaient des rations de farine à l'Odéon, ceux qui demeurent au l’irée achetaient leurs pains au prix d’une obole, à l'arsenal maritime et au grand portique, et se pressaient en foule pour obtenir par tête un demi-setier de farine. En prouve de ce que j’avance, prends-moi le témoignage et la loi.
TÉMOIGNAGE, LOI
Voilà l’associé, le témoin dont se sert Phormion pour nous dépouiller, nous qui avons passé notre vie à amener du blé sur votre place, qui, par trois fois, dans des circonstances prassantes pour la république, avons constamment répondu à l’appel fait par vous au dévouement dos amis du peuple. Lorsque Alexandre marcha sur Thebes, nous vous donnâmes un talent d'argent. Dans la disette qui a précédé la dernière, alors que le prix du blé s’était élevé jusqu’à seize drachmes, nous introduisîmes plus de dix mille médimnes de grains et nous les distribuâmes au prix ordinaire do cinq drachmes le médimne. Vous le savez, puisque vous avez tous participé à cette distribution dans l’édiüco où so font les processions. L’année dernière onün, lorsqu’on fit venir du blé pour la nourriture du peuple, nous donnâmes un talent, mon frère et moi. Lis-moi les témoignages.
TÉMOIGNAGES
Certes, s'il y a des présomptions à tirer de ces faits, il n’est pas vraisemblable qu’après vous avoir tant donné pour acquérir vos bonnes grâces, nous venions faire un méchant procès à
Phormion, pour perdre la bienveillance dont nous jouissons. Venez-nous donc en aide, juges j.nous l’avons bien mérité. Quant à Phormion, il n’a pas, dès le principe, chargé sur le navire des marchandises en quantité suffisante pour garantir les sommes empruntées par lui à Athènes ; celles qu’il a vendues au Bosphore ont à peine produit de quoi payer les créanciers qui avaient prôté pour le voyage d’aller ; il n’était donc pas en état (Je me payer, et n’était pas d’ailleurs assez insensé pour donner trenteneuf mines, au lieu de deux mille six cents drachmes ; enfin, quand il a remis la somme en or è Lampis, il n’a appelé ni mon e.sclave, ni mon associé ré.sidanl au Bosphore. Je vous ai prouvé tout cela. Lampis m’a déclaré lui-même, comme vous le voyez, avant d’être suborné par Phornmp, qu’il n’a pas reçu l’or. Si maintenant Phormion peut prmCTo tous mes arguments l’un après l'autre et les réfuter, je ne .sache pas pour lui de meilleure apologie ; mais quant à la recevabilité de l’action, j’invoque la loi elle- môme. Elle porte que les actions commerciales seront données pour toutes conventions faites à Athènes ou en vue de la place d’Athènes, ainsi, non-seulement pour colles qui sont passées à Athènes, mais encore pour toutes celles qui intéressent la navigation à destination d’Athènes. Prends-moi les lois.
uns. P
Qu’il y ait eu entre Phormion et moi une convention passée à Athènes, ils no le nient point, mais ils opposent un déclinatoire et veulent faire déclarer l’action non-recevable. A quel tribunal irions-nous donc, juges, si ce n’est devant vous, au lieu où nous avons contracté. Eh quoi ! s’il s’agissait simplement d’un voyage à destination d’Athènes, jo pourrais m’adresser à vous pour obtenir justice contre Phormion, et aujourd’hui qu’il s’agit d’un contrat passé sur votre place, vous pourriez déclarer que nos adversaires ne sont pas tenus do procéder devant vous! Et quand nous avons mis l’afTaire en arbitrage devant Théodote, ils ont reconnu que mon action contre eux était recevable. .\ujourd'hui leur langage est le contraire do celui qu'ils ont tenu jusqu’ici ; ils disent que, devant Théodote, étranger simplement admis à la jouissance des droits civils, ils étaient tenus de défendre à l’action, sans pouvoir opposer de déclinatoire, mais que l’action
38 DU PRÿ.T A LA OnOSSB
n’cst plus recevable du naoment où nous l'introduisons devant un tribunal athénien. Je me demande, en vérité, quels motifs il aurait donnés dans son déclinatoire^ si Théodote eût jugé au fond contre lui ; lui qui, malgré la sentence par laquelle Théodote nous renvoie devant le tribunal, prétend que l’action n’est pas recevable devant vous qui en êtes saisis par ce renvoi. Certes, je serais bien malheureux, si, en présence des lois qui donnout action devant les thosmothètes pour contrats passés à Athènes, vous repoussiez ma demande, vous qui avez juré do juger selon les lois.
Ainsi, le prêt que nous leur avons fait est prouvé par l'acte et par l’aveu de Phorraion lui-mCme. Quant au payement, il n’a pas eu d’autre témoin que Lftmpis, le complice do Phormion. Et tandis que Phormion préfend prouver ce payement par l'unique témoignage de Lampis, moi j'invoque, outre l'aveu do Lampis lui-méme, le témoignage de ceux qui Tout entendu dire qu’il n'avait pas reçu la somme on or. Ce n’est pas tout, il peut discuter mes témoins, s’il prétend qu'ils ne disent pas la vérité ; mais moi, que puis-je faire des siens, qui rapportent le témoignage do Lampis déclarant qu'il a reçu l’or? Si Pon produisait le témoignage même de Lampis, mes adversaires pourraient être fondés h dire que je dois le discuter; mais je n’ai pas ce témo^age, et Phormion prétend qu’il doit être renvoyé des fins 0 do ma demande, sans même vous assurer par aucune garantie * sérieuse que vous jugerez bien en jugeant comme il le veut. Quand Phormion reconnaît l’emprunt et allègue un prétendu payement, refuserez-vous d'admettre le fait qu’il avoue luimême, et tiendrez-vous pour vrai celui que nous contestons? Et quand Lampis, sur le témoignage duquel il s’appuie, après avoir nié tout d’abord le fait du payement, déclare aujourd’hui le contraire, vous, qui savez qu’il n’a rien reçu, n’êtes-vous pas en quelque sorte les témoins du fait? Ce que Lampis a dit de conforme à la vérité, l’écarterez-vous comme ne formant pas preuve; et les mensonges qu’il a débités ensuite, depuis qu’ou l’a suborné, vous paraîtront-ils plus dignes do foi? Non, Athéniens, il est beaucoup plus juste de s’attacher aux premières dépositions qu’à celles qui ont été concertées depuis. La première fois, il a parlé sans apprêt, il a tenu le langage de la vérité ; la seconde fois il a menti et cherché son propre intérêt. Rappelez-
VOUS ceci, Athéniens : Lampis luinnéme ne nie pas qu'il a déclaré n’avoir pas reçu l’or. Il avoue qu’il a dit cela, il prétend seulement qu’il ne savait ce qu’il disait. Des deux parts de son témoignage, pourriez-vous croire celle qui est favorable au débiteur infidèle, et repousser celle qui profite au créancier malheureux? Non, juges ; n’ôtes-vous pas les mômes hommes qui avez prononcé la peine de mort contre un accusé traduit devant le peuple pour avoir fait chez vous, et coup sur coup, plusieurs emprunts à la grosse, et pour n’avoir pas fourni aux préteurs les sûretés promises? Et pourtantil était votre concitoyen, et son père avait été général. Vous pensez que ces sortes de gens ne font pas seulement tort à ceux que le hasard met en relations avec eux, mais que leur fraude est une calamité publique pour la place toute entière ; et vous avez raison. En effet, ce ne sont pas les emprunteurs, ce sont les prêteurs qui font la prospérité de toutes les professions maritimes. Il n’y a plus de navire, plus de capitaine, plus d’équipage qui puisse prendre la mer, si vous ne faites pas aux préteurs la part qui leur revient. Sans doute, les lois contiennent beaucoup de belles dispasitions en leur faveur, mais il faut que vous aussi vous preniez leurs intérêts en main et que vous no laissiez pas le champ libre à la fraude. C’est le plus sûr moyen d’assurer la prospérité de votre place, et la chose est faite si'vous protégez ceux qui avancent leur argent, si vous no les livrez pas è ces gens-U comme une proie à dévorer. ' Maintenant j’ai dit tout coique j’étais capable de dire. Je vais appeler quelque autre do mes amis, si vous le dé.«irez.