THIERS
Orateur et homme d'Étal, historien dans l'intervalle des affaires, il remplit de son activité politique l'espace d'un demi-siècle. Il changea souvent d'idées; néanmoins, il fut constanl à en exclure l'absolutisme légitimiste aussi bien que le césarisme plébiscilaire; l'unilé de ses vues consistait à poursuivre le gouvernement du pays par le pays.
Entre 1835 et 1838, on s'occupait beaucoup du pétulant ministre de Louis-Philippe, dans l'entourage de Talleyrand; et les échos, qui en revenaient de toutes parts, s'ajoutant aux dits et devis, qui couraient sur l'homme privé, sur ses enthousiasmes conjugaux, la mobilité de ses impressions, les vivacités de son esprit de conversation, ou sur des traits de son amour-propre toujours si chatouilleux, entretenaient à Valençay, les soirs qu'on en causait, une douce gaîté. Il n'était pas, alors « l'illustre vieillard », l'homme d'Etat consacré par soixante années d'expérience et d'étude, le libérateur du territoire, il n'était pas tout cela, mais bien encore « ce gamin », dont parlait, du haut de sa cravate, le grave et scrupuleux Royer-Collard, et que Sainte-Beuve, dans ses Cahiers, tout simplement qualifie le plus spirituel des marmotisets.