LE DUC D'ORLEANS
Tableau de Ingres
tances différentes, le mot qu'il avait autrefois prononcé : « Il y a deux êtres dans ce monde, que je rï'ai jamais pu voir sans un soulèvement intérieur : c'est un régicide et un prêtre marié ». Par un restant de dogmatisme, il se réserva de ne mener jamais à Valençay sa femme ni ses fdles, trop simples, disait-il; mais il y prit goût, pour son compte, et ses pas l'y conduisirent souvent. « Le grand bourgeois s'était montré bon prince envers le grand seigneur », comme l'écrivait Sainte-Beuve, qui l'a si bien représenté tel qu'il était, tel qu'il le voyait, aux environs de 183o : droit de taille, le front couvert d'une perruque brunâtre, le sourcil proéminent et remuant, la voix mordante, par moments stridente et se riant volontiers à elle-même, quand il avait dit quelque mot, au surplus, dénué d'indulgence aux vices de la raison d'autrui, raboteux comme le terroir dont il était question tout à l'heure, mais substantiel, en ses paroles, et donnant à chacune d'elles du sens et du relief.
Ce que devait être le colloque de ces deux hommes, aiguisé par une émulation involontaire, stimulé, en outre, par la présence d'une femme supérieure, l'imagination s'en saisit, aussitôt; elle pense en avoir le spectacle et la sensation. Tous deux, armés d'âge et d'expérience, portés d'inclination à l'ironie et de goût aux appréciations brèves et décisives, d'ailleurs inaccessibles aux trompe-l'œil de la richesse et des honneurs, ils n'étaient pas sans s'observer l'un l'autre, s'entre-jugeant à leur manière. Royer-GoUard avait arrêté, là-dessus, son opinion, lorsqu'il disait, en revenant de Valençay. « M. de Talleyrand n'invente plus, il se raconte. » De son côté le prince lui trouvait, apparemment, des formes de langage bien vieillies.
N'importe, il ne leur déplaisait point de s'entrevoir.
Dans les intervalles, ils échangeaient des billets. Leur correspondance était assez suivie, surtout du côté de Rover- Collard. Mais, il leur était meilleur à tous deux de causer que d'écrire : ils n'avaient point l'inclination épistolaire.
M"'" de Dino était sincèrement acquise au philosophe de Château-Vieux. Si les doctrinaires en général, — et du genre de M. de Rémusat, en particulier, — avec leur esprit dédaigneux, tranchant et dénigrant, lui semblaient une espèce de gens assez fâcheuse, elle n'avait pas de ces sévérités d'opinion envers M. Royer-Collard . Elle fondait beaucoup d'espoir sur son influence spiritualiste pour ramener Talleyrand dans la direction des idées religieuses, où elle avait tant de peine à l'engager. Ce qui ne veut pas dire qu'ils fussent toujours du même avis. Leurs vues divergeaient, quelquefois, si môme elles n'allaient point jusqu'à se contrarier ouvertement. Il y avait désaccord manifeste, sur de certains sujets, entre le Tiers-État et la Noblesse représentés en leurs deux personnes. L'autre jour encore, ils s'étaient un peu querellés, à propos du mariage du Prince ro^-al. Vraiment devait-il, lui, un homme de la classe moyenne, apporter tant d'aigreur sur un point d'aristocratique alliance, où la passion n'était permise qu'à ceux du faubourg Saint-Germain? La duchesse avait eu peine à réprimer des mouvements d'impatience contre ce raisonneur impératif. Certes, elle n'avait pas attendu jusque-là pour s'apercevoir qu'il avait l'esprit partial, la conversation intolérante, et cela à un degré inimaginable. Par bonheur, on n'engageait pas, à chaque rencontre, de ces discussions capables de mettre en bataille les principes et les personna-
lités. En ses bons instants, le rigoureux logicien savait assouplir ce ton rogue; original et piquant, grave et animé tout ensemble, — ceci rachetant cela, — plein de sentiments radoucis à l'égard du prince, affectueux envers M""" de Dino, Royer-Collard redevenait, pour ses hôtes, un visiteur supérieurement agréable.
Très différent de ce distillateur de sagesse, — dont les entretiens gardaient des airs d'enseignement, — se montrait le nouvelliste attitré du château, le comte de Montrond. Celui-ci avait charge, en quelque sorte, de rapporter de Paris les dernières informations sur la Cour et le monde, tout en se réservant de les commentera sa façon, c'est-à-dire avec finesse et méchanceté. Il n'était rien moins qu'ennuyeux, en ses médisances systématiques. On l'écoutait curieusement, lorsque, à l'aide d'observations récentes, parsemées d'anecdotes fraîchement ramassées, il dépeignait l'esprit de division qui brisait les rapports de la société, pour en former autant de groupes hostiles. Sous des couleurs plaisantes, il contait les embarras de famille d'Adolphe Thiers, les menées politiques des gens de cour, ou les affectations gonflées d'outrecuidance bourgeoise de M. Dupin. Chacun des personnages du jour passait au fil de son ironie. Et les femmes n'étaient pas plus épargnées que les hommes.
Il amusait.
Néanmoins, depuis quelque temps, on s'apercevait que l'ex aller ego du prince s'était gâté la main, que son crédit baissait d'une pente rapide, dans la maison; qu'il ne s'y tenait plus que par le secours de l'habitude; que le charme qui, pendant tant d'années, avait fasciné Talleyrand, était rompu; qu'un autre sentiment s'était substitué à celui-là, fort opposé, un sentiment de fatigue, d'oppression, dont il aurait bien dû se rendre
compte, et qu'enfin des symptômes se prononçaient d'une prochaine et complète disgrâce.
Il ne s'agirait plus, alors, de trancher du nécessaire. On l'obligerait à comprendre qu'il s'était rendu incommode et pesant. Bon gré, mal gré, il lui faudrait se résoudre au parti des longues absences.
Mais, nous n'avons pas eu l'occasion de vous présenter en détail ce fameux Montrond, dont il est si souvent question dans la chronique privée de Talleyrand.
Une mine avantageuse, de la bonne grâce apparente se jouant sur un fond naturel de malignité, une perversité d'âme toute inconsciente; de l'ironie sceptique, comme on la porte, d'un certain air, une fausseté charmante, du contentement visible à jouir des restes de ce qu'on appelle une mauvaise réputation ; une supériorité reconnue dans l'art de divertir en société; une absence à peu près complète de sensibilité d'âme, qui lui permit d'aimer beaucoup de femmes sans en souffrir et un seul homme au monde, Talleyrand, sans avoir à payer son attachement d'aucune vertu de sacrifice : voilà sous quelles enveloppes se découvrait, au physique et au moral, le personnage d'autrefois. Nous disons d'autrefois; car, il avait beaucoup perdu, en vieillissant, des agréments de surface d'une vie mal employée.
L'amitié de Talleyrand et de Montrond datait de 1793. Ils se rencontrèrent, à Londres, pendant la terrible année. Ils n'avaient eu qu'à se pénétrer du regard sous le masque de leur philosophie imperturbable et dédaigneuse. Aussitôt, s'étaient accrochés leurs scepticismes; et, quelles que fussent les différences particulières de leurs situations, ils avaient reconnu d'essence pareille leurs aptitudes à l'esprit de société, pareille
aussi la froideur de leurs sentiments, avivée d'un égal appétit de jouissances. Dès le premier contact, ils s'étaient sentis issus d'une même extraction spirituelle. Ils s'étaient devinés, et naturellement, ils se rapprochèrent. Depuis lors, la familiarité de ces deux hommes apparut comme une gageure où chacun d'eux, selon la judicieuse réflexion d'Etienne Lamy (1), aurait cherché dans l'autre celui qui était le moins dupe du reste de l'humanité.
Du jour où le comte de Montrond se fut imposé, en quelque sorte, à Talleyrand, comme un reflet de luimême et d'une partie de ses goûts, il s'était attaché à ses pas, ainsi qu'une ombre persistante, qu'on se fût étonné, l'habitude en étant prise, de ne plus voir à sa suite, — une ombre peu encombrante, dégagée d'ambition pour soi, curieuse surtout d'assister en bonne place au spectacle de la comédie politique, où s'agitaient tant d'acteurs furieux, et d'en tirer quelques profits de circonstance, directs ou indirects. — Car, s'il n'embarrassait point de visées personnellement agissantes la marche et les dessins de l'homme d'État, il ne fut pas toujours indifférent aux avantages occasionnels de telles ou telles intrigues politiques, conduites en sous-ordre.
En voulons-nous un exemple et des plus singuliers! C'était à l'époque où Talleyrand dressait, avec Bonaparte, l'état de la Confédération germanique et s'en acquittait de manière à prélever, en secret, quelques tributs avantageux à lui-même sur la politique du conquérant. Bien informés du dessous des cartes, ayant entendu dire que Montrond était en quotidienne fami-
(l) Introduction aux mémoires d'Aimée de Coigny, — « la jeune Captive » de Chénier, la femme divorcée, en second mariage, du comte de Montrond, qui la ruina.
liarité de rapports avec le ministre des Affaires étrangères, trois princes allemands, qui se disputaient un lambeau de territoire, eurent, à la fois, la pensée de lui faire tenir une intéressante proposition. Dans la même soirée, pendant un bal, leurs agents étaient venus, tour à tour, chacun d'eux se croyant le seul à avoir eu cette excellente imagination, glisser à l'oreille de Montrond qu'on pensait à lui, qu'il en aurait des preuves avant peu, et que, s'il aidait au succès des prétentions de leur maître, il pourrait être assuré de sa parfaite reconnaissance et de cent mille francs en sus. La rencontre était plaisante. Il donna toutes les promesses qu'on désirait, se garda d'en soufller mot à Talleyrand, ne remua pas un doigt et laissa faire au hasard. Le choix tomberait infailliblement sur celui-ci, sur celuilà ou sur l'autre. Il n'avait de préférence que pour les cent mille francs. Le lendemain ou le surlendemain, il apprit le nom du gagnant en recevant la forte somme. Il l'empocha comme bien méritée, et l'on ne dit point qu'il eût pensé à en remercier la Providence.
Talleyrand et son adjoint Montrond se rendirent des offices réciproques, jusqu'à se prêter de la bonne monnaie d'esprit, quoiqu'ils n'en eussent besoin ni l'un ni l'autre. Mais, faire des mots, c'était la spécialité de Montrond. Il les gardait pour soi ou les passait à d'autres; et, sauf qu'il ne les vendait peut-être pas, il ressemblait à ce Rougemont, dont l'art, je devrais dire le métier, était d'improviser des mots, voire même des mots historiques, au service de ceux qui en avaient besoin.
Par la grâce du prince de Bénévent, Montrond fut chargé de missions diplomatiques de peu d'importance. Il lui servit d'agent officieux, en des circonstances
délicates, dont on ne confiait pas le secret aux échos d'alentour. Lord Palmerston affirmait que, lorsque Tallejrand venait le voir pour affaire, il avait presque toujours Montrond dans sa voiture, à dessein de lui expédier des indications utiles pour jouer et agioter sur le marché de Londres.
Montrond ne quittait guère Talleyrand. On était à peu près sur de le rencontrer en tous lieux, où le célèbre personnage administrait, correspondait ou simplement causait. Il ne manquait pas une fête de l'hôtel Saint-Florentin. Dans les salons, que le prince de Bénévent honorait de sa présence, M. de Montrond se tenait à petite distance de son fauteuil, prenant part à ses jeux de conversation et doublant ses répliques. II s'attardait, à Valençay. Il fut, en même temps que lui, à Londres, pendant sa dernière ambassade, et eut le tort ou la maladresse de le gêner, ce qui fut le commencement de la brouille.
Que n'avait-elle éclaté plutôt! se disait M'"*' de Dino. Depuis des années, elle était d'avis qu'on lui infligeait un peu bien souvent la vue de ce railleur éternel, dont l'originalité consistait à ne croire en personne ni à rien.
La duchesse n'aimait point son naturel sec et froid; patiemment, elle travaillait à l'écarter du logis et de l'âme du prince. Quant à Talleyrand, depuis que Montrond vieilli, diminué de verve comme appauvri d'argent, se survivait à lui-même et n'était plus d'aucune utilité, il aurait vu sans déplaisir se modifier les habitudes d'une ancienne camaraderie, où celui-là s'était rivé sans faire, d'autre part, aucun progrès dans la vie et d'où il était sorti, lui, riche, puissant, illustre. Un jour, que Montrond venait de le quitter, mal en
point de toutes les manières et se disposant à retourner aux bains de Louèche pour y plonger « sa pauvre machine », peu chrétiennement la nièce avait dit à son oncle que, dans l'état de détresse générale où elle voyait ce Monlrond, il ne lui restait plus, à son sens, qu'à se brûler la cervelle. A quoi Talleyrand avait répondu qu'il n'en ferait rien, parce qu'il n'avait jamais pu s'imposer la moindre privation et qu'il ne s'imposerait pas plus la privation de la vie que toute autre. Comme si la chose eût été toute simple et comme si le prince l'eût trouvée telle, en pareille alternative!
On recevait encore M. de Montrond, à Valençay, mais sans empressement; et il lui était aisé de s'apercevoir, aux mines refroidies de ses hôtes, qu'on ne désirait nullement qu'il y éternisât son séjour.
Mais les rapports se gâtèrent tout à fait.
Après un temps de longanimité, qu'il semblait traîner ainsi qu'une concession dernière, à la remorque d'une amitié de quarante années, au moins, Talleyrand brusquement et contre sa coutume avait versé dans l'autre extrémité, au point que la raisonnable M""* de Dino jugea qu'il avait excédé la mesure. Sans recourir aux adoucissements de ce langage diplomatique, dont il connaissait mieux que personne les feintes et les détours, il avait fait comprendre, en des termes clairs, à notre Montrond, qu'il était de trop à Valençay. Et, justement, quand celui-ci se préparait à s'y asseoir pour une série de jours, dont il n'avait pas fixé le terme, et en des circonstances qui s'annonçaient si intéressantes, à la veille de l'arrivée d'une nombreuse société anglaise, et, ce qui était encore plus mortifiant, tandis qu'on attendait le prince royal pour lui faire, à grand et solennel éclat, les honneurs du château!
Il en avait Tàme ulcérée. Mais, qu'y faire? Rester n'était plus possible. Il lui faudrait user d'un prétexte honnête, et déclarer, au déjeuner de midi, qu'une lettre reçue l'obligeait à partir sans retard. Mais, quel double ou triple mécompte pour un homme comme lui, qu'on dérangeait d'une si brusque façon, dans ses projets et dans ses habitudes! Devait-il s'attendre à pareille avanie de M. de Talleyrand?
II en posait la question, le matin même, à M™^ de Dino, dont il aurait voulu reconquérir les bonnes grâces, si jamais elles lui furent acquises. Elle avait été prévenue qu'il désirait l'enlretenir d'une chose importante. La conversation fut longue, ou plutôt le préambule de cette conversation, où, de sa voix saccadée, Montrond exposa sa plainte et la rancœur qu'il emporterait de Valençay. Sans doute, elle ne serait pas surprise d'apprendre, après le traitement inconcevable qu'il avait eu à subir de M. de Talleyrand, qu'il vînt lui faire sa révérence d'adieu. Certes, il n'ignorait point que le degré des sympathies de la duchesse à son endroit équivalait tout juste à zéro. Du moins, elle lui avait toujours été polie et obligeante. Il désirait lui en rendre un dernier témoignage, mais il ne voulait pas s'en tenir là; il se servirait de l'occasion pour la complimenter (car elle le méritait bien), de ses vertus d'abnégation, c'est-à-dire du courage et de la belle humeur avec lesquels on la voyait accepter les assujettissements d'une sorte de réclusion provinciale, auprès du prince octogénaire. Car elle avait beau n'en pas convenir, ajoutait-il malignement, il était impossible qu'elle ne s'ennuyât point à la mort.
Il y avait peut-être du vrai dans une telle insinuation. Talleyrand avait des silences fréquents où som-
meillait son esprit. Il avait des exigences de santé et réclamait de menus soins continuels. M"'" de Dino devait lui présenter souvent, en la journée, une tasse de boisson, quand il souffrait de ses quintes de toux (1). Elle était sa compagne d'esprit, l'associée discrète de ses travaux, la confidente de sa pensée; mais aussi, à de certains égards, sa garde-malade. A le considérer luimême, tel que le décrivait, d'après ses souvenirs d'enfance, une admiratrice du prince, la comtesse de Mirabeau, comme il lui apparut, pour la première fois, en 1836, enfoncé dans un immense fauteuil à dossier carré, sa jambe allongée sur un tabouret mettant en relief son pied-bot rond et court, « un vrai pied de cheval », à voir sa face morte plaquée de taches, son petit visage, qui semblait encore diminué sous son immense chevelure ondulée, enfin ses joues flasques dont la peau retombait tristement sur son col : il faisait une impression plus singulière que séduisante. Un sourire où se lisaient bien des intentions, des yeux gris pénétrants sous l'arc des sourcils épais, un charme intermittent, qui ne se définissait point, quand il passait comme un rayon sur sa physionomie pâle, inerte, devaient éclairer tout cela, mais n'y suffisaient pas toujours. M'"*" de Dino possédait son affection profonde; elle aurait, dans l'avenir, une part de son illustration historique et, dans un temps plus rapproché, la majeure portion de ses biens. En attendant, il était incontestable qu'elle faisait œuvre de dévouement. Jusqu'au moment de se vouer presque sans
(1) « Au moment de me congédier, M. de Talleyrand me dit, en me montrant M""' de Dino : « Quand votre oncle sera vieux (M. de Bacourt) il faudra le soigner comme ma nièce me soigne i>. (Comtesse de Mirabeau, le prince de Talleyrand et la maison d'Orléans, préf.)
LES nÔTES DE VALEXÇ.W 203
réserve aux convenances de la vie de Talleyrand, la princesse de Gourlande, duchesse de Dino, avait eu ses accès de tristesse, en se reportant à des impressions du passé plus complètes et plus chaudes. Le bonheur, elle ne l'avait pas trouvé dans le mariage. Il serait hasardeux d'avancer qu'à part de hautes satisfactions intellectuelles, elle l'eût rencontré pleinement dans le seul à seul de son âme et de la vieillesse de ïalle^'rand. Mais voilà ce qu'elle n'avait pas à dire à M. de Montrond. Elle l'avait laissé dérouler son chapelet de griefs et d'aigreurs. Le tour étant venu pour elle de prendre la parole, elle le remercia de la peine qu'il prenait de se soucier de son sort. Toutefois, elle tenait à lui déclarer qu'il se trompait à la croire digne de sa commisération; qu'étant au centre de ses devoirs et de ses intérêts, elle s'étonnerait bien que l'ennui et des regrets l'y vinssent visiter; qu'elle avait, depuis longtemps réglé ses habitudes et la direction de son existence ; qu'il était inutile de lui souhaiter une autre destinée et qu'elle se contenterait de celle-là. Quant à lui, M. de Montrond, il devait se tenir responsable de ce qui était arrivé et des écarts de langage, dont la répétition avait fini par blesser la longue patience d'une amitié, qui, du côté d'un homme tel que M. de Talleyrand, pouvait s'appeler un bienveillant patronage. Le mécontentement du maître de la maison n'était-il pas plutôt plausible? N'en avait-il pas assez de raisons? Elle le priait seulement d'y réfléchir. Dans quelle demeure de la ville ou de la campagne, dont il aurait été l'hôte en permanence comme il le fut à Valençay, lui Montrond se serait-il cru en droit de tout blâmer, ainsi qu'il en avait pris l'habitude en ces lieux, critiquant les voisins, les domestiques, le vin
servi à table, les chevaux attelés ou à l'écurie, toutes gens et toutes choses enfin (1)? Elle ne le lui envoyait pas dire : « S'il a été rude, vous avez été hargneux et, en vérité, il y a trop de témoins de votre perpétuelle contradiction pour que vous puissiez vous plaindre de l'humeur qu'elle a causée. »
La mercuriale, quoique enveloppée des formes de la politesse, avait été vive. Il ne pouvait, cependant, pas s'attendre à ce qu'elle armât en sa faveur et donnât tort à Talleyrand! « Il est clair, lui disait-il, tout à l'heure, que vous êtes destinée à l'enterrer, puis, vous avez beaucoup d'esprit et un grand savoir-faire, vous savez tourner les choses d'une certaine manière; mais, quant à moi, je n'ai plus qu'à m'en aller. »
Elle ne lui dissimula point que c'était aussi son opinion, et que le mieux serait de laisser les choses s'apaiser d'elles-mêmes. Cependant, ayant une juste appréhension qu'il n'allât colporter des histoires contre le prince et qu'il n'eût une prompte envie d'exercer sa bile aux dépens de cet ancien ami, elle avait ajouté que son devoir était de s'en aller comme il le disait, mais paisiblement, sans esclandre et en lui promettant à elle de ne jamais parler en mal de M. de Talleyrand. Il voulut bien en signer le billet, comme on dit. M'"^ de Dino, à demi-rassurée, lui donna la main. Il lui jura, en échange, qu'il n'irait pas à Paris, de peur d'y céder à son ressentiment dans des conversations à craindre; il s'en irait aux Ormes, chez d'Argenson, le temps d'y rafraîchir ses esprits excités; et seulement quand il aurait retrouvé sa nature d'agneau (la nature d'agneau de Montrond!), il irait causer avec
(1) Chronique de la duchesse de Dino, 1834.
le roi et s'excuserait, auprès de lui, par un motif qu'il aurait eu le temps de trouver, d'ici là, de n'avoir pas attendu, à Yalençay, l'arrivée du duc d'Orléans. Et il était parti, sur ces paroles et sur ces bonnes promesses, qu'il n'était pas disposé à remplir, sans exception. On sut, de retour, que ses plaisanteries dans le monde n'avaient pas épargné Yalençay. Il n'}- fit plus que des réapparitions distantes.
En réalité, Montrond ne s'en ira jamais totalement de la vie ni de la pensée de Talleyrand, dont il avait été le partenaire intime durant une suite si prolongée d'années et à travers tant de conjonctures différentes, bonnes ou mauvaises. Aux heures suprêmes, où se dénouera, entre l'Église et lui, le grand démêlé de sa conversion, le prince de Talleyrand, réconcilié avec les puissances spirituelles et temporelles, aura une dernière hantise : l'obsession d'entendre, derrière la porte, le sarcasme du voUairien acerbe!
Le sardonique Montrond avait à peine plié bagages, fort dépité d'y être contraint, que le château revêtit un air de fête. On entendait rouler, par les chemins, les équipages du duc d'Orléans.
Venait-il, l'aimable prince, en si belle diligence, uniquement pour avoir la satisfaction de rendre un hommage de haut prix au grand âge et à l'éclatante renommée de Talleyrand?
Cette raison avait pu l'y décider. Elle n'était point la seule. A son idée de promenade en Berry se mêlait une autre intention, émanant en première ligne de Louis-Philippe son père. Depuis quelque temps, lord Palmerston et son étrange humeur avaient fort embrouillé les rapports noués entre Paris et Londres. L'expérience de Talleyrand eût été d'un utile secours afin d'y remettre
de l'ordre et de la clarté. Voudrait- il s'y remployer, soit en reprenant son titre d'ambassadeur soit en orientant, de Paris même, la marche des affaires françaises? Il s'agissait de préciser cette délicate question. Les doutes du prince royal avaient été fixés, à la minute, par la réponse de Talleyrand, appuyée des hochements de tête approbatifs de M""" de Dino : qu'il n'y avait plus rien à faire, pour lui, à Londres, que les vues du nouveau cabinet anglais ne cadreraient jamais avec les siennes et qu'une route aussi cahotante désespérait sa bonne volonté. Il avait ajouté que son désir réel du repos et la fatigue de ses jambes lui faisaient un devoir de ne plus retourner en Angleterre; mais qu'il remerciait vivement le roi d'y avoir pensé, en sa faveur. L^ne compensation présente et précieuse lui était offerte. Sans prétendre se mettre en ligne de comparaison avec le prince de Condé et la manière dont le vainqueur de Rocroy avait reçu en 1671, dans sa somptueuse résidence de Chantilly, pendant trois jours, le roi, la reine. Messieurs et la Cour, il s'attacherait, du moins mal qu'il lui serait possible, à témoigner au duc d'Orléans de quel honneur et de quel plaisir lui était sa venue. Et, en effet, du 27 au 30 octobre, les heures furent admirablement employées pour satisfaire cet hôte princier et sa brillante compagnie.
A la suite du duc d'Orléans étaient arrivés le général Baudrand, M. de Boismilon, secrétaire particulier, et d'autres personnages aux titres divers, sans compter les curieux autorisés à contenter leur envie d'entendre et de voir. Les ministres Thiers, Guizot, de Rigny, étaient annoncés, en outre ; le roi les poussait fort à s'y rendre, par le secret désir de se reposer un peu lui-même des agitations de leur politique discor-
dante (1). Enfin les voisins de Tours, de Blois et des environs n'avaient pas manqué cette occasion peu ordinaire d'accroître la brillante population du château.
On avait commencé par visiter la maison et ses entours immédiats. Des calèches et un phaéton avaient mené tout ce monde à la promenade. Tandis que, pendant un moment, on s'était arrêté, sur un point découvert du parc, afin d'admirer l'horizon, une musique militaire dissimulée sous les ombrages jouait les airs les plus entraînants. Et la course s'était poursuivie à travers la forêt, d'où l'on était revenu juste assez tôt pour la toilette du dîner.
Le festin fut ce qu'il devait être, sans froideur et d'une rare élégance. On acheva la soirée au bal superbement apprêté dans la salle de l'orangerie; les cours, le donjon, les grilles illuminées projetaient un merveilleux éclat. Une foule de personnes des alentours avaient eu permission de prendre part aux plaisirs du spectacle et de la danse. Leur joie se traduisait en des poussées d'acclamations chaleureuses. On recommença le lendemain, à se distraire jusque fort tard, dans la nuit. On fit de nouvelles promenades; on goûta de nouveaux agréments; et le tout s'acheva dans la dernière perfection. Le prince se déclara enchanté de ces ravissements de la nature et de la société; et le 30, à 11 heures et demie, il reprenait la route de Paris, après bien des effusions et des compliments; il ne regrettait qu'une chose, c'était de n'y point rapporter la réponse, qu'il était allé chercher à Valençay.
(1) Louis-Philippe n'eut pas ce soulagement; ses ministres restèrent à Paris.
On recevait avec moins de fracas les amis en tournée de visites. Pour les survenants, la nappe était toujours mise. Les familiers avaient la mémoire fidèle, et celte belle exactitude leur attirait les louanges de M""^ de Dino, qui, pourtant... Ahî qu'avec peine pouvaient se satisfaire ses goûts nouveau-nés pour le repos et la méditation! Souvent, il lui serait doux, au déclin de la journée, de respirer l'air pur des jardins, dans une quasi-solitude.
Mais cette perspective d'un entier délassement du corps et de l'âme est une visée trop chimérique. A chacune de ses réinstallations, à Valençay, elle a dû se convaincre davantage qu'on ne lui en laisserait jamais le loisir; que c'est l'usage d'arriver à la suite de M. de Talleyrand; que le premier flot passé, il y aurait d'autres visiteurs encore; et qu'il fallait décidément perdre l'espoir, à la campagne, de n'être pas envahi par les gens de la ville. Le prince ne déteste point, lui, cette sorte de brouhaha. Elle s'y prête d'une humeur moins coulante. Trop de visites : elle en est excédée, harassée, suffoquée.
Qu'y faire? C'est le courant de la maison. On s'annonce, on s'invite. Bien des missives avant-courrières sont en voyage, du côté de Valençay, à cette intention. Talleyrand les voit venir avec sérénité parce que son habitude n'est pas de répondre lui-même. Mais la duchesse qui tient la plume n'est pas éloignée de s'en plaindre comme d'abus. Car, on le suppose bien, tous ceux-là n'ont pas l'agrément de ses sympathies. Tels s'ingénient à lui faire entendre, en dépit d'elle-même, qu'ils lui sont de beaucoup, alors qui lui sont, au vrai, de fort
peu de chose. Dans la réponse, elle a peine à retenir les vivacités qui lui viendraient au bout de la plume, concernant leur sainte et digne personne. Le comte Alexis de Priest est de ceux qui ont cette affectation malencontreuse et qu'il lui conviendrait particulièrement d'en voir se guérir. Elle le soupçonne de tabler sur une amitié prétendue pour avancer, grâce à elle, grâce à son oncle, dans la faveur du duc d'Orléans. Espérance bien mal placée, si l'on en juge au ton dont on l'entend parler, en son journal, du diplomate historien.
« J"ai reçu une longue lettre de M. de Saint-Priest, de Lisbonne. Il m'écrit de temps en temps; je ne lui réponds que des petits mots assez courts et secs, mais il paraît déterminé à les prendre pour des preuves d'amitié. C'est un calcul comme un autre. »
Certains sont désirés, appelés : le petit nombre, la fleur du bouquet, côté de l'âme ou de l'esprit. Mais on n'évite, en nul endroit du monde, les relations de surcroît, dont le zèle incommode. La qualité passant avec la quantité, il y eut toujours beaucoup de visiteurs, au château.
L'ordinaire de la maison était large et opulent, la table délicate, les aises parfaites. Aux instants du jour, où le soleil avait pris assez de force ou suffisamment diminué de chaleur, selon la période de l'année, des excursions en voiture étaient organisées, à travers la belle forêt de Gâtines et parmi les paysages environnants. Ou bien on se rendait en troupe au pavillon de la Garenne, joli but de promenade édifié par Talleyrand.
Le soir appartenait aux distractions accoutumées du jeu, de la conversation. On se tenait plutôt dans l'ample salon du rez-de-chaussée, aux murailles enrichies de merveilleuses peintures et dont la bibliothèque enfer-
inait tleux mille volumes. Entre deux mots, les causeurs y pouvaient encore admirer les vases superbes, qu'avait donnés l'empereur, et le Paris en marbre, de Casanova^ Quelquefois le prince se retirait avec des intimes dans la chambre, qu'il avait amoureusement ornée de tableaux du Titien, de Holbein, de Rembrandt, de Mignard, de Lebrun. En cette chambre à coucher, qui lui servait en même temps de cabinet de toilette (pour ses séances matinales si compliquées d'habillage, de coiffures, d'ablutions, d'odeurs), il avait eu le goût de rassembler environ sept cents volumes de ses auteurs favoris. Autour d'un Talleyrand, on n'avait pas à craindre devoir la conversation languir par indigence de matière. Les sujets de discourir ne manquaient pas en pareille compagnie. Les rivalités aiguës des partis, les embarras du roi au milieu de ses ministres en désaccord et de ses aspirants-ministres, de récents conseils qu'on a demandés au prince sur les difficultés de la situation, la dernière lettre de Madame Adélaïde, les chances présumables des prochaines élections, à l'Académie, ou les échos fraîchement parvenus de la haute société britannique, en imposaient des éléments pleins de ressources. La littérature n'y était point oubliée. Et la religion avait son tour, autant de fois qu'en pouvait susciter occasion ou prétexte, la pieuse diligence de M"'' de Dino et le moins fréquemment possible, au goût de M. de Talleyrand. Sur chacun des points où il intervenait par une réflexion brève, un trait, une epigramme, un jugement enfermé dans des bornes concises, le prince traitait la question de haut avec autorité, de sa voix solennelle et profonde. Laissait-il tomber de lassitude la conversation, dont il était le centre. M""' de Dino la relevait avec sa prestesse habituelle. Elle plaisait à
regarder causer, dans les moments où elle se livrait avec un abandon qui savait se mener, se conduire, jusqu'au point où l'enjouement met en péril la distinction. L'une de ses particularités était de fermer les yeux en parlant, pendant la durée de quelques secondes, comme pour y retenir une image voltigeant à la surface de sa pensée, avant de la rendre, au dehors, plus nette et plus vive. L'abondance et le charme étaient ses dons; elle y ajoutait, à propos, le sel de l'ironie. Ses confidences journalières en fourniraient des rappels curieux. On y verrait particulièrement pointer ses dispositions un peu hautaines, à l'égard de certaines gens, ayant le défaut de n'être point des personnes nées. Un reste de dédain flottait en son âme aristocratique pour les ministres, les dignitaires, voire les ambassadeurs du roicitoyen, pour ces roturiers passés grands seigneurs et qui se mêlaient d'agir, de dépenser, de parader comme tels, tout dénués qu'ils fussent, de principautés ou de marquisats. Récemment, on lui apprenait que le représentant de la France à Berlin, Charles Bresson (1), avait donné une fête du soir, que le roi de Prusse s'y était rendu, et qu'on l'avait jugée fort brillante. Tous les valets étaient en grande livrée bleu, rouge et or, mais le bourgeois ambassadeur ne s'était-il pas avisé de dire, parlant à quelque prince : « Ce sont mes couleurs ». « Que voilà bien un signe du temps! » s'était écriée M"'" de Dino, à qui son fils, M. de Valençay, en faisait narration. « A la bonne heure! », avait ajouté M. de Talleyrand, du ton qu'il mettait à ces mots. On ne doutait plus de rien, positivement, depuis la ruine de l'aristocratie véritable!
(1) C'était en mai 1836. Bresson ne fut créé comte que l'année suivante, à l'occasion du mariage du duc d'Orléans.
Causer, c'était l'intérêt essentiel des soirées. Cependant, le -whist restait en honneur au château, comme il le fut en tout temps et en tout lieu, chez Talleyrand. On y battait les cartes, de bon cœur. Parfois on faisait la poule au billard et les dames y jouaient leur partie. Avant de clore la journée et de se livrer aux douceurs du sommeil, on arrêtait des projets de promenades pour le lendemain, sauf à s'en remettre au ciel de n'en pas déranger les agréables combinaisons.
A des dates consacrées, il y avait plaisir au village. Et les hôtes du château s'y trouvaient naturellement conviés. Avec de belles sonneries de cloches et grand concours de gens, on célébrait les fêtes patronales du seigneur. Le matin, se déroulaient les processions fleuries; le soir flambaient les feux, et, dans le parc, éclataient les pièces d'artifice, fulguraient les illuminations. Bon prince, Talleyrand se mêlait — d'un peu loin — à ces festivités champêtres. Il avait toujours eu la dépense facile pour les biens de la commune. Son initiative s'était exercée diligente pour l'embellissement et la prospérité du pays. Il avait des générosités régulières, aux anniversaires des saints du calendrier, Charles et Maurice, dont il portait les noms en avant du sien. Alors, il voulait bien que le vin coulât à flots abondants pour calmer la soif des couples rustiques échauffés par la danse. Et ses invités en avaient le coup-d'œil, comme un agrément supplémentaire porté sur le programme, à leur intention.
Tout irait pour le mieux du monde dans la plus belle des résidences, si, depuis quelque temps, la santé du prince n'éprouvait des variations un peu brusques.
Ranimée, un jour, chancelante, le lendemain, elle avait causé plusieurs alertes, depuis 183.j, et d'assez vives.
L'atmosphère du château s'en trouva forcément impressionnée. Elle s'embrumait, peu à peu, des teintes sombres qu'étendent, autour d'elles les inquiétudes de la maladie et l'anxieuse influence des hantises religieuses.
Les hôtes de ces lieux n'y retrouveront plus l'éveil d'autrefois, ni cette affabilité dans l'accueil, qu'ils étaient sûrs d'y rencontrer. Même, ils risqueront de s'y sentir gênants, lorsqu'un hasard fâcheux les y aura fait s'arrêter, à contretemps. Telle, en 1838, la remuante princesse de Liéven, tombée à Yalençay, au moment d'une crise de palpitation de l'illustre vieillard, ce qui, d'ailleurs, ne l'avait pas empêchée de faire grand bruit de son arrivée. Jusque dans un pareil moment, l'exambassadrice aurait voulu qu'on s'employât à la distraire de son ennui, l'incurable ennui qu'elle colportait avec elle, hors de son tourbillon accoutumé. La duchesse de Dino, si chiétienne qu'elle fût, l'eût vouée, en ces moments-là, à tous les démons de l'enfer.
« La santé, inscrivit Talleyrand, sur l'un des feuillets de son carnet de notes, est comme la conscience qui tient un compte sévère de tout. » Avait-il vraiment usé, pour les actes relevant de sa conscience, d'un contrôle aussi attentif? L'histoire de sa vie prouverait plutôt le contraire; mais, il est certain qu'en cette période critique, il était fort appliqué à se donner raison pour la première partie de sa sentence. A force d'y concentrer ses soins et sa pensée, il y sacrifiait un peu, tous les jours, de son attirance personnelle. De même, à force de réfléchir sur Bossuet, à force de s'abîmer en des méditations dont son être moral était
l'objet, M™^ de Dino s'était rendue bien grave... Le charme s'en allait.
On n'avait plus guère de temps pour les jeux aimables de la conversation. Talleyrand était trop occupé à se guérir et M°^ de Dino à le convertir.
En vérité, les familiers du logis ont changé de nom et de caractère. Montrond est loin. On voit approcher, hâtive et diligente, la robe de l'abbé Dupanloup. De visiteuses mondaines, on ne verra tantôt plus que le pieux essaim des grandes dames zélatrices de l'archevêque de Paris. L'Église veille et s'empresse. Le politicien habile, qui tant de fois, sut modifier, à propos, la couleur de ses opinions, est sollicité d'accomplir l'évolution dernière, qui terminera par une grande surprise son étonnante destinée. C'est à Paris, à la minute précise qu'il désignera, c'est dans son hôtel de la rue Saint- Florentin, qu'il conclura cette tractation suprême... Les beaux jours de Valençay sont bien finis.