‹ Du prince de Benevent au due de MornyChapitre 22 sur 130 · ANGOULÊME (MADAME, DUCHESSE D · texte numérisé non relu

ANGOULÊME (MADAME, DUCHESSE D

Peu de femmes, de celles dont s'occupe l'histoire, furent exposées à des malheurs plus redoublés et à d'aussi mortelles douleurs, dans la prison et dans l'exil, que cette fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette : Madame Royale. Son âme se bronza au contact de tant d'adversités. Elle avait l'âme hautaine de son aïeule Marie-Thérèse, fortifiée d'un esprit de résolution dont elle donna des preuves dans les entreprises les plus hardies. Comme on parlait à Napoléon de la conduite osée, que tenait la duchesse d'Angouléme à Bordeaux, il dit en souriant (songeant au duc, sans doute; : o C'est le seul homme qu'il y ail dans la famille ». 11 est vrai que le grand empereur avait qualifié de même Marie-Caroline de Naples, qu'il avait appelé cette reine avide et criminelle : « // solo uomo délie due Sicile », et que l'application d'une louange pareille à deux femmes si différentes ne retournait pas à l'honneur de la duchesse d'Angouléme.

Elle avait annoncé précocement toute la fierté d'une fille de France. Un jour, la baronne d'Oberkich, croyant se rendre agréable, lui témoignait, sans passer par l'intermédiaire de sa gouvernante, combien elle était frappée de sa tenue et de ses progrès : « Je suis charmée, madame la baronne, répondit-elle après un silence, que vous me trouviez ainsi, mais je suis étonnée de vous l'entendre dire. » Pourtant, elle avait paru charmante, quand elle était petite. Pour elle, on ne plaignait pas, alors, les soins raffinés et la dépense. 11 fut estimé que le grand bouillon de jour et de nuit, que buvait Madame Royale, âgée de deux ans, coûtait, à l'année, 5.201 livres. Sa vie, d'enfant était calme, heureuse, au grand air des parcs de Versailles et de Trianon. Soudain, quel changement, au Temple, sous la Terreur! Trois années de malheurs inouïs s'abattirent sur sa tête. Puis, elle fut libre; elle put aller rejoindre le comte de Provence, son oncle, et épouser le duc d'Angouléme, son cousin. Hélas! quel époux! Elle ne l'avait, pour ainsi dire, jamais vu avant l'heure de la noce. «Votre fiancé », lui dit Louis XVlll. Elle était grande et forte; elle regarda celui qu'on lui présentait, un vrai prince, sans doute, qui lui baisait les mains en les arrosant de ses pleurs, mais un être malingre, sans tournure, au visage

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simiesque, grélé, vieilli avant l'âge, et, ce quelle allait savoir bientôt... aspirant au titre de mari sans être en forme ni moyens pour l'être. Malheureuse duchesse d'Angoulêmel A quoi lui servait d'être belle? Car, elle eut sa période de beauté. Outre le grand air de noblesse, qui était l'expression de sa physionomie et qu'elle garda, elle avait une fraîcheur, un éclat dans la carnation et la chevelure, qui rappelaient les attraits maternels. Ces délicatesses s'en allèrent avec les années pour laisser prédominer en elle les formes peu gracieuses de son père, dont il eût été préférable qu'elle se contentât de posséder les vertus. Ses yeux bleus avaient perdu leur ancienne douceur, sa voix, déjà dure, devint plus rauque, et aussi plus revêche son caractère. Le souvenir tenace, qu'elle conservait de ses infortunes, ne lui laissait pas assez de relâche pour le reste du monde. Elle avait le pardon diûicile ; et en cela ressemblait-elle à cette duchesse de Nemours, de la maison de Longueville, dont parle Saint-Simon, et à qui ses chagiins, ses procès avaient tellement aigri l'esprit que, lorsqu'elle récitait le Pater, elle passait l'article du pardon sans le dire. On estimait, on louait les mérites de la duchesse d'Angoulême, on plaignait ses malheurs. Il lui manqua, pour être aimée, de se rendre ce qu'elle ne sut jamais être : aimable.

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