BALZAC
Un jour du mois de novembre ISiJf), un Tourangeau du nom de Balzac, qui venait acheter une petite propriété dans le pays, sonna à la grille du château de Valençay. On ne se montra ])as très charmé de l'y recevoir, quoiqu'il fût présenté par un obligeant voisin. Un homme de génie! Le maître souverain du roman moderne! De son air dégoûté de grande dame peu sympathique à la gent des publicistes, faiseurs de livres et faiseurs d'articles, la duchesse de Dino, jetait ainsi son impression sur cette visite désavenante :
« Malheureusement, il faisait un temps hawilile, ce (/ui m'a obtigr de le retenir à diner ! »
Pendant tout le repas, elle serra les lèvres, ne proféra que des mots de stricte politesse, jugea, d'ailleurs, qu'il n'y avait pas lieu de se mettre en frais, que Balzac était sans verve ni facilité dans la conversation, qu'il y était même très lourd, et qu'en somme il était vulgaire de ton comme de sentiment. Tel le voyait M°'= de Dino. Mais le puissant romancier n'avait pas perdu son temps : il avait observé Talleyrand.
BARTHÉLÉMY (FlîAXÇOIS DE)
Négociateur du traité de Bàle. Arrêté à la suite du coup d'État de Fructidor et transporté à Cayeniie, il s'en évada avec Pichegru, mais pour se mettre au service de Bonaparte, qui l'installa à la vice-présidence du
Sénat. Comte de l'Empire, il fut fait marquis par les Bourbons, reçu à la Chambre des Pairs et nommé ministre d'État : il n'avait rien perdu au change. Du reste, tant d'honneurs lui étaient venus, comme par hasard, sans qu'il parût les rechercher beaucoup. Il avait le naturel timide, le caractère méticuleux et circonspect et l'ambition repliée. Nul n'avait été plus étonné que lui-même de s'être trouvé, sous le Directoire, un « cinquième de roi ».