GALONNE (COMTE DE
« Nmis fîmes en une semaine, d'une manière assez supportable, un travail que la présomption et fëtourderie de M. de Calonne lui avaient fait négliger^ pendant cinq mois. » C'est Talleyrand qui parle ainsi. Encore une phrase ou deux de la même encre, et ce serait toute une psychologie du ministre aventureux de Louis XVI.
Une intelligence prompte et hardie des affaires, l'art d'embellir ce qu'il savait et de voiler d'indifférence ce qu'il ne savait pas, un esprit vif, des manières qui séduisaient, un ton assuré qui inspirait la confiance, s'ajoutant à l'appui des salons de Polignac et de l'hôtel de Luynes, dont il faisait l'opinion et le langage, l'avaient porté à la tête des finances royales. Mais quelles finances, en quel moment et en quelles circonstances, lorsque les ressources de l'État et l'équilibre du budget étaient si terriblement compromis! Il écarta les premières difficultés, se noya dans d'autres, us* d'expédients, rencontra, sur des projets défendables, quoique trop hâtifs et blessant trop d'intérêts, une masse énorme d'opposition, et fut entraîné dans la débâcle.
Plein d'intentions excellentes, susceptible d'attachement, de fidélité même, Calonne avait la promesse facile, le zèle prompt, l'obligeance empressée. Comme la reine lui demandait un service, qui lui tenait fort à cœur et qu'elle lui disait :
« Ce que Je désire de vous est peut-être lien difficile... »
Vivement, il lui répartit :
« Madame, si ce n'est que difficile, c'est fait: si c'est impossible, nous verrons. »
Il parlait bien, comme on le voit. 11 savait compter, comme on l'a vu. Ses imprudences et cette présomption, dont M. de TallejTand lui faisait un blâme, tout à l'heure, gâtèrent le boniieur qu'il eut en commençant