CAMBACÉRÈS (DUC DE PARME
Serviteur intelligent et habile de la République, nul ne sut plus adroitement que cet ancien conventionnel, président du Comité de Salut public, ministre du Directoire, faire son chemin par toutes les sinuosités de la ligue oblique, pour s'élever, lui, deuxième consul, archichancelier d'empire, président du Conseil des Sceaux, aux premiers honneurs sous le
pouvoir absolu. Organisateur remarquable, disposHut de grandes ressources d'esprit, d'une science consommée en matière de jurisprudence et d'une raison très sûre, d'ailleurs possédant le sentiment du juste dans l'exercice du droit, mesuré, conciliant, incapable d'emportement et la pensée toujours lucide, ses mérites étaient incontestables. Des défauts prononcés leur faisaient ombre : une âme pusillanime, un caractère beaucoup moins noble ijue l'étaient ses principes, et tant de sensualité gourmande, tant d'avidité pour les plaisirs de la table, pour la chère exquise dans l'ostentation du llixe, et tant de vanité, une incommensurable vanité! L'ex-citoyen Cambaoérès, métamorphosé monseigneur, puis dénommé altesse, en avait reçu une bouffissure incroyable de la part d'une intelligence si avisée. Ne oroyait-il pas user d'une condescendance infinie, parce qu'il disait, un matin, à ses deux secrétaires, sur le maintien qu'il leur conviendrait d'avoir, vis-à-vis de lui :
« Lorsque nous sommes seuls, vous pouvez m'appeler monseigneur; en public, appelez-mot toujours altesse. »
Au retour des Bourbons, il y eut une alerte dans son existence molle et pleine. Les papiers de Cambacérès furent saisis. Talleyrand, aussitôt qu'on lui en apprit la nouvelle, s'était écrié, en homme qui aurait à se tenir sur ses gardes : « Ah! voilà un avertissement donné par les Tuileries à la rue Saint-Florentin. »