COUSIN (VICTOR
« Cette mère de l'Église », comme l'appelait avec une douce ironie la duchesse de Dino, n'était pas en odeur de sainteté, en la chapelle de Valençay. On y prisait sa science et la pureté de sa manière classique; on y goûtait moins sa philosophie, qui n'en était pas une, parce qu'elle était un composé de toutes les autres; bien moins encore y trouvait grâce son incommensurable vanité. C'était un maître, un noble orateur, un critique chaleureux et passionné d'art. Mieux valait le lire, cependant, que le connaître. Il fut dur, jaloux et superbe. « Cousin, a dit Sainte-Beuve, qui avait ses raisons pour ne pas l'aimer, porte dans tout ce qu'il écrit une personnalité, qui serait vraiment outrageuse si elle n'était toujours un peu plaisante. L'allure de Cousin est celle d'un vainqueur, Veni, vidi, vici. // court, il triomphe, il se glorifie. Il monte continuellement au Capitale. » Son influence enseignante avait été si grande, il s'y était habitué à un tel point, qu'il prétendait l'imposer aussi dans le monde : visiblement il y souffrait, dès qu'on osait élever la voix, quand il parlait. Au sens de beaucoup de gens, le ton doctoral, sentencieux, dogmatique, qu'il n'abandonnait jamais en société, semblait fort ridicule, surtout venant d'un homme, qu'on disait léger comme l'air et changeant comme le vent, qui l'agite.