‹ Du prince de Benevent au due de MornyChapitre 83 sur 130 · MARMONTEL · texte numérisé non relu

MARMONTEL

Voltaire proclamait Marmontel son ami et son maître, sans croire à ce qu'il disait, au moins sur le dernier point. Le nom de cet encyclopédiste est aujourd'hui, beaucoup plus connu que ses œuvres.

METTERNICH (CLÉMENT, PRINCE DEj

Metternich, l'émule de Talleyrand et l'adversaire redoutable de Napoléon, Metternich, qu'on appela le dieu Terme de la diplomatie classique, a rempli de son nom, pendant trente-quatre ans, toute l'histoire de son pays et celle de l'Europe entière.

Conseiller très écouté des princes, diplomate de premier ordre, de plus causeur brillant et bel esprit, très grand seigneur, disposant d'un réel pouvoir de séduction, se servant à ravir de la beauté de son regard, de ses manières noblement aisées, de ses façons irréprochablement courtoises, il sut plaire aux femmes, charmer les hommes et mener ses desseins à leur but avec autant de souplesse que d'énergie. Il fut, de bonne heure, le Met-

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ternich, dont Napoléon disait : « // est tout prct de devenir un homme d'Etat: il ment très bien. »

Metternich était entré dans h\. politique et dans le monde, léger, dissipé de caractère, mais déjà sur de soi jusqu'à la présomption, confiant en sa chance comme en son savoir-faire, payant de sa personne avec d'autant plus de décision qu'il était très convaincu de ses qualités, de ses moyens, et si heureux, tout de suite, qu'il en resta l'un des plus grands infatués de son siècle. Heureux homme, en effet, dont la plume ne rebroussait point d'écrire des phrases comme celles-ci, en 1817 : « Ma présence en Italie est d'un effet incalculable », en 1818 : «Je suis venu à Francfort comme le Messie », et en 1848 : « L'erreur n'a jamais approché de moi » ^1'-

Sa lutte contre Napoléon fut l'événement capital de sa vie. L'histoire a gravé dans le bronze les paroles de sa fameuse entrevue de Dresde, avec l'empereur : « Vous ne me ferez- pas la guerre! s'était écrié Napoléon. — Vous êtes perdu, sire, répondit ^letternich; j'en avais le pressentiment en venant; maintenant, j'en ai la certitude. » Les congrès d'Aix-la-Chapelle, de Troppau, de Laybach, marquèrent l'apogée de sa gloire diplomatique. La Sainte-Alliance, sa création, triomphait. L'autorité du ministre autrichien s'était imposée aux contestations jalouses de la Russie comme à l'acceptation pacifique des autres puissances. C'était bien le règne européen de Metternicii.

La sagesse de sa politique fut d'avoir su le maintenir en personne, à travers les rivalités de conquêtes, dans le rôle et l'attitude d'un médiateur armé. Même en provoquant la guerre, il désirait la paix. Par contre, il exécrait la Révolution française et la liberté. Le plus indépendant des hommes en sa conuite privée, il se montrait en politique le moins libéral des gouvernants. Il détesta le régime parlementaire jusqu'à écrire, en 1828 : « La France et l'Angleterre peuvent être regardées comme n'ayant pas de gouvernement. » Il ne consentit aucun sacrifice à l'esprit de son temps et n'eut qu'un regret, disait Talleyrand, c'était de ne pouvoir le comprimer davantage. Malgré qu'il affectât, en paroles, de grands sentiments, de grands principes de droit naturel, sa pensée dominante se réduisait à assurer, de toutes les manières, la prépondérance de l'intérêt de l'État et la suprématie de la force mise au service de l'autorité. Les révolutions qui éclatèrent en Italie, les émeutes de Vienne, l'abdication du souverain, dont il avait été le guide '2), son propre exil et sa chute apportèrent de terribles répliques à son système d'absolutisme — sans le faire changer d'avis.

(1) Guizot a rapporté ce dernier trait, comme lui ayant été dit, en 1848, par Metternich, pendant leur commune retraite, à Londres.

(2) Sorel.

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