‹ Du prince de Benevent au due de MornyChapitre 97 sur 130 · NARBONNE (LOUIS DE · texte numérisé non relu

NARBONNE (LOUIS DE

Chevalier d'honneur de Madame Adélaïde, puis, ministre delà guerre en 1792, aide de camp et ambassadeur de Napoléon; en outre, homme d'esprit, homme d'études, ayant, avec cela, du chevaleresque à l'âme, le comte de Narbonne fut un des représentants les plus parfaits de l'ancienne société française. L'un des chefs du parti de la monarchie constitutionnelle, il fut, au département de la guerre, le seul ministre d'alors qui ait eu pour lui la majorité de l'assemblée. L'enthousiasme qu'il y inspirait confina presque à l'idolâtrie. Sa légèreté naturelle et d'autres causes telles que : l'influence passionnée de M"" de Staël, qui tenait tant à le voir premier

ministre pour être, avec lui, maîtresse des alîaires, les défiances de la Cour et l'opposition des démocrates avancés, lui en firent perdre le fruit. M"" de Staël l'avait emmêlé dans ses trames et dans ses plans, d'une manière doublement périlleuse. « Tels étaient les besoinset l'esprit d'intrigue de il/""" de Staël, remarqua Tallien, que, pour avoir une révolution, elle aurait fait jeter tous ses amis à la rivière, quitte à les repêcher, ensuite, par bonté d'âme. » Elle repêcha Narbonne, en lui procurant les moyens de se réfugier en Angleterre.

Quand il fut au service de l'empereur, il s'en acquitta avec dévouement, courage, sagacité, prudence et sans exaltation. Il ne fut pas du nombre des courtisans fameux, auxquels l'excès du zèle monarchique inspira de ces traits adulateurs, qui dépassèrent, envers les Louis XIV elles Napoléon, les limites de l'adoration humaine. L'un de ceux-là, M. de La Chaise, préfet d'Arras, prononçant une harangue en présence de l'empereur, avait serti cette perle de littérature laudative : « Dieu fît I{:>naparte et se reposa. — Il aurait mieux fait de se reposer un peu plus tôt », murmura Narbonne. Lui-même brûlait bien un peu d'encens au maître de l'heure, mais du plus fin. Comme il arrivait du camp de l'Autriche, en 1813 : « Eh bien! lui demanda 'Sapoléon, que di.^ent-ils de Bautzen? Quedisent-ils de Lutzen? — Sire, répondit-il, les uns affirment que voui êtes un d'ieu, les autres que vous êtes un diable, mais, tout le monde convient que vous êtes plus qu'un homme. »

On a gardé de ses 7nots assez pour en remplir des pages; et, le mérite en est rare : tous ces mots portaient juste. Narbonne était fort recherché dans la société mondaine pour sa bonne grâce et sa galanterie. <f II a plus d'esprit que moi, confessait Tallex rand, mais il est moim sage. » Donc, il devait l'être fort peu. Il était sensible à l'attrait des femmes (?l le resta jusqu'à la fin. La comtesse Potoçka lui a reproché de s'être trop souvenu de ses brillants succès de jeunesse, en les poursuivant par delà l'âge mûr. Dans sa persévérance amoureuse, M. de Narbonne essayait de se persuader à lui-même, sinon de le prouver à celles qui l'écoutaient, sceptiques, la permanence des impressions du cœur survivant aux métamorphoses de l'âge. C'est l'image du poète : quand la vie a jeté tous ses frimas sur nous, l'amour, comme un feu mystérieux, brûle encore sous la neige des ans. Sans doute, mais qu'est devenue sa chaleur communicative pour les foyers voisins ?

Page 1