‹ Du principe de la libre concurrence dans son application au choix des professeurs des écoles de médecineChapitre 2 sur 3 · II · texte numérisé non relu

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pour trouver ses argumens sur-le-cïiamp ; il tient surtout à ne proposer que ceux dont il a déjà calculé la force; ainsi, il pourra se laisser étourdir par le babil présomptueux d’un adversaire moins instruit, qui parlera avec plus de facilité,. et avec une sorte d’impudence, sur les choses qu’il sait le moins. Si cette discussion n’a pas lieu ensuite devant des juges assez éclairés sur le fond de la question, des hommes assurément très-capables pourront se trouver écartés de l’enseignement, pour faire place à gens qui le seront moins ; inconvénient qui formerait assurément une objection très-forte contre les épreuves du concours , si toutes ces épreuves se réduisaient àla discussion dont nous venons de parler.

Celle-ci a le vice essentiel de trop rappeler les formes de l’ancienne argumentation scolastique ; le scandale, l’injure s’y mêlent quelquefois, et le savant véritable, plutôt que d’en courir le risque avec des hommes qui ne sont pas considérés comme ses pairs , préfère se retirer. Cet inconvénient n’est pas moindreque le précédent.

On voit que je ne dissimule rien de la force des objections qui peuvent être faites à l’épreuve des discussions publiques. Mais si l’on dispense de cette épreuve les savans qui ont une réputation faite, si elle ne demeure que comme moyen d’émulation entre de jeunes concurrens, toutes les objections tombent d’elles-mêmes.

Les leçons n’ont aucun des inconve'uiens attachés à l’épreuve des discussions. Rien de plus naturel c[ue ces leçons; car les candidats à une chaire présentent alors un échantillon du service pour lequel ils se proposent , et on juge très-bien ipàv échantillon \& totalité de la marchandise offerte. On n’achète point une machine qui n’a pas fonctionné, sans la garantie du vendeur , qui s’oblige à la reprendre si elle ne produit pas les effets convenus. Le candidat auquel on demande un essai des leçons qu’il devra faire un ]o\ir Jonctionne ' donc en concurrence avec d’autres , et la préférence est acquise à celui qui a donné les meilleurs produits.

Les effets d’une machine peuvent être calculés à priori; le talent d’un professeur à communiquer ce qu’il sait ne peut, au contraire, être connu que par ses leçons. Car, on pourrait avoir fait de grandes découvertes dans les sciences et les enseigner fort mal; le mérite d’expositiou n’est pas celui de l’invention. L’épreuve des leçons n’est donc remplaçable par aucune autre C(t nul ne peut répugner à la donner , qu’autant qu’il aurait déjà fourni avec succès la carrière de l’enseignement dans une école du même ordre et sur des matières analogues. Le talent respectif des candidats peut alors être établi; directement lorsque ces candidats font entendre leurs leçons les unes à la suite des autres ; indirectement quand

on ne peut comparer que des leçons faites à de longs iulervalles, et même des leçons que les juges n’ont pas entendues. Celte dernière méthode est employée dans les universités allemandes , qui sont dans l’usage de se disputerréciproquement les professeurs célèbres, par des vocations à des chaires plus lucratives. La libre concurrence existe donc aussi , quoique d’une manière bien moins complète , dans les hautes écoles de l’Allemagne , où le concours est en effet moins nécessaire, vu le nombre des écoles et l’émulation qui existe de l’une à l’autre.

Celte épreuve des leçons donne, dit-on, trop d’avantages à celui qui a une grande puissance de bien dire. L’orateur le plus disert enseigne souvent fort mal, et j’ai suivi, pour ma part, un des plus éloquens professeurs de l’Europe, aux leçons duquel on n’apprenait à-peu-pi'ès rien. Tous les élèves nn peu avancés le sentaient; et on accordera bien que les juges et les spectateurs éclairés qui suivent un concours auraient jugé le mérite du professeur, au moins aussi bien que le faisaient de jeunes étudians. Cependant on a l’air de craindre que les juges ne se laissent entraîner a 1 éloquence d’un candidat. 11 faudrait donc éloigner du barreau les avocats dont le talent contribue au succès de leur cause; et si l’on rejette les leçons comme preuves de la capacité des candidats, c est poser en principe que le meilleur

moyen déjuger un procès est de prononcer avant d’avoir entendu les parties.

Se priver volontairement des avantages du concours ou jugersaosenlendre,sont, à mon avis, deux termes égaux qu’il est facile de ramener à l’uni lé.

Les avantages généraux du concours sont donc incontestables.. La nature particulière de l’enseignement médical nécessite seulement quelques modifications dans les formes du concours ordinaire. Ces modifications se rapportent aux deux espèces d’enseignement qui existent dans les Facultés de médecine actuelles , à l’enseignement de la science ou enseignement théorique , à l’enseignement de Vart ou enseignement pratique ; ce qui suppose, d’une part , un savoir non équivoque , et de l’autre une habileté reconnue.

Je comprends à la fois sous ce mot savoir la connaissance des principes qui constituent la science , et la connaissance des faits particuliers , dont les principes ne sont que 1 expression la plus générale. Dans une science parfaite, le savoir peut être réduit à la connaissance pure des principes généraux, parce que ceux-ci sont le produit d une induction sévère, et qu’on arrive par leur moyen, et avec le secours du simple raisonnement , à la découverte des vérités particulières contenues implicitement dans ces principes ; ce qui dispense de surcharger la mémoire par une aussi grande

quantité de détails. La science de la médecine n’en est point encore là. Elle se compose , il est vrai , d’un petit nombre de théories qui sont le résultat d’inductions établies souvent sur de simples analogies , et non, ainsi que cela devrait arriver, sur des ressemblances parfaites ; mais le plus grand nombre des principes scientifiques de la médecine sont déduits par voie d’hypothèse. Or , quoique l’hypothèse soit une espèce de généralisation qui met à la main du médecin une foule de faits dont il perdrait le souvenir , ou dont l’application deviendrait impossible , ou ne peut cependant l’employer que comme une sorte de règle de fausse position , c’est-à-dire comme un moyen de recherche et d’investigation qui aura toujours besoin d’une vérification subséquente. On commettrait , en effet, d’étranges erreurs si , lorsque la généralisation résulte d’un emploi de l’hypothèse, on cherchait à en extraire, par le simple raisonnement, des vérités qui ne sont pas textuellement énoncées.

La nature particulière du savoir médical ainsi définie excluera-t-elle les épreuves du concours? N est-ce pas , au contraire, dans une leçon qu’un candidat fera mieux voir qu’il entend les principes généraux de la science ? N’est-ce pas dans la dispute, ou discussion publique seulement , qu’ilpourra montrer qu’il sait vérifier les hypothèses dont il aura été forcé de se servir , détailler les

faits que ces hypotlièses représentent dans son esprit , et faire le partage des principes ainsi recueillis d’avec ceux qui résultent de l’emploi d’une saine induction.

La connaissance des détails ou faits particuliers devient d une nécessité rigoureuse pour déterminer les Circonstances diverses d’application dont l’ensemble forme Y art de la médecine pratique. Cet art, qui est le but de la science, résulte de l’application des principes généraux inductijs ou hypothétiques aux individualités qui se présentent. Or , les principes généraux n’exprimant que les qualités communes , et négligeant les différences des objets, ne peuvent être employés, en conséquence , que comme des approximations de la vérité ; ils ne deviennent applicables qu’au moyen de l’habileté expérimentale et pratique qui doit suppléer dans l’exercice de la médecine , les imperfections des théories dont l’emploi sera toujours indispensable pour donner au talent pratique de la précision et de la sûreté.

L’habileté du médecin résulte d’une certaine perfection dans l’exercice des sens, et de la promptitude avec laquelle l’esprit analyse les principes généraux de la science pour y découvrir les élémens du cas présent , et les règles de la conduite à tenir pour le changer.

Un médecin dépourvu de connaissances théoriques ou scientifiques peut, il est vrai, per-.

fcctionner l’éducalion de ses sens de manière à acquérir assez d’habilelé pour traiter avec succès des maladies ordinaires. Mais ce médecin sera toujours réduit à imiter servilement ce qu’il à vu faire, ou à ne répéter que les opérations dont son expérience propre lui a démontré l’utilité. Il ne saura jamais se rendre compte à lui-même, et bien moins encore rendre raison aux autres des motifs qui déterminent sa conduite ; c’est un routinier proprement dit, et rien de plus. Quel que soit donc le talent pratique , quelque méritée que devienne la réputation d’un semblable médecin , son exemple est perdu pour l’enseignement, et ne fructifie que chez des hommes assez habiles euxmêmes pour pénétrer les motifs d’une opération que le routinier n’analyse point ; son talent présente toujours quelque chose de vague, d’inappréciable en conséquence par les épreuves du concours, qui ne juge en effet que les connaissances positives. Mais si ce n’est pas à des routiniers qu on desire confier l’enseignement de la médecine et de la chirurgie clinique, on ne comprend plus la Commission de l’Instruction publique , quand elle a écrit au doyen de la Faculté de médecine de Paris , sous la date du 25 octobre i8i8: Le concours ne présente pctS les mêmes garaitties que la simple présentation pour des parties d enseignement. qui supposent des connaissances, pratiques et constatées par de longs succès.

La connaissance approfondie de la medecine, comme science , jointe à l’habitude d’en appliquer les préceptes généraux , constitue seule le médecin habile, et ce médecin-là est aussi le seul qui puisse être appelé à l’enseignement de Y art. Le candidat qui se sera montré le plus savant dans un livre ou dans une chaire , enseignera sans doute la Sicience avec succès ; mais souvent au lit du malade, il manifestera une irrésolution fâcheuse, et donnera des preuves évidentes d’incapacité pratique. Pour enseigner Yart^^ W faut savoir analyser les principes abstraits de la science , y retrouver les détails de l’individualité présente , coordonner ces détails aux principes admis , tirer de ceux-là des méthodes de traitement inconnues du routinier , et distinguer dans ces méthodes les données que fournit la science d avec les inspirations du génie pratique. L’expérience des siècles, dont la science rappelle sans cesse les grands résültats , étend et multiplie ainsi les applications* de l’expérience personnelle. Le médecin qui réunit en lui-même l’uue et l’autre de ces expériences est le seul capable d’enseigner Y art de la médecine. Mais ce médecin ne sera jugé que par ses pairs, et n’est pas jugeable sur parole ; c’est dans les consultations que les gens de l’art établissent au lit des malades, qu’un semblable jugement peut seulement être porté. Ce fut donc une idée des plus heureuses que celle d’avoir introduit 1 épreuve

de la consultation dans le concours aux chaires de me'decine et de chirurgie pratiques. Substituer maintenant à cette e'preuve une simple pre'sentation , c’est remplacer le jugement des hommes expérimentés par le vague d’une réputation populaire; c’est mettre l’arbitraire en place de la règle.

Je pourrai terminer plus tard ce qui reste à dire sur cette question en traitant de la nature de chaque chaire , des qualités des candidats , et de la capacité de leurs juges.

Mais qu’il soit question d’élire aux chaires scientifiques ou pratiques des Facultés de médecine , le concours demeure également applicable et avantageux. Jamais du moins on n’accusera ce mode d’élection de transformer les chaires de médecine en effets négociables à la bourse , en objets de succession transmissibles du père au fils, et du père à la fille , en récompenses , j’oserai dire, qui seront décernées , noil point au talent, mais à des services honteux.

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