MAUX QUI PEDTENT EN RÉSULTER. PROPOSITIONS DE MALTHUS
éviter la destruction brutale de Tespèce par suite des privations qu'impose la nature.
C'est le sujet qui sera développé plus loin : occupons-nous d'abord d'établir les deux propositions.
m. — Première proposition 9 démoiitrée par l'aeeroissement de la population en divers pays et eonfomie aux lois de la natiire.
A la fin du siècle dernier, lorsque Malthus prit la plume, le docteur Price, d'après des relevés analysés par lui, avait avancé que, dans quelques contrées de TAmérique du Nord, la période du doublement de la population avait été de 15 ans*. Il s'appuyait sur des extraits d'un sermon du docteur Hyles, qui avait trouvé, en 1748, que la période du doublement était de 25 ans dans le Rhode-Island pris en masse; de 20 et 15 ans dans quelques parties de l'intérieur de cette contrée; de 20 ans dans le comté de Kent, et de 18 ans dans le comté de Providence.
A cette époque Euler avait construit une table basée sur des données puisées dans des registres de naissances et de morts, d'après lesquelles le doublement avait eu lieu en moins de 13 années (12 4/7). — W. Petty avait avancé qu'il était possible qu'à la faveur de certaines circonstances particulières la population doublât en 10 ans*.
* Pricé's observations^ tome I, p. 282, 286, et tome IF, p. 260. =* Political arithmetic, p. 14.
Malthus, s'aj^uyant sur ces trois autorités et sur les recensements américains, croyait avec raison, vers la fin du dernier siècle, se mettre à Tabri de toute exagération en disant que, lorsque la population n'est arrêtée jpar aucun obstacle, elle va doublant tous les 25 ans et croît de période en période selon une progression géométrique.
Il eût suffi que le fait du doublement en 25 ans eût été bien constaté une fois, en dehors de Timmigration, pour que la science pût adopter à posteriori Tassertion de Malthus. Aujourd'hui le nombre des expériences est tel, que nier la loi que nous venons d'énoncer, c'est, nous paraît-il à nous, nier l'évidence .
La statistique a maintenant à sa disposition sept recensements officiels décennaux des États-Unis, comprenant plus d'un demi-siède, plus de deux fois la période malthusienne de 25 ans, entre 4790 et 1850. En 1790 les États-Unis étaient libres et constitués; ils n'ont cessé depuis de vivre sous le même régime ; aucun événement extraordinaire n'est venu contrarier chez eux la marche naturelle des choses ; de plus, la population américaine, n'ayant point encore atteint les limites de la terre disponible et des subsistances, a continué à obéir à la loi signalée par les recensements antérieurs à ce siècle, et qui ont servi de point de départ à Malthus. C'est là, sans contredit, un des faits de population les plus remarquables, tant par sa netteté que par sa continuité. D'après les divers
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recensanents officiels, la marche de la population a .été (nous arrondissons les chiffres) ;
En 1782*, de. .- 2,389,000
Nous défalquons de ce dernier chiffre les résultats des recensements pour le Texas, le Nouveau-Mexique, le territoire d'Utah, la Californie et l'Orégon, récemment annexés, avec lesquels le total de la population américaine s'élève à 23 millions 351,000 habitants. Bien que les premiers recensements officiels ne comprennent pas les États et les territoires qui sont comptés dans les derniers, on remarque sur les documents officiels que les 13 qui manquent dans le recensement de 1790, en admettant qu'ils n'aient pas été compris avec les autres, n'offrent qu'une différence de 72 mille habitants au 2* ; que 9 ne font au 3* qu'une différence de 132 mille habitants ; que 5 au 4** ne font qu'une différence de 14 mille ; et que 3 au 5* ne font qu'une différence de 34 mille *.
* Selon un compte rendu rendu au congrès, cité par Malthus, en note, livre II, chapi xiii.
' Voir le tableau de ces recensements dans une note finale.
Si Ton divise le chiffre de 1840 par celui de 1790, soit 17 millions pour 3,9 millions, on trouve que la population a plus que quadruplé en 25 ans. Si l'on divise celui de 1850 (22,8 millions), par celui de 1800 (5,3 millions), on trouve que la population a encore quadruplé dans les deux premières périodes de 25 ans de ce siècle. Si l'on compare les périodes de 20 ans seulement, on voit que la population a presque doublé de 1800 à 1820, de 1810 à 1830, de 1820 à 1840, de 1830 à 1850. En faisant la comparaison par périodes de dix années, de recensement à recensement, on voit que la population s'était accrue de :
35 pour iOO en 1800
en déduisant toujours, dans ce dernier calcul, les pays nouvellement annexés.
Les chiffres généraux que nous venons de donner comprennent la population blanche, la population libre de couleur et la population esclave. Or on sait que la condition de l'esdavage n'est pas aussi favorable au développement de là population que celle des blancs ou des hommes de couleur libres. Les esclaves se reproduisent moins et meurent dans une proportion plus forte. La vie moyenne d'un esclave,
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dans le Sud, n'excède pas cinq ans, et les planteurs portent leur déchet annuel à 2 1/2 pour 100*. Or il y avait 15 1/2 pour 100 d'esclaves en 1830, et 13 1/2 pour 100 en 1840, et encore un peu moins en 1850.
Lorsqu'on. examine séparément les recensements des divers États de l'Union, on en trouve plusieurs où la progression d'accroissement a été bien plus rapide que celle de l'accroissement total. La population de l'État de New-York est devenue sept fois plus considérable de 1790 à 1840, en 50 ans, et neuf fois plus considérable de 1790 à 1850. La population de TOhio a récemment triplé en 20 ans, de 1820 à 1840, et quadruplé en 30 ans, de 1820 à 1850. Parmi les autres États les plus peuplés, on voit que la Virginie n'a pas doublé en 50 ans, que la Pensylvanie a juste quadruplé.
Ainsi la progression malthusieime, que son auteur avait basée sur des accroissements observés dans la seconde moitié du dernier siècle, n'a cessé d'être l'expression des faits pendant la première moitié de celui-ci, et sur une échelle bien plus considérable.
Mais, abstraction faite des résultats des recensements américains, on peut concevoir cette progression
* Depuis la suppression de la traite, les États à esclaves se divisent en pays éleveurs et en pays de consommation, qui sont plus propres aux grandes cultures. C'est par suite de cette division du travail et de soins particuliers donnés à cette industrie que les États du Sud peuvent être suffisamment approvisionnés.
à priori^ comme l'ont très-bien fait comprendre plusieurs économistes, et entre autres J.-B. Say*, James MilPetRossi.
J.-B. Say' fait le raisonnement suivant : « Si nous écartons, dit-il, toutes les causes qui bornent Taccroissement de notre espèce, nous trouvons qu'un homme et une femme, mariés aussitôt qu'ils sont nubiles, peuvent aisément donner naissance à douze enfants au moins... L'expérience, à la vérité, nous apprend que la moitié environ des êtres humains périssent avant l'âge de 26 ans... On voit par là que si chaque couple ne peut pas élever douze enfants en état de se reproduire, il en peut élever six qui sont capables de peupler autant que le premier couple l'a fait lui-même ; d'où l'on peut conclure que, s'il n'y avait aucun obstacle à cette multiplication, la population d*un pays quelconque triplerait au bout de 26 ans. »
Rossi accepte la progression de Malthus et ajoute : « La démonstration est facile. Toutes les fois que vous aurez plusieurs produits ayant chacun une force reproductive égale à celle du producteur, vous arriverez nécessairement à une progression géométrique plus ou moins rapide. Si un produit deux et que les nouveaux produits aient chacun la même force
* Cours complet d'Économie politique, 6* partie, chapitre I.
• Éléments d* Économie politique^ p. 40.
5 Cours f 18* leçon.
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productive qu'avait la premi^e unité, deux produiront quatre, quatre produiront huit, et ainsi de suite. Abstractivement parlant, Malthus énonçait donc un principe incontestable et aussi vrai pour rhomfne qu'il l'est pour les animaux et les plantes. Si Ton ne tient pas compte des obstacles, il est évident qu'au bout de quelques années la terre serait couverte d'hommes, comme il est certain que tout le sol serait bientôt couvert de blé et l'Océan rempli de poissons, si rien ne contrariait la force reproductive de chaque grain de blé et de chaque poisson ^ » Et, en effet, les observations des naturalistes viennent à Tappui de l'assertion de Rossi, qui paraît hors de contestation à Frédéric Bastiat, qu'on a récemment voulu opposer, bien à tort selon nous, à Malthus*. Un seul pied de maïs fournit 2,000 graines, un soleil 4,000, un pavot 32,000, un orme 100,000. Une carpe pond 340,000 œufs. On a calculé qu'une jusquiame peu-
* Les Hébreux entrés en Egypte n'étaient que soixant&-dix; quatre siècles après, il y en avait six cent mille en état de porter les armes. Un homme et une femme, naufragés en 1590 à Tîle des Pains, avaient produit douze mille individus lorsque les Hollandais la dé^ couvrirent. (J.-B. Say.) Six cent mille Hébreux en état de porter les armes supposent une population de plus de deux millions d'àines.
La population française du Canada est passée de 60,000 âmes à 600,000 en 80 ans, sans que Témigration ait fourni plus de 4,000 dans ce laps de temps. (Promenades en A mérique, par M. Ampère» membre de Tlnstitut.)
* Harmonies eronomiquesy 2« édition, 1851, page 430.
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plerait de plantes le globe en quatre ans, et que deux harengs rempliraient la mer en dix ans, l'Océan couvrit-il» toute la terre, etc.