II. — Knoneé des deux proposiltoM
Dès les premières pages de son livre, après l'exposé
MAUX QUI PEUVENT EN iÉSULTER. PROPOSITIONS DE MALTHUS. 13
d'un petit nombre de faits et de considérations corroborés dans le courant de Fouvrage, Malthus dit :
« Nous pouvons tenir pour certain que, lorsque la population n'est arrêtée par aucun obstacle, elle ta ^ doublant tous les 25 ans, et croît de période en période selon une progression géométrique.
« Nous sommes en état de prononcer, en partant de l'état actuel de la terre habitée, que les moyens de subsistance, dans les circonstances les plus favorables à l'industrie, ne peuvent jamais augmenter plus rapidement que selon une progression arithmétique. »
Traduisant ces deux lois par des chiffres, Malthus ajoute un peu plus bas :
« La race humaine croîtrait comme les nombres 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256 ; tandis que les sub- ^"^ ^^^^ sistances croîtraient comme ceux-ci : 1, 2, 3, 4, 5, £^ol^ 6, 7, 8, 9. Au bout de deux siècles, la population a^ù^ i5^/" serait aux moyens de subsistance comme 256 est , ^^77^-
à 9, » etc.
Ces propositions sont vraies, si ce' n'est dans la lettre, au moins dans l'esprit. Et ici nous pouvons nous débarrasser tout d'abord de quelques objections moins solides qu'on ne pense, en faisant observer que Malthus, lorsqu'il s'est servi d'une progression géométrique pour formuler l'accroissement de la population, et d'une progression arithmétique pour formuler l'accroissement des subsistances, n'a pas voulu faire autre chose qu'exprimer une tmdance. Il y a des
i4 DO PRINCIPE DE POPULATION.
personnes qui ne l'ont pas compris ainsi, mais leurs dissertations à cet égard portent scientifiquement à faux.
Malthus n'attachait aucune importance à cette formule mathématique, inutile à son raisonnement. C'est ce dont peut se convaincre tout lecteur de bonne foi.
On a également critiqué l'expression de subsistances comme trop restreinte ; mais il est évident que Malthus a entendu tout ce qui est indispensable à l'homme pour vivre : la nourriture, le vêtement, l'habitation, cibaria et vestittis et habitatio du jurisconsulte romain. Mais il est plus clair de dire avec Destutt de Tracy : moyens d'existenee.
En d'autres termes donc nous pouvons formuler le principe de population ainsi :
I. La population, si aucun obstacle physique ou moral ne s'y opposait, se développerait incessamment suivant une progression géométrique et sans limites assignables.
IL Les moyens de subsistance, au contraire, ne se développent, en général, que suivant une progression bien moins rapide.
III. En d'autres termes, la population a une tendance organique et virtuelle à s'accroître plus rapidement que les moyens d'existence.
IV. De là résulte l'obligation de limiter préventivement le développement de la population, pour