RÉORGANISATION SOCIALE, ASSOCIATION;. SOCIALISME
en procédant par \oie de corruption et d'intrigue : en laissant se développer le fonctionarisme et se multiplier les entraves bureaucratiques; en laissant s'introduire et se perpétuer la vénalité et le désordre dans les services publics et l'administration de la fortune publique ; en imposant des charges en disproportion avec les services rendus. A ces divers points de vue et à d'autres encore, il y a une constitution, une forme de gouvernement qui peut être indiquée, à tel ou td peuple, comme préférable, soit par la théorie politique, soit par l'expérience. De même, il y a des^ hommes d'État plus désirables à la tête des affaires publiques que d'autres. Mais, dans tous les cas^ abstraction faite de la nature du gouvernement, là théorie et l'expérience s'accordent pour démontrer que l'action des meilleurs doit se borner à la garantie de, la sécurité et de la justice et à la direction de quelques services publics, qu'il n'y a pas le même avantage à laisser à l'industrie privée '; et que, si (dans l'exercice de cette suprême et naturelle fonction) les bons gouvernements peuvent être d'une immense utilité à la civilisation, ils sont cependant directement impuissants à faire le bonheur des citoyens, qui peuvent seuls être les agents de leur fortune, de leur aisance et de leur condition.
L'expérience démontre encore qu'une bonne initie
* Voir Éléments de V économie poliU'jue, chap. vi^ la Séct-
RITÉ.
tive de l'autorité est rarement féconde, à cause des obstacles qu'elle rencontre dans ses agents, et que ce quil y a de mieux à faire, dans Tintérêt du progrès, pour un gouvernement (admis, par hypothèse, intelligent, bien intentionné, fort même), c'est d'aider les citoyens à faire eux-mêmes, simplement en les débarrassant des entraves accumulées par les vieilles législations et une bureaucratie traca$sière; c'est, en un mot, de laisser faire les citoyens*.
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Cette erreur fondamentale, que nous signalons, et cofntre laquelle militent l'ensemble des études économiques, a engendré toutes les doctrines et combinaisons socialistes proprement dites et toutes celles qui, sans accepter cette dénomination commune, se rattachent plus ou moins logiquement au même principe, qui est le principe communiste : la résorption de l'activité et de la responsabilité privée dans Faction gouvernementale ; la transformation des citoyens en employés et des industries privées en ateliers sociaux,
* On a beaucoup abusé de cette formule et fort mal interprété le laisse% faire, laissez passer y des économistes du dix-huitième siècle. Voir une note explicative à ce sujet dans les Éléments de Véccnomie politique, 3* édit., p. i44.
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système qui conduit à la conception de sociétés pou- Tdnt exister sans la notion du tien et du mien, c està-dire d'une transformation radicale de l'espèce humaine.
En admettant, par hypothèse, que Tun ou l'autre de ces systèmes tant prônés et trop redoutés, fût praticable et pratiqué et qu'il fit le bonheur des populations vivant sous son empire ; ce système, et Fourier est le premier à l'avouer, loin d'être un obstacle à l'énergie du principe de population, en serait, assurément, le promoteur ; agissant en cela comme le fait 4'ensemble des conditions physiques et morales qui existent dans l'Amérique du Nord. De sorte qu'en dehors de la <îritique facile et victorieuse que l'on peut faire de ces systèmes, c'est surtout à ceux qui pourraient encore être victimes de pareilles illusions que Ton doit conseiller de suivre les conseils de sagesse et de prévoyance.
Il est des gens qui croient avoir résolu le problème en disant : Il y a des oisifs et des opulents qui mangent le profit des travailleurs. Organisez mieux le travail, distribuez mieux la richesse, et vous n'aurez pas besoin de vous occuper des billevesées de Malthus et de cette absurde école anglaise*. C'est, en termes un peu différents, l'énoncé de la doctrine que nous venons de caractériser ; car l'organisation du
' Voir, sur la soi-disant école anglaise, nos observations, p. 10 et 12S.
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travail et la distribution des richesses sur d'autres principes que ceux de la propriété et de la libre concurrence ne sont pas autre chose que la refonte sociale, par les divers procédés des écoles socialistes, procédés qu'il est inutile de discuter.
Notre première observation aura pour but de faire remarquer que cette nuance d'adversaires ne connaît pas au juste le livre de Maltbus.
Secondement, il a été bien souvent démontré qu'en supposant la distribution actuelle injuste (ce que nous n'admettons pas, pour la généralité des cas), les procédés nouveaux d'organisation ne sont que des banalités insignifiantes ou des expédients très-douteux.
Troisièmement, en admettant aussi que la distribution puisse se faire demain de la manière la plus paternelle, la plus chrétienne, la plus égalitaire, possibilité qui reste à prouver, la difficulté serait tout au plus reculée de quelques années. Ce fait, par luimême, n'arrêterait point le développement progressif de la population, et nous ne tarderions pas à retomber dans le même embarras.
Une meilleure distribution n'est donc qu'un pair liatif , au point de vue de cette question, absolument comme l'Émigration. Fourier lui-même, en promettant un produit quadruple aux habitants de son plialanstère, a annoncé que la population ne tarderait pas à dépasser les subsistances, et à se retrouver dans la misère, sans les quatre singuliers moyens d'équi-
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libre qu'il indique : la gastrosophie, la vigueur jdes femmes, l'exercice intégral, et, Dieu lui pardonne [ les mœurs phanéregumesH
IH. — M Ml ipeiit empérer ûm ûéve^km^p^smeÊté de TemfM^t û'Ap99^im^>%^m um rewmèû/emt pmm^rhmk^p^mvmmt régulier de rénersie ûu prinei^ de pe|»Hl«lien.
Sans donner complètement dans l'illusion d'une refonte sociale, on a beaucoup compté, dans ces derniers temps, sur la puissance du principe d'association, et on y a vu un remède suftisant au développement de la population.
Les avantages de l'association, comme un des moyens d'aider puissamment à la production, sont incontestables et incontestés. Il résultera toujours de plus en plus de l'association des capitaux entre eux, du capital avec le travail, des travailleurs entre eux, des facilités nouvelles pour produire en plus grande quantité, à meilleur marché et à de meilleures conditions pour les travailleurs ; sans que cependant il faille, à cet égard, croire à un développement sans limite*.
* Voir ce que cela signifie» p. i 94 ; ses écrits; ceux de ses disciples; socialistes modernes, par M. Louis Reybaud; le Socialisme depuis V antiquité, par M. Thonnissen, etc.
* Nous avons indiqué, dans les Éléments de V économie politique, la nature, les efforts et les limites de Tesprit d'association, chap. X, p. 164 et suiv.
Mais, quelque fécondité que l'on suppose au prin* cipe d'association ; quelques ressources que les populations y trouvent, au fur et à mesure qu*on en fera une application plus rationnelle et plus fructueuse, on ne peut y voir sansjllusion un €ontre-poids suffisant au rapide dé^eloppe^lBnt que peut prendre la population, en vertu de l'énergie virtuefle de son principe de développement, tel que nous l'avons développé ; on ne peut y voir surtout un remède excluant la sagesse et la prévoyance; on ne peut y voir l'équivalent de la quantité nécessaire et indispensable de subsistance.
Supposons (et nous ferons une hypothèse irréalisable) qu'une population pressée et besoigneuse, l'Irlande, par exemple, avant la crise de 1846-48, puisse se tirer de la gêne par des combinaisons sociétaires auxquelles elle serait préparée, — peut-on dire qu'à partir de ce moment les hommes seront exempts de tout souci, de toute contrainte, de toute prévoyance au sujet de la famille? Un des inventeurs sociétaires les plus aventureux, Fourier, a bien senti que non; car il disait: A quoi servirait d'avoir trouvé le moyen d'obtenir de la terre un quadruple produit, si je n'avais trouvé aussi les moyens de contenir la population des phalanges dans des limites proportionnées^?
' Nous venons d'énoncer, et nous détaillons, p. 191, ses singuliers moyens de limitation priinitive.
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Socialisme, c est le nom par lequel M. Louis Reybaud désigna le premier, ce nous semble, il y a une vingtaine d'années, les doctrines de quelques réformateurs excentriques de la société, dont les écoles ont fait quelque bruit, surtout à partir de la Révolution de 1830, en France, et dont les idées sont au fond tout à fait analogues à celles des divers hommes politiques ou publicistes de la première Révolution, et à celles d'écrivains ou de prétendus réformateurs antérieurs. Ce nom a été accepté parles disciples des chefs d'école Saint-Simon, Fourier, Owen, dont parlait M. Reybaud*, et bientôt par tous ceux dont les idées, sur les questions sociales et économiques, se rapprochaient des leurs, et même par d'autres qui partaient de principes opposés*, et encore par divers qui, par faiblesse, simplicité, tactique ou lâcheté scientifique (pour plaire à la masse, dérouter ou flétrir les adversaires, escamoter les arguments, etc.), ont fait du
D'abord dans la Revue des Deux Mondes, ensuite dans un volume publié en 1840, sous ce titre : Études sur les réformateurs et sodttlistes contemporains » ou socialistes modernes, Saint- Simon, Charles Fourier, Robert Owerr» Paris, Guillaumin. A eu plusieurs éditions.
* M. Proudhon, devenu depuis Tun des plus énergiques adversaires du principe fondamental dés socialistes : Tintervention exagérée de rÉtat allant au communique.
\bZ DU PRINCIPE DE POPULATION.
mot Socialisme un synonyme de Science sociale, de Progrès, de Révolution, voire même de Libéralisme, etc.
Ai)isi s'explique, en partie, l'extrême confusion des esprits à propos des doctrines des réformateurs qui ont eu la parole ou pris la plume à l'occasion de la Révolution de 1848 et des questions sociales qui se sont trouvées, par ce fait, mises à l'ordre du jour dans toute l'Europe.
Bien que le mot soit impropre, nous croyons qu*il faut l'employer comme dénomination commune de toutes les théories, plus ou moins complètes, de toutes les combinaisons sociétaires, plus ou moins nouvelles, qui, méconnaissant la nature de l'homme, comptent sur un développement excessif de l'esprit de fraternité et de dévouement, — rêvent une association ou famille universelle, dans toute l'acception du mot, et sous l'omnipotence de l'État , intervenant dans toutes les branches de l'activité sociale , non pour assurer la justice , mais pour donner l'impulsion et diriger ; — qui ne tiennent plus compte de la liberté, de la nécessité de la concurrence, et de l'utilité de l'inégalité des aptitudes et des conditions, — et qui aboutissent (qu'ils le sachent ou non), au Communisme et à l'abrutissement de l'espèce, au Despotisme, en tournant le dos à la civilisation, qui a pour formule Liberté et Responsabilité,
Quelques-uns, et de ce nombre M. Thiers, dans son