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L’INSTRUCTION ET L’ÉDUCATION

L’instruction est le moyen indispensable du progrès pliysique et moral. C’est là une vérité, un axiome du sens commun, bien que runanirnité ne soit pas encore acquise à cette proposition, en ce qui concerne les classes les plus nombreuses.

L’bomme instruit dont l’étude des connaissances humaines, à un degré quelconque, a développé l’intelligence et les facultés, est plus apte au travail et à la production; son esprit est plus inventif; ses services sont plus profitables et ont tendance à être mieux l é- Iribués*. Bien entendu que son instruction doit surtout se rapporter à sa jiosition sociale, et le préparer

* Voir Éléments de l' économie politique, ( xx, sur lo Salaire

nn pniPiCiPE de population.

à sa profession et à sa condition. Dans le cas contraire, une instruction mal dirigée et forcément incomplète le dévoie de sa route et lui prépare de dures épreuves. L’instruction, à quelque degré qu’on la suppose, doit porter, non-seulement sur les connaissances de première nécessité et sur celles relatives à la profession, mais encore, et en première ligne, sur l’organisation de la société , et comprendre les notions fondamentales qu’enseigne réconomie politique sur le travail, le capital, les machines, l’échange, le prix des denrées et des services, les lois de la population, la propriété, la prévoyance, la responsabilité, etc. Ces notions sont encore plus indispensables que celles d'hygiène, déjà si indispensables.

Une bonne éducation morale doit marcher de pair avec l’instruction ; mais il nous paraît difficile, pour ne pas dire impossible, de donner une éducation morale, exempte de préjugés dangereux, sans le secours de l’économie politique, que le vénérable M. Droz a proclamée le principal auxiliaire de la morale. Comment faire comprendre, sans elle, que l’ordre est la première condition de la prospérité publique; que la propriété doit êtr e respectée, parce qu’elle est fille du travail; qu’il faut demander son bien-être à soi-même et non au gouvernement, etc. ; comment combattre les mille et un préjugés économiques et moraux qui obscurcissent la raison des masses, les rendent si accessibles aux utopistes et aux charlatans politiques,

l’iKSTRUCTION ET l.’ÉDUCATION. 12Ô

et si pitoyaI)lement crédules en ce qui concerne leur condition et leurs souffrances '?

«Il nous est impossible de comprendre, disait l’illustre Rossi, pourquoi quelques notions d’économie politique ne seraient pas comprises dans l’instruction du peuple. Que les enfants de riches familles ne soient point initiés aux doctrines économiques, qu’un gi-and nombre d’entre eux arrivent au barreau, aux fonctions publiques, à la législation, ne connaissant pas môme la valeur des termes de la science, et, la tète remplie de préjugés vulgaires et surannés, c’est, sans doute, un fait déploi able, moins funeste, cependant, par ses effets, que la profonde ignorance de la masse des travailleurs sur tout ce qui concerne la production de la richesse, l’action du travail et du capital, la source des salaires et des profits, l’influence de la marche de la population. Ces connaissances, dans une mesuie très-suffisante pour l’instruction élémentaire, ne sont ni difficiles à communiquer ni rebutantes au jeune âge ; il est facile de les rendre, pour ainsi dire, palpables, de les égayer par des exemples et des applications, tirés des objets les plus familiers et des faits les plus connus*. »

‘ Il y a quelques minées, au milieu dès crises du continent, quelqu’un demandait a M. Whately, archevêque de Dublin, sil’Anglelerre avait à ( raindrc les prédications socialistes parmi les classes ouvrières; «Non, rcpondit-il, elles savent assez d’économie politique.»

^ Rossi, Cours d'écotiomie politique, l. Il, xxi” leçon.

ou PttlACII’E OE POPüUTIOA.

J’ajoute que l’ignorance des classes moyennes ou supérieures en pareille matière a produit et produira toujours les résultats les plus funestes. C’est elles qui fournissent en grande partie les vulgarisateurs des préjugés et des utopies qui influent sur l’esprit des classes ouvrières, dont les exigences absurdes effrayent ensuite les classes moyennes et amènent la suspension des libertés publiques et les mesures dictatoriales.

En France et dans une partie de l’Europe, la fausse direction de l’instruction publique, en désaccord avec les besoins publics, jointe à cette ignorance des notions les plus simples de l’économie politique, explique d’une part la trop grande concurrence vers les emplois publics, le développement du fonctionnarisme, la médiocrité des salaires dans plusieurs professions libérales, les agitations des partis politiques, et, d’autre part, la multiplicité dans les classes moyennes des erreurs socialistes, terroristes ou despotiques, et la nullité des législateurs pris dans leur sein, môme de ceux qui ont leurs coudées franches, après une révolution, pour faire des réformes intelligentes et rationnelles*.

En résumé, l’instruction bien dirigée (et elle ne peut l’élre si elle ne comprend pas les notions économiques) améliore l’instrument- travail dans chaque

* Voir les discussions do ^rAssemblée constituanle française de 1S48, |ionr ne citer que la plus intelligente de celles que nous avons vues de nos jours.

l’issîiilctios et i.’éducation.

famille et le rend plus productif; mais évidemment elle ne peut le rendre productif au point d’exonérer le chef de famille de toute prudence.

Par conséquent, l’éducation des populations de toutes les classes ne saurait être, nous ne dirons pas complète, mais suffisante sans la connaissance des lois de la Population, de celles du Salaire, des fondements de la Propriété et des principales notions de l’économie sociale.

C’est par la réaction des mœurs, effet de l’instruction, de l’éducation, d’une répression bien entendue, et de l’application des principes de la responsabilité, que l’on verra diminuer le vice (si malheureusement prolifique et peu remédiahle directement) de rivrognerie, qui^produit l’inconduite, l’insouciance, l’égoïsme, l’abrutissement, et, par suite, les familles nombreuses et misérables.

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