IV. Ouclqucs explications à propos du Socialisme
Ü I. Si l’en peut attendre de l'aetion de l'État et des réformes potitiqueii un remède au paupérlame pouvant résulter de l’exeès de population,
Godwin et beaucoup de publicistes avant et après lui ont soutenu que le sort des populations dépendait principalement et même uniquement de l'action de l’État, et par conséquent de la nature et de la forme des gouvernements, de la bonne volonté et de l’habileté des gouvernants*.
' Godwin concluait au communisme. V^)ir ce qui est dit rie lui
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ni’ PRINCIPE DE POPn,ATIO>.
Telle a été la pensée générale de la philosophie du . dix-huitième siècle, contre laquelle les premiers économistes n’ont pu réagir que faihlemenl et que quelques-unes de leurs théories ont peut-être forliJléc. Telle a été aussi la pensée de la Révolution, et celle, à plusieurs égards, des divers gouvernements despotiques ou repré-sentatifs de l’Europe moderne. Uicelle pensée est évidemment en contradiction avec l’esprit d’émancipation et de franchise qui anime les peuples progressistes. En effet,, si le pouvoir est seul responsable de la condition des peuples, le citoyen n’a qu’à se fier à l’effet des lois et à subir une tutelle qui ne saurait jamais être trop développée. Vhomme disparaît dans Yadministré, sauf à sortir de temps en temps de cette torpeur fataliste pour revendiquer un autre état de choses qui diminue son indigence ou augmente, son bien-être.
Il y a deux systèmes en présence ; d’un côté, le système de la dépendance et de la tutelle; de l’autre,' celui de la liberté et de la responsabilité. C’est ce dernier système que la Révolution a voulu faire triompher, mais sans bien toujours se rendre compte de ce qu’elle faisait. Car la liberté n’a pas toujours été
dans une note finale. Harnn<îton disait avant lui, dans Oceana, roman utopique ; « Les erreurs et le« souffrances du peuple proviennent de ceux qui les gouvernent.» Han inglon, ne en ifiH , mort en 1677, était un publiciste important de rAnglefcrre sous Charles I" et Cromwell.
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rospectée, et, an lieu de la responsabilité, on a rétabli la tutelle sous d’autres formes. A la tutelle oppressive des corporations et des seigneurs, on a substitué celle de l’État, qui lutte avec la liberté et qui einpéclic le principe vivitiant de la responsabilité de produire ses fruits. Là est la plaie des sociétés modernes et la clef de la plupart des difficultés.
Depuis soixante ans donc les populations continuent à croire (et la plupart des gouvernements euxmêmes ne cessent de le leur répéter) que leur condition et leur bien-être dépendent de la natpre et de la forme de ces gouvernements, de la bonne volonté et de l’habileté de tel ou tel personnel gouvernemental ‘.
C’est une grosse et déplorable erreur, qui a enfanté bien des agitations et causé en partie la plupart des changements politiques, souvent inutiles, qui se sont opérés en France, par exemple, depuis 178d, au grand détriment des sociétés. Tous les partis politiques qui veulent arriver aux affaires exploitent cette erreur; et c’est en vain qu’une fois parvenus à leur but ils veulent soutenir la doctrine opposée ; leurs adversaires reprennent les mêmes ai'gnments. et les populations les écoutent.
« Le plus grand danger peut-être des temps modernes Idisaitle président de la République française, le
' Les gouvernements disent ou luissent dire que c’est de leur i‘ssence ou de leur habileté que proviennent r.ahondanee et le bon marché de toutes choses , des substances alimentaires particulière
<5i DU PHISCIPE DE POPIIKATION.
\ I novcmbi e 1849, en s’adressant aux exposants des produits de riiidiisti ie) vient de cette fausse opinion inculquée dans les esprits, qu’un gouvernement peut tout, et qu’il est de l’essence d’un système quelconque de répondre à toutes les exigences, de remédier à tons les maux. »
Cette croyance, imprudemment entretenue, Maltlms l'a combattue dans son ouvrage; et l’ensemble de ses idées est d'accord avec le sentiment de presque tous les économistes depuis Quesnay. Sans doute Malthus s’est servi d’une hyperbole outrée en trouvant les maux que peut faire un mauvais gouvernement, comparativement à ceux que peuvent produire les passions des hommes, aussi légers, disait-il, que des plumes flottant sur la surface d’un gouffre. Mais celle exagération n’est pas dans l’esprit de son livre.
Il est impossible de ne pas reconnailre que les mauvais gouvernements peuvent faire beaucoup de mal aux populations, les opprimer, les ruiner, et, qui pis est, les démoialiser. Ils peuvent faire beaucoup de mal : en violant les libertés des citoyens par un système de compression tyrannique; en intervenant dans leurs affaires religieuses, économiques ou administratives au delà des exceptions que prescrit la sécurité publique, et au moyen d’agents insolents et Iracassiers;
meiil. La taxe de ces denrées prête à l'illusion. Mais, q .nnd viennent les disettes et les crises, les préjugés des populalions roinpliquent la situation et mettent la tranquillité publique en danger
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en procédant par voie de corruption et d’intripue; en laissant se développer le fonclionarismo et se multiplier les entraves bureaucratiques; en laissant s’introduire et se perpétuer la vénalité et le désordn; dans les services publics et l’administration de la fortune publique ; en imposant des charges en disproportion avec les services rendus. A ces divers jioints ae vue et à d’autres encore, il y a une constitution, uric forme de gouvernement qui peut être indiquée, <à tel ou tel peuple, comme préférable, soit par la théorie politique, soit par l’expérience. De même, il y a des hommes d’Êtat plus désirables à la tète des affaires publiques que d'autres. Mais, dans tous les cas, abstraction faite de la nature du gouvernement, la théorie et l’expérience s’accordent pour démontrer que l’action des meilleurs doit se borner à la garantie de la sécurité et de la justice et à la direction de quelques services publics, qu’il n’y a pas le môme avantage à laisser à l’industrie privée *; et que, si (dans l’exercice de cette suprême et naturelle fonction) les bons gouvernements peuvent être d’une immense utilité à la civilisation, ils sont cependant directement impuissants à faire le bonheur des citoyens, qui peuvent seuls être les agents de leur fortune, de leur aisance et de leur condition.
L'expérience démonti e encore qu’une bonne initia-
* Voir lUêmenU de récommie. polUiqiic, cîmp. vu, la Sécx-
niTÉ.
Dit PRINCIPE DE POPULATION.
tive de l’autorité est rarement féconde, à cause des obstacles qu'elle rencontre dans ses agents, et que ce qu’il y a de mieux à faire, dans l’intérêt du progrès, pour un gouvernement (admis, par hypothèse, intelligent, bien intentionné, fort même), c’est d’aider les citoyens à faire eux-mêmes, simplement en les débarrassant des entraves accumulées par les vieilles législations et une bureaucratie tracassière; c’est, en un mot, de laisser (aire les citoyens*.
g 11. Ai on peut attendre d^ine ooi-disant refonte «oeiale eu d’une réoreanioatien de la société ae-
tuelle un remède au paupériome réenltant de l'excèa de population.
Cette erreur fondamentale, que nous signalons, et contre laquelle militent l’ensemble des études économiques, a engendré toutes les doctrines et combinaisons socialistes proprement dites et toutes celles qui, sans accepter cette dénomination commune, se rattachent plus ou moins logiquement au même principe, qui est le principe communiste : la résorption de l’activité et de la responsabilité privée dans l'action gouvernementale ; la transformation des citoyens en employés et des industries privées en ateliers sociaux,
’ On a lipaiiroup .abusé de cette formule et fort mal interprété le Itiissex- fnirr, laissez passer, des économistes du dix-huitième siècle. Voir une note explicative .à ce sujet dans les Ÿ.lémcnls de l'êrr,- Homie poliliiiiie, ,V édit., p. 1 44
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système qui conduit à la conception de sociétés pouvant exister sans la notion du tien et du mien, c’està-dire d'une transformation radicale, de l’espèce Im maine.
En admettant, par hypothèse, que l’im ou l’autre de ces systèmes tant prônés et trop redoutés fût praticable et pratiqué et qu’il fit le Ixmheur des populations vivant sous son empire ; ce système, et Fourier est le premier à l’avouer, loin d’être un obstacle à l’énergie du principe de po})ulation, en serait, assurément, le promoteur ; agissant en cela comme le fait l’ensemble des conditions physiques et morales qui existent dans l’Amérique du >'ord. De sorte qu’en dehors de la critique facile et victorieuse que l’on peut faire de ces systèmes, c’est surtout à ceux qui pourraient encore être victimes de pareilles illusions que l’on doit conseillei’ de suivre les conseils de sagesse et de prévoyance.
11 est des gens qui croient avoir ré.solu le problème en disant : Il y a des oisifs et des opulents qui mangent le profit des travailleurs. Organisez mieux 1e travail, distribuez mieux la richesse, et vous n’aurez pas besoin de vous occuper des billevesées de Malthus et de cette absurde école anglaise*. C’est, en termes un peu ditrérenls, l’énoncé de la doctrine que nous venons de caractériser ; car l’organisation du
* Voir, sur la soi-disant (‘colr anglaise, nos olisei vatlniis, p. 10 el 12N.
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travnil et la dislribulion des richesses sur d’autres [u iiicipcs qr.e « eux de la propriété et de la libre concurrence ne sont pas autre chose que la refonte sociale, par les divers procédés des écoles socialistes, procédés «ju’il est inutile de discuter.
îVotrc première observation aura pour but de faire remarquer que cette nuance d’adversaires ne connaît pas au juste le livre de Mallhus.
Secondement, il a été bien souvent démontré qu’en supposant la distribution actuelle injuste (ce que nous n’admettons pas, pour la généralité des cas), les procédés nouveaux d’organisation ne sont que des banalités insignifiantes ou des expédients très-douteux.
Troisièmement, en admettant aussi que la distribution puisse se faire demain de la manière la plus patenielle, la plus chrétienne, la plus égalitaire, possibilité qui reste à prouver, la difficulté serait tout au plus reculée de quelques années. Ce fait, par luimême, n’arrèterait point le développement progressif de la population, et nous ne tarderions pas à retomber dans le môme embarras.
Une meilleure distribution n’est donc qu'un palliatif, au point de vue de cette question, absolument comme l’Émigration. Fouricr lui-méme. en promettant un j)i oduit quadruple aux habitants de son phalanstère, a annoncé que la population ne tarderait pas à dépasser les subsistances, et à se retrouver dans la misère, sans les quatre singuliers moyens d’équi-
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libre qu’il indique : la gastrosoiiliie, la vigueur des femmes, l’exeix-ice intégral, et, Dieu lui prrdoiiue' les mœurs phanérogames'l
■II. — Si on peut eopérer du développement de l’eoprit . d'Aoooeintion un remède «u paupérisme, pouvant résiil» ter de l'énersie du principe de population.
Sans donner complètement dans l’illusiou d’une refonte sociale, on a beaucoup compté, dans ces derniers temps, sur la puissance du principe d'association, et on y a vu un remède sullisant au développement de la population.
Les avantages de l’association, comme un des moyens d’aider puissamment à la production, sont incontestables et incontestés. Il résultera toujours de ' plus en plus de l’association des capitaux entre eux, du capital avec le tr avail, des tr’availlcurs entre eux, des facilités nouvelles pour pr'oduire en plus grande quantité, à meilleur marché et à de meilleures conditions pour les tr availleurs ; sans que cependant il faille, à cet égard, croire à un développement sans limite *.
‘ Voir ce que cela signifie, |». 1 9 1 ; ses écrits; ceux de ses disciples; socialistes modernes, par M. Louis Reyb.aïul; le Socialisme depuis l'antiquile, parM. Thonnissen, etc.
* Nous avons indiqué, dans les Éléments de l'économie politique, la nature, les elTorts et les limites de l'esprit d'association, chap. X, p. 164 et suiv.
Mais, quelque fécondité que l'on suppose au principe d’association ; quelques ressources que les populations y Iro ivcnt, au fur et à mesure qu’on en fera une application plus rationnelle et plus fructueuse, on ne peut y voir sans illusion un contre poids suffisant au rapide développement que peut prendre la population, en vertu de l’énergie virtuelle de son principe de développement, tel que nous l’avons développé ; on ne peut y voir surtout un remède excluant la sagesse et la prévoyance; on ne peut y voir l’équivalent de la quantité nécessaire et indispensable de subsistance.
Supposons (et nous ferons une hypothèse irréalisable) qu’une population pressée et besoigneuse, l’Irlande, par exemple, avant la crise de 1840-48, puisse se tirer de la gène par des combinaisons sociétaires auxquelles elle serait préparée, — peut-on dii e qu’à partir de ce moment les hommes seront exempts de tout souci, de toute contrainte, de toute prévoyance au sujet de la famille'? Un des inventeurs sociétaires les plus aventureux, Fourier, a bien senti que non; car il disait: A quoi servirait d’avoir trouvé le moyen d’obtenir de la terre un quadruple produit, si je n’avais trouvé aussi les moyens de contenir la population des phalanges dans des limites proportionnées ‘?
* Nous venons d'énoncer, et nous détaillons, p. 19t, ses singuliers moyens de limitation pri nitive.