IV. — QaelqueM l‘'.xplieHtionii A propos du Soeialisiue
Socialisme, c’est le nom par lequel M. Louis Rcybaud désigna le premier, ce nous semble, il y a une vingtaine d’années, les doctrines de quelques réformateurs excentriques de la société, dont les écoles ont fait quelque bruit, surtout à partir de la Révolution de 18Ô0, en France, et dont les idées sont au fond tout à fait analogues à celles des divers hommes politiques ou publicistes de la première Révolution, et à celles d’écrivains ou de prétendus réformateurs antérieurs.
(]e nom a été accepté parles disciples des chefs d’école Saint-Simon, Fouricr, Owen, dont parlait M. Reybaud et bientét par tous ceux dont les idées, sur les questions sociales et économiques, se rapprochaient des leurs, et même par d’autres qui partaient de principes opposés*, et encore par divers qui, par faiblesse, simplicité, tactique ou lâcheté scientifique (pour plaire à la masse, dérouter ou flétrir les adversaires, escamoter les arguments, etc.), ont fait du
D’abord dans la Revue des Deux Mondes, ensuite dans un volume publié en 1840, sous ce litre : Éludes sur les réformateurs et socialistes contemporains , on socialistes modernes, Saint- Simon, Charles Fourier, Robert Orne»,. Paris, Guillaumin. A eu plusieurs éditions.
* M. Proudhon, devenu depuis ruri des plus énergiques adver- \ saires du principe fondamental des socialistes : l’intcmnlion exagérée de l'État allant au communisme. .
mj PRINCIPE DE POPOLATIO.N.
mol Socialisme un synonyme de Science sociale, de Pi ‘ogrès, de Révolution, voire môme de Libéralisme, etc.
Ainsi s’explique, en partie, l’extrême confusion des esprits à propos des doctrines des réformateurs qui ont eu la parole ou pris la plume à l’occasion de la Révolution de 1848 et des questions sociales qui se sont trouvées, par ce fait, mises à l’ordre du jour dans toute l’Europe.
Rien que le mot soit impropre, nous croyons qu*il faut l’employer comme dénomination commune de toutes les théories, plus ou moins complètes, de toutes les combinaisons sociétaires, plus ou moins nouvelles, qui, méconnaissant la nature de l'homme, comptent sur un développement excessif de l’esprit de fraternité et de dévouement, — rêvent une association ou famille universelle, dans toute l’acception du mot, et sous l’omnipotence de l’Etat , intervenant dans toutes les branches de l’activité sociale , non pour assurer la justice , mais pour donner l’impulsion et diriger; — qui ne tiennent plus compte de la liberté, de la nécessité de la concurrence, et de l’utilité de l’inégalité des aptitudes et des conditions, — et qui aboutissent iqu’ils le sachent ou non), au Communisme et à l’abrutissement de l’espèce, au Despotisme, en tournant le dos à la civilisation, qui a pour formule Liberté et Responsabilité.
Quelques-uns, et de ce nombre M. Thiers, dans son
RÉORGANISATION SOCIALE. ASSOCIATION. SOCIAI.ISUE. 163
ouvrage sur la Propriété^, réservent le nom de Socialisme à ceux qui comptent démesurément sur la fécondité du principe d’association, et donnent le nom de Communisme à toutes les autres doctrines. Il nous semble que le sens plus général de socialisme a prévalu, et, bien que tout socialisme conduise au communisme, nous ferons de ce dernier une branche du premier. C’est, du reste, une simple affaire de classification.
Les socialistes, en combattant les conseils des économistes, qu’ils aiment à flétrir du nom de malthusiens, à l’imitation de bien des gens qui pensent comme eux, et qui, partant (ce qui les étonnerait bien s’ils réfléchissaient) des mêmes sophismes, comptent : — sur l’efficacité de l’action de l’Ktat, — sur les bons effets d’une réorganisation sociale ou du travail ; — sur la magie (sic) du principe d’association (à propos duquel ils inventent tous des mécanismes sociétaires disparates), — et aussi sur le développement do l espiil de charité, de dévouement et de sacrifice, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
Ils se sont attachés, à cet effet, à soutenir, en théorie comme dans l’application, le droit des pauvres à être secourus par le reste de la société, sous diverses appellations, telles que le Droit do vivie, le
* Paris, 1848, in-8®, chez Paulin. A eu plusieurs éditions. F. livre III du Socialisme.
DU PRINCIPE I>E POPCLATION.
Droit au travail, le Droit à l’assistance, le Droit à un Minimum de salaire, que Malllius combattit déjà à la lin du dernier siècle : droit qui, reconnu en Angleterre et a|tj)liqué de]mis la reine blisabelli iF. eliap. x, § 4) a produit la taxe des pauvres, et qui a été inscrit dans les constitntions françaises de 1)1, de 1)5 et de 1848. 11 en est également question dans le cliapitre suivant ' .
' Voir dans U'^EIemenlsde l'Economie poliliiiiie,ô"‘" edition, et dans le voliiiin* intitulé .Vo/c.s et Petits Traités, taI)lo dos maliôros, rindiration d'aiitros dclails siii los dorlrines soiialislos. Voir aussi plus loin los rliap. x ot xi.