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IV. Conclusion

I. — liiMigiiillaiice de lit CbitrUé |iubli<|iie e( pritée pour eontre-bitlaBcer l’excèM de popiilalion. — l,ce inti(i(ii> tionH de eharité miMcitcnt, «i on n‘y prend garde. le paupérimne.

Toute une école, fort nombreuse, a vu la solution du problème de la population dans les développements de la charité publique et privée. A cela l’école économique, Turgot et Maltbus des premiers, et les écii-

106 DU PRIiNCIPE DE POPULATION.

vains les plus sérieux qui se sont occupés des questions philanthropiques, ont fait observer les inconvénients graves qui résultent de la mauvaise direction de la charité, tant pour la société que pour les classes pauvres. Si on n’y prend garde, l’homme assisté ou secouru s’habitue à tendre la main; le sentiment de dignité s’émousse en lui, le ressort de sa moralité se détrempe, et il glisse rapidement sur la pente du vice, qui à son tour augmente sa misère

La certitude de l’aumône excite la population au delà des besoins du travail; et elle a pour résultat de faire baisser les salaires, ou de priver d’occupation un grand nombre d’ouvriers, ou d’accroître incessamment la détresse des classes ouvrières. Elle habitue celles-ci à une subvention assurée qui leur permet d’accepter des salaires insuffisants et rend le paupérisme permanent.

Ces effets sont surtout produits par la charité ofliciellc et publique, qui prend facilement un caractère de banalité et de dette publique aux yeux des assistés, lesquels, au moins aussi ignorants que les autres hommes, ne voient pas que ce qui leur vient en aide sort souvent de la poche d’aussi misérables qu’eux, et s’est amoindri de tous les fonds qu’il a fallu payer aux percepteurs et aux administrateurs par les mains desquelles l’argent a passé.

‘ Voir ce que disait Montesquieu à cet égaitl, plus liaut, p. iô.

CHAIUTK. lir.OlT Af TIIAVAII., A L'ASSISTA^CK, ETC. U>7

11 résulte de là que la charité publique appelle la surveillance éclairée de l’autorité; que les malheureux ne doivent compter sur elle qu’acciden tellement; que le plus grand nombre d’eidre eux ne peuvent en ressentir les bons effets , et qu’ils auraient le plus grand tort d’y compter pour élever leur famille et améliorer leur sort. Les secours les plus abondants que peut fournir un État, un dépajtement, une commune, n’équivalent d’ailleurs pas à une heure de travail exécuté journellement et à un degré de plus dans l’activité, la moralité et la prévoyance de la famille*.

Si la charité publique est insuffisante et heureu ement insuffisante, d’après ce que nous venons de dire, la charité privée l’est encore plus. Il n’est pas dans la nature de l’homme de partager avec son semblable, et le sublime conseil de l’Évangile n’est praticable et pratiqué que par un petit nombre d’àmes d élite; ou, quand il l’est par un plus grand nombre de personnes, ce n’est que dans des cas tout à fait exceptionnels, lorsque la sensibilité humaine est surexcitée. M. Bérenger disait avec raison, en présidant une société de patronage, que la charité, est un sentimenl^ qu’il faut sans cesse provoquer par de nouvelles dé-

‘ « La moyenne des secours distribués par les bureaux de bicnruisancc , déduction faite de 2 fr. 28 c. pour frais généraux d'administration, est de 10 fr. i2 c. Si elle n'était pas distribuée aux pauvres, ils n’en seraient pas plus malheureux. » (M. de Watteïille, inspecteur des bureauxde bienfaisance.)

llf FKIACII*K t)K POPl’LATIÜ.N.

monstrations, par l'attrait des plaisirs, par des agaceries faites pour ainsi dire à la vanité, et finalement qu elle ne procure que des ressources éphémères. Que, s’il en était autrement, les hommes sont ainsi faits, que les uns exploiteraient le dévouement des autres et seraient d’autant plus imprévoyants, paresseux, intempérants, qu'ils pourraient plus compter sur des frères plus sobres et plus laborieux.

C'est à cette difficulté que se heurtent toutes les combinaisons communistes. Rien n’est plus simple en théorie que de dire : « Vivons en frères; » rien n’est plus difficile à pratiquer. Voilà donc encore une illusion qu’il est utile et charitable d’ôter aux classes nécessiteuses, en leur persuadant que c’est en elles seules qu’elles peuvent trouver les moyens d’améliorer leur sort, et qu’elles doivent les cherchei’, pour être charitables à leur tour et ne pas vivre aux dépens de leurs concitoyens.

Une exagération a singulièrement défrayé les adversaires de Malthus, ce sont les conséquences qu’on a tirées de sa doctrine relativement aux établissements de charité.

I.a pniinière partie de la doctrine, qui démontre le principe de population, est ici fort innocente. Elle est, oui ou non, l’expression d’une vérité. Si oui, reste l’application, qui se rattache à des institutions ou à des établissements bien différents : taxe des pauvres, — hôpitaux, — hospices, — dépôts de mendicité et

CUAHITÉ. DROIT AU TRAVAIL, A L’ASSISTA^Cl^, KlU. 169

workhouses, — colonies agricoles, — secours à domicile, — monts-de-piété, — ouvroirs, — salles d’asile, — tours, — secours aux tilles mères, etc. La doctrine de Maltlius ne vous empêche pas d’être bon; mais elle vous apprend qu’il faut suneiller votre charité, et elle n’a jamais eu la prétention de supprimer immédiatement, totalement et absolument toutes les institutions de charité existantes, surtout celles qui ont pour but de venir au secours de la misère involontaire. i.cs unes, comme les tours, sont dos machines de démoralisation, selon l’expression énergique de lord Broughany; les autres, comme les monts-de-piété, n’affaiblissent pas la responsabilité et ne détournent pas du travail.

Ce que demande Walthus, c’est qu’on dise la vérité aux hommes, c’est qu’on ne détruise pas en eux le ressort de la responsabilité et de la prévoyance; c’est qu’on ne les berce pas de chimères, en leur promettant des systèmes politiques qui renferment la panacée universelle; en leur faisant entrevoir qu’une meilleure distribution seu\e suffit ait pour mettre tout le monde à l’aise, ou que la charité pourra se généraliser assez pour que’le superflu des riches comble le déticit des pauvres; en cherchantà leur persuader que, quelque soit leur nombre, la société doit et peut leur donner du travail et des salaires ou des secours suffisants, comme si la production des subsistances pouvait se développer indétiniment, comme si des salaires éle*

ni’ l'RINCII’K nK l'OI'LLATIOS.

Mis pouvaient exister en même temps qu'un superlln de population, comme si la charité officielle et administrative n’engendrait pas la démoralisation de ceux qui la reçoivent et le paupérisme, comme si la charité particulière n’était pas une vertu infiniment restreinte parmi les hommes. Il faut, sur tons ces points de la doctrine de Malthus, lire la dernière partie de son livre*.

II. Deit prétendiia droila de vivre, droit à r«B«iM<ance, ru travail, A nn niinimiiiu de aalaire. — l.a fanicnae iiaaer* tion de Malthna. — Aaaertiona de l.anieBnai« et de liaa* tiat. — Citation de M. Mill.

C'est dans cet ordre d'idées que Malthus a ahordé cette grande question de charité, et il a été conduit à faire une étude approfondie des institutions charitables en général et notamment de la taxe et des institutions des pauvres en Angleterre, auxquelles ses critiques ont fait apporter, en 1854, de très-notables et trés-licureux changements.

Dans le cours de cette longue discussion, Malthus

‘ Lire aussi ; De la charité dans ses rapports avec l’état moral et le bien-être des classes' inférieures de la soeiété; 18‘iî), in-8; le même sous ce litre : Considérations d’économie politique sur [a bienfaisance on la charité, elr.,1856, jiarM. Duchàtel ; — Éludes sur la population et la charité, far M. DupuynoJe ; dans le J. desÉcon., oct 1854, janv., juill. et déc 1855 La Charité et l'assistance publique; jiar M. Ch. de Brouckère, bourgmestre de Bruxelles, etc., petit volume rédigé iwur une encyclopédie populaire.

ciiahité. droit au travaii., a l’assistance, etc. 171 a rencontré sur sa roule la doctrine du Droit des pauvres à être assistés; soutenue par plusieurs publicistes du dernier siècle*; inscrite dans les constitutions françaises de 1791 et de 1793; proclamée de nouveau par les écoles socialistes de nos jours sous les noms de Droit au travail, Droit à l'assistance, Droit de vivre, Droit à un minimum de salaire; inscrite dans la constitution de 184S, et de temps en temps invoquée par tous ceux qui veulent flatter les passions et les préjugés populaires.

C’est à cette occasion que Malthus a fait une phrase qui a servi de texte à la plupart des déclamations qui ont été dirigées contre lui. Cette pliiase a été supprimée dans la seconde édition de son ouvrage, mais elle a été relevée pai* Godwin et rééditée des millici's de fois par les adversaires de Malthus, qui l’altèrent la plupart du temps et qui en ont fait la base de son système. Les écrivains socialistes l’ont, pour leur compte, répétée à satiété : dans un petit livre in-8“, M. Pierre Leroux la reproduit au moins quarante fois; elle défraye les déclamations de tous les réformateurs de deuxième ordre. La voici :

« Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille ne peut plus le nourrir, ou si la société ne peut utiliser son travail, n’a pas le moindre droit

* Pilt le proclamait au sein du parlement en 1796. (Hist. pnrlementaire de Hansard, v. XXX, p. 710.)

172 ni; principe de population.

à réclamer une portion quelconque de nourriture, et il est réellement de trop suf la terre. — Au grand banquet de la nature, il n'yapointde couvert mis pour lui. — La nature lui commande de s’en aller, et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécution.»

Là première phrase nie simplement le droit au travail cl à l’existence. Ce n’est pas celle qu’on a le plus critiipiée. La seconde est une figure de rhétorique assez prétentieuse et assez inutile, puisque l’idée qu’elle renferme se retrouve dans la troisième ; et celle-ci, il faut le dire, n’était ni exacte ni conforme à la pensée de l’excellent Waltlius.— Malthus ne voulait pas dire à celui qui ri’a pas de famille capable de le nourrir, ou dont le travail ne peut être utilisé par la société, de s'en aller; mais lui affirmer de la manière la plus positive, la plus péremptoire, la plus franche et la plus vraie, qu’il n’a rien à attendre, si ce n’est du bon cœur de ses semblables, envers lesquels il n’a aucun droit à faire valoir, desquels il n’a rien à exiger, sous peine de dissolution sociale. 11 voulait dire aux pères de famille et à tous ceux qui coopèrent à la multiplication des hommes que la charité a des limites très-restreintes, et que les misères et les souffrances ne tardent pas à abréger les jours de ceux dont la société ne peut acheter les services, ou, ce qui revient au même, de ceux qui ne peuvent lui rendre d’utiles services.

CHAniTÉ. DROIT Ar TRAVAIL, A l’aSSISTANCE, ETC. 175

Mettez dans la phrase de Malthus, au lieu des mots : nu pas le moindre droit à réclamer, ceux-ci : n'a pas le pouvoir de réclamer ou réclame eu vain, et elle sera l'expression pure et simple de notre état social et de tout état social possible. « Personne, ditM. J. S. Mill'. n’a le droit d'avoir des enfants pour les mettre à la charge d'autres gens. »

Nous ne voulons pas dire que cette vérité ne soif vraiment pénible, et qu’elle ne doive même étonnei ceux qui ont vécu dans l’illusion que, moyennant unf nouvelle forme de gouvernement, un nouveau personnage à la tête des affaires publiques, l’émigration, la culture des terres incultes, la vulgarisation de la pomme de terre, l’usage des soupes économiques ou tout autre moyen de banale philanthropie ou de crédule politique, on peut ne pas s’inquiéter de la multiplication des misérables. Mais ce qu’il faut bien reconnaître, c’est que ce qu’on vient de lire est effrayant, Malthus ne l’invente ni ne le conseille ; il le constate seulement, et en avertit les pères de famille et ceux qui coopèrent à la multiplication des hommes hors de proportion avec leurs moyens de travail.

C’est la nature, et non Malthus, qui a mis un précipice sous les pas de l’humanité, et pourtant c’est ce pauvre savant que l’on rend responsable, comme

‘ Principes d'économie politique, liv. VII, chnp. vu, § 2.

DD PllIKCIPE DE POPULATION.

s’il fallait punir une sentinelle de son cri d’alarme et des avis sévères, mais salutaires, qu’elle donne pour éviter le danger , ainsi que le faisait saint Paul ! (P.p.87.)

Mais, dit-on, il n’y a pas de précipice à éviter, et Mallhus affirme une erreur. Ici, le reproche change d’aspect, et notre philosophe n’est plus qu’un visionnaire. Hélas ! nous le voudrions bien; mais les détails dans lesquels nous sommes entrés et l’expérience de tous les jours nous confirment que malheureusement Malthus a bien observé, et que les hommes doivent faire appel, comme a dit Rossi, à un travail incessant, à une haute moralité, à une inébranlable prudence, pour ne pas tomber dans les maux sur lesquels le philosophe anglais a appelé l’attention de son siècle.

Un écrivain éloquent, mais dont les variations ont beaucoup diminué l’autorité comme penseur, M. de Lamennais, a émis une assertion inverse à celle de Malthus.

« 11 y a, a-t-il dit, place pour tous sur la terre, et Dieu l’a rendue assez féconde pour fournir abondamment aux besoins de tous.... L'auteur de l’univers n’a pas fait l’homme de pire condition que les a^jimaux : tous ne sont-ils pas conviés au riche banquet de la Nature? un seul d’entre eux en est-il exclu?.... Les plantes des champs étendent l’une près de l’autre les racines dans le champ qui les nourrit

CHARITÉ. DROIT AU TRAVAIL, A l’aSSISTANCE, ETC. 175

toutes, et toutes y croissent en paix, aucune d’elles n’absorbe la sève d’une autre. »

Et autre part :

« Si le développement de chaque espèce ne rencontrait des bornes infrancliissables, rien ne serait. Chaque espèce tendrait à envahir et remplir seule les ' milieux appropriés à sa nature... Animaux, plantes, entraînés par le môme nouvement, dans un 'cercle éternel de permutations incessantes, sont l’élément les uns des autres, se donnent les uns aux autres et leur être et le climat de leur être, sans quoi aucun n’existerait*. »

C’est la seconde fois queM. de Lamennais a raison, et dés lors son assertion première est lettre nulle. 11 n’est pas vrai qu’il y ait place pour tous sur la terre; car Dieu ne rend la Terre féconde qu’avec le Travail et le Capital des hommes en état de travailler. L’homme n’a pas été fait de pire condition que les animaux; non assurément; mais l’auteur de l’univers lui a donné un libre arbitre, des facultés et une responsabilité qu’il n’a pas accordés aux bêtes et aux plantes. S’il ne sait pas se servir de son libre arbitre, s’il ne sait pas user de ses facultés, il trouve la souffrance et la mort. Les animaux et les plantes n’obéissent qu’à leur instinct et meurent aussi, quand

‘ Esquisse d'une philosophie, citation do M. du Pnynode dans récrit cité plus haut, p. t70.

ne

m; PRINCIPE DE POPl'LATIOX.

ils multiplient trop. 11 ne paraît pas que l’auteur de toutes choses ait voulu qu’il en fût autrement. Les hommes, au contraire, peuvent user de leur liberté, modérer la reproduction et éviter la famine qui amènerait la mort.

Nous avons voulu reproduire ce passage de Malthus tant critiqué, parce qu’il a un intérêt scientifique et historique, et parce qu’on dit que Malthus avait reculé devant son œuvre. Malthus s’est si peu démenti, qu’il reproduit la môme pensée dans un autre passage de sa dernière édition *, à propos de la liberté qu'il veut laisser au père de famille, à ses risques et périls. Ce sur quoi Malthus s’est toujours montré de bonne composition, c’est la forme de ses écrits; mais, sans se laisser détourner, môme par l’injure, de ce qu’il a cm être la vérité, son calme, son sang-froid, son aménité à l’égard d’adversaires qui étaient loin de le payer de retour, sont vraiment remarquables.

Ici je pourrais citer bien des autorités respectables à l’appui des sentiments de Malthus; mais je me bornerai à transcrire celle de Rastiat, qu’on a voulu lui opposer, et qui a eu le tort lui-même de croire un instant, en écrivant les Harmonies économiques, qu’il avait trouvé une doctrine supérieure à celle de Malthus. Frédéric Rastiat disait, en 1844* ; « On s’est élevé

* Voir notre édition de rE.wrti sur le principe de population, p. 516 de la cnller.tion des principaux économistes

* Dans une brochure sur la liéparlilion de l'impôt foncier

CHARITÉ. nnOIT AC TRAVAIL, A I,' ASSISTANCE , ETC. 177

dans ces derniers temps contre la doctrine de ^laltlnis; on luT a reproché d’être triste, décourageante. Il serait heureux, sans doute, que les moyens d’existence pussent diminuer, s’anéantir, sans que pour cela les hommes en fussent moins bien nourris, vêtus, logés, soignés dans l’enfance, la vieillesse et la maladie. Mais cela n’est ni vrai ni possible ; cela est même contradictoire. ne puis vraiment pas concevoir les clameurs dont Malthus a été l’objet. Qu’a donc révélé ce célébré Économiste? Après tout, son système n’est que le méthodique commentaire de cette vérité bien ancienne et bien claire ; Quand les hommes ne peuvent plus^se procurer en sutïisante quantité les choses qui alimentent la vie, il faut nécessairement qu’ils diminuent en nombre, et, s’ils n’y pourvoient pas par la prudence, la souffrance s’en chargera. »

C’est, en d’autres termes, la proposition tant reprochée à Malthus, dont Bastiat a partagé la plupart ' des idées dans ses Harmonies, en lui adressant toutefois quelques reproches erronés.

M. ,1. Stuart-.Mill, l’économiste qui a le plus énergiquement défendu la prévoyance malthusienne et celte assertion qu’il n’y a d’autre sauvegarde pour les salariés que la restiiction du progrès de la population, admet le droit de la génération existante à recevoir un minimum de salaire de la société , en

dans les Landes (écrite en 1844),'p. 25, reproduite dans le t. I de ses Œuvres, complètes.

178 nii pni.NCiPE de popieation.

êcliîuige du travail, par celte raison que personne n’cst responsable de sa naissance. Il considère celte dépense coimne d’utilité publique, et dit qu’il n’est point de sacrifice pécuniaire trop grand pour ceux qui possèdent plus que le nécessaire, lorsqu’il s’agit d’assurer à fous ceux qui existent les moyens de vivre*.

M. Mill va ici bien loin. Le comunisme serait au bout de celte assertion, qui n’est que le lapsus pïumæ d’un esprit .sympathique aux souffrances des pauvres. Qu’à un certain moment il soit prudent et d’utilité publique de secourir certaines classes; qu’on donne des secours aussi par syiupalbie, charité et devoir chrétien; — à la bonne heure. Mais, si on admet le droit strict des pauvres, à percevoir les secours; il ii’y a plus de propriété. — Quant à la responsabilité de la naissance, pourquoi j)èserait-elle plus sur le malheureux fils de l’imprévoyant que sur les autres 7

Au reste, M. Mill, dans ce même chapitre, se répond à lui-même; car il combat la possibilité d’appliquer ce droit, en disant que, « si tout homme ale droit de vivre, pei’sonne n’a le droit de mettre au monde des êtres destinés à rester à la charge d’autrui, et que (juiconque prétend soutenir le premier doit renoncer au second. » D’où résulte, selon lui, la nécessité de prohiber les mariages des indigents fF. chap. xii.

11 ajoute : « Si vous mettez les ouvriers en état

* Principes d'ccoiioiiiie politique, vol. I, cli. xii, p. 415 de la liailiidion française de MM. Courcclle-Seneuil et Dussard, 1854.

CHARITÉ. DROIT AC TRAVAII,, A I.’aSSISTAM T, ITC. I 7!(

de ne plus s’occuper de leur sjilairc, si a oii.s leur garantissez un minimum parla loi ou par ro]tinioii, toiil le bicn-ôtre que vous pourrez leur donner ne déterminera ni eux ni leurs descendants à considérer la continence comme un moyen de rester en cet état. Ils réclameront avec colère l’exécution de la garantie qu’on leur aura donnée pour eux-mémes et pour toute la postérité qu’ils pourront avoir. »

31. 3Iill fait encore remarquer que le travail de pareils ouvriers sera insignifiant ; « Lorsqu’on n’a pas ta faculté de congédier les journaliers, l emarque-t il, on ne peut en obtenir du travail que par le fouet. » Ainsi la conséquence forcée de ce droit à un minimum de .salaire, c’est la démoralisation, la colère et l’esclavage des salariés!

Est-ce bien là un droit, et un droit à proclamer* Toutefois 31. 3Iill pense que la nouvelle loi des pauvres (1834), en Angleterre, a résolu la difficulté; mais on va voir que c’est en restreignant singulièi eineut ce prétendu droit qu’on n’a pas le droit de réclame)-.

* V. uni! note fin;ile, liistoriqiie et critique sur la question ilu Droit au travail, en France, après les événements de I8i8.

un PltlJNClPE UE POPULATIÜS.

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