IG
ni l'KUNCll’t DE nOPUI.A'riU.N.
lentaliori i)our les parents, qui, trop souvent, ne sortent de raü'reux combat auquel leur âme est livrée qu’emportés vers le crime, on, ce qui est peut-être plus horrible encore, avec le cœur pétrifié par le dés- ('spoir qui étouffe les sentiments naturels et fait que les enfants n’ont plus ni père ni mère. On vous répondra tranquillement qu’il ne faut jamais désespérer de l’avenir; qu’on doit avant tout prévenir par le mariage la corruption des mœui*s; que la charité vient suftisamment au secours de toutes les infortunes. Qui ne connaît pas ces lieu.x communs, et comment discuter avec des hommes qui répètent toujours les mêmes choses, et sur lesquels les raisonnements et les faits n’ont pas de prise?
« Les habiles, au contraire, connaissent le fond des choses : pour eux, ces lieux communs ne sont pas l’expression, mais le déguisement de la vérité. Ils applaudis.scnt au langage des simples et en rient sous cape. Ils savent que plus il y a de travailleurs, plus, toutes choses étant égales d’ailleurs, les salaires sont bas et les profits élevés. Tout s’explique par cette formule, et eu particulier le pacte d’alliance entre les habiles et les simples. Ils sont du même avis, parce que les uns ne saisissent point et que les autres saisissent très-bien le fond de la question. Vous voudriez que le père de famille, au lieu de cinq ou six enfants, ne vous en présentât que deux ou trois’.' Mais il nous faudrait alors hausser le salaire des jeunes
CONCLUSIONS
travailleurs, et, plus tard celui des adultes; et si nous ne voulons pas voir diminuer le nombre de nos acheteurs, où trouverons-nous cet accroissement de salaires, si ce n’est dans une baisse relative de nos profits? Vos conseils de prudence se résoudraient en un lourd impôt levé sur nous. Nous pouvons aujourd'hui gagner un million dans dix ans; il nous faudrait, dans votre système, la vie d’un homme pour atteindre an môme résultat. Laissez, laissez les travailleurs se multiplier, c’est le seul moyen de rendre les capitalistes maîtres du marché.
« Quant à nous, nous voudrions pouvoir pei'suader aux Iravailleurs, aux jeunes gens qui ne possèdent encore d’autre richesse que leur intelligence et leurs bras, qu’ils doivent se tenir en garde contre les conseils que leur prodiguent, d’un coté, les égoïstes, et, de l’autre, les esprits chimériques. Nous voudrions pouvoir leur dire : la question de la population, c’est vous qu’elle intéresse avant tout et presque exclusivement. Nos discussions, les riches n’en ont que faire. D’un côté, le principe aristocratique, tout-puissant chez eux, les contient et leur inspire une prudence peut-être excessive*; de l’autre, qu’importe que leurs familles soient nombreuses? Voyons-nous souvent leurs enfants tomber dans la misère et manquer
* Voir ci-dessus (p. 211) ce que dit M. Mill. Les deux économistes ne SC contredisent point; mais ils ont cluicun en vue des catégories diverses de familles qu’ils ont observées.
de pain? Môme les imprudents trouvent des ressources dans la parenté, dans les alliances, dans les professions libérales, dans les carrières publiquesV
«... Mais vous, dont les facultés n’ont pas encore gravi les hauteurs de la société, au lieu d’élever vers le sommet des regards d’envie et de former des vœux impuissants, regardez autour de vous et prêtez-nous l’oreille. Nous ne voulons pas vous rapporter ici des théories, des généralités, des calculs statistiques qui sont, pour le moins, fort inutiles pour vous. Nous ne vous demandons qu’un regard attentif et un peu de bon sens appliqué, non au monde entier, mais à chacun de vous. Que la prudence pénètre dans tous les mariages et préside à rétablissement de chaque famille, et on n’aura plus à s’inquiéter du sort de l’humanité. Or que voyez-vous autour de vous? Un pays vaste, inculte, peu peuplé, mais sain, fertile, où rien ne s’oppose à l’exploitation, où la terre n’attend pour produire que quelques capitaux et des bras. Mariezvous à votre fantaisie, nous n’avons rien à vous dire, si d’ailleurs les heureuses conditions du sol et du climat ne sont pas rendues vaines par les institutions et les lois. — S’il en était ainsi, soyez prudents. Ne vous
' Et dans l’émigration; car ils peuvent donner à Icui’s enfants les moyens de s’expatrier avec quelque avantage; ce qui est impossible au plus grand nombre de familles , au sein desquelles les enfants tout concurrence aux pères, ou se portent des campagnes vei's les villes et vers les manufactures, et y font baisser les salaires.
CONCLUSIONS
flattez pas légèrement de réformes qui peut-èlri' n’ai riveront pas dans un siècle, tandis que \os enfants vous demanderaient du pain dans quatre ou’ cimi ans‘. »
' Terminons.
Il faut réagir contre la direction fâcheuse de l'opinion au sujet de la population; il est inutile de songer à élever la condition matérielle et morale des classes les plus nombreuses et les plus pauvres, si l’on ne commence pas par cette œuvre.
11 est possible de transformer l’opinion publique à cet égard.
Pour cela, il faut préparer ceux qui la dirigent on doivent la diriger un jour et leur enseigner les notions élémentaires sur le développement normal et sur les conditions naturelles de la population, au sein des classes les plus nombreuses et les plus pauvres, afin qu’ils cessent de répandre des doctrines diamétralement opposées à la prévoyance et à la saine morale; de semer l’illusion et l’utopie; de produire la misère, l’agitation , la haine entre les pauvres et les tâches , et finalement l’abrutissement et le despotisme.
Il faut, par conséquent, que dans tous les établissements d’instruction publique et privée, dans les sè-
‘ lutroduciron à V Essai sur le principe de population de Malthus, dans la Collection des principaux Économistes (1845).
miliaires, dans les collèges, dans les écoles, on enseigne l’économie politique.
11 faut que les notions fondamentales de celle science soient répandues', par tous les moyens possibles, parmi les classes populaires, afin de combattre leurs préjugés, et de développer en elles les notions du sens commun, et les connaissances propres à leur faire apprécier leurs véritables intérêts, c’est-à-dire, les lois qui président à l’organisation sociale , et les moyens eflicaces pour elles de s’élever à une meilleure condition matérielle et morale.
L’opinion des classes élevées ayant une grande influence sur les autres, on aurait déjà beaucoup obtenu, si l’on parvenait à faire disparaître le stimulant de l’opinion.
Bientôt ce progrès serait suivi d’un autre ; bientôt se répandrait parmi les classes salariées la conviction que la morale réclame, que leur bien-être exige, la limitation volontaire et préventive de la popqlation.
* En 1852 , le conseil municipal de Vereailles , dans sa séance du 7 juillet, instituait un prix de teiniiérance de t ,000 francs. La coininission devait prendre en considération le nombre modéré des enfants du candidat, l'absence de chômage volontaire, sa fidélité a rapporter son salaire au ménage, s'il envoyait ses enfants à l'école, s'il était déposant à la Caisse d'épargne et adhérent aux sociétés de secours mutuels. — C'est Ih une initiative louable et bonne à imiter.
CONCLUSIONS
Et l’on verrait successivement un plus grand nombre de personnes se conformer à cette opinion; et* le jour arriverait où le blâme atteindrait les hommes imprévoyants qui mettraient au monde plus d'enfanls qu’ils n’en peuvent nourrir, sans souci du sort de leur compagne et de leur famille.