‹ Du principe de populationChapitre 49 sur 120 · NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE UALTHDS · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE UALTHDS

une préparation au célèbre ouvrage imprimé cinq ans après.

Malthus combattit les écrivains aux yeux desquels la per- * feclibilité des hommes et des institutions politiques et sociales était sans limites, et il réduisit presque à rien l’influence des mauvais gouvernements ; il défendit la propriété et combattit les divers systèmes socialistes qui s’étaient déjà produits; il montra que les sociétés n’avaient jamais rencontré que deux obstacles à leur accroissement, le Vice et la Misère; et il signala comme principale cause de ces obstacles la multiplication trop rapide des populations relativement à leurs subsistances.

Ce livre, qui heurtait toutes les utopies et les systèmes imaginés pour le boidieur du genre humain par des écrivains populaires , et qui montrait les phénomènes sociaux sous un jour nouveau, fut attaqué et défendu avec vivacité, comme l’avait été celui de Godwin. Ce fut pour Malthus une raison d’approfondir de nouveau son sujet. . 11 s’était d’abord servi, comme il nous l’apprend lui-même, des ouvrages de Hume, de Wallace, de Smith, de Price‘. Il rechercha quelle influence le principe de population qu’il venait de mettre on

* Le docteur Wallace, ministre de l’Évangile, mortenl77t , a fait un Essai sur la population, provoqué par l'Essai de Hume. Cet ouvrage, -A dissertation on Üie number of mankind, a etc liaduit deux fois en français, sous ces tities : Essai sur la différence du nombre des hommes dans les temps anciens et modernes, trad. par Joncourt; Londres (Paris), 1754, in-8 et in-1 2 Dis.wtation historique et politique sur la population des anciens temps comparée avec celle des nôtres, trad. par Eidous, Am- •sterdam (et Paris), 1 769, in-8*.

Le docteur Price, ministre dissident, mort en 1791, a publié divers extraits sur les flnances et les dettes de l’Angleterre et un Essai sur la population. Londres, 1780, in-8“,

DU PniNClPE DE POPDL\TIO:<.

lumière avait exercée sur les nations aux diverses époques de riiistoire ; puis il voulut ajouter aux leçons du passé celle du temps présent, et il se mit à parcourir une partie de l’Kurope.

Au printemps de 1799, il partit d’Angleterre avec trois autres membres du collège de Jésus, de Cambridge, parmi lesquels se trouvait Daniel Clai k, connu par ses voyages dans diverses contrées de l’Europe ; et il visita le Danemark, la Suède, et une partie de la Russie ; plus tard il visita la Suisse et la Savoie. Le résultat de ses voyages fut la publication de la deuxième édition de V Essai sur le principe dépopulation en 1803, qui souleva davantage encore les attaques auxquelles la première avait donné lieu. Dans cet ouvrage, qui procédait du premier, mais qui était ^ nouveau sous beaucoup de rapports, Maltlius complétait ses idées par de plus longs développements et par l’exposé de faits nombreux empruntés à l’histoire et à la situation de différents pays ; il appliquait ses observations à des institutions qu’on avait toujours considérées comme bienfaisantes , et indiquait les dangers d’une philanthropie inintelligente ; il démontrait aux classes ouvrières (|ue le meilleur moyen d’élever d’une manière.durable le faux des salaires était de mettre dans le mariage une grande circonspection, etc.

Une année après la publication de son ouvrage, Malthus fut nommé professeur d’hisloire et d’économie politique au collège de la Compagnie des Indes orientales, à Ailesbury, aux environs de Londres ; c'est à la même époque qu’il se maria. Il remplit pendant trente ans ces fonctions et celle . de ministre de l’Évangile ; et c’est pendant cette période de sa vie qu’il remit trois fois encore la main à son célèbre ou- . vrage, qu’il médita sur les questions qu'embrasse la science économique et qu’il fut conduit à publier ses autres écrits : sur les lois céréales (181 4 et 1815), sur la rente (1815), sur les

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principes de l’économie politique (1819), sur les définitions en économie politique (1827), etc.

Malgré son titre, le livre sur les Principes n’est point un traité complet, mais seulement une collection de dissertations relatives à des questions sur lesquelles il avait plus spécialement fixé son attention, et qu’il discutait particulièrement avecRicardo et .l.-B. Say. (Voyez ci-dessous à la bibliographie.) 11 s’attache surtout à établir dans ce livre combien il est important de ne pas trop tôt ériger en principes généraux des observations partielles, et de vérifier les lois géijérales par l’examen rigoureux des faits. Il concluait aussi quece qui est rigoureusement vrai en principe est loin d’être toujours complètement applicable, et que, dans l’état imparfait des sociétés, il faut savoir sacrifier dans une certaine mesure la vérité à des besoins d’ordre et de prudence. Ce livre est loin d’avoir eu le même retentissement que celui sur la population ; cela tient d’abord à la nature du sujet, et aussi, selon îioiis, à l’infériorité relative de l’ouvrage. Mais c’est assez pour la gloire d’un homme d’avoir trouvé une loi fondamentale et de l’avoir mise en lumière par de si remarquables reclierehes et de si profondes observations. Les dissertations de Malthus auront néanmoins beaucoup contribué à l’élucidation de plusieurs principes, et notamment à celui de la rente, auquel Ricardo a attaché son nom. Ce dernier dit dans la préface de ses Principes : a En 1815, la véritable doctrine de la rente fut publiée une première fois par M. Malthus, dans un écrit intitulé : Recherches sxir la nature (Ui la rente, et par un membre du collège de l’imiversité d’Oxford (le docteur West), dans sou Essai sur l'emploi du capital en agriculture. » M.MacCulloch a eu outre signalé la même doctrine dans un écrit sur le commerce des blés, publié on 1777 par Anderson. Ce n’est pas ici le lieu de rechercher la

on PRINCIPE DE POPULATION.

filiation de' la lliéorie de la rente à cette époque ; nous constatons seulement le cas que Ricardo faisait de cette partie des travaux de Malthus, et aussi la modestie avec laiiuellc il soumettait ses propres idées au public.

Ce qui distingue Malthus, c’est l’amour de la vérité. « Cet amour de la vérité, a dit Ch. Comte, qui ne se démentit jamais, fit naître et développer chez lui les vertus privées qui le distinguaient : la justice,. la prudence, la tempérance, la simplicité.

« Il était d’un caractère doux. Il avait sur ses passions un si grand empire, il était si indulgent {wur les autres, que les personnes qui ont vécu près de lui pendant près de cinquante années assurent qu’elles l’ont à peine vu troublé, jamais en colère, jamais exalté, jamais abattu. Aucun mot dur, aucune expression peu charitable ne s'échappait jamais de ses lèvres contre personne ; et, quoiqu’il fut plus en butte aux injustices et aux calomnies qu’aucun écrivain de son temps, et peut-être d’aucun autre, ou l’entendit rarement se plaindre de ce genre d’attaques, et jamais il n’usa de représailles. Il était trèssensible à l’approbation des hommes éclairés et sages ; il mettait un grand prix à la considération publique. Mais les outrages non mérités le touchaient peu ; tant il était convaincu de la vérité de ses principes et de la pureté de ses vues ; tant il était préparé aux contradictions et même à la répugnance que scs doctrines devaient inspirer dans un certain monde. Sa conversation se portait naturellement sur les sujets (|ui touchent au bien-être de la société, et dont il avait fait l’objet d’une étude particulière; il était alors attentif, sérieux, facile .à émouvoir. Il énonçait son opinion d’une manière si claire, si intelligible, qu’on voyait aisément qu’elle était le résultat d’une réllexion profonde. Du reste, il était naturellement gai et enjoué, et aussi prêt à prendre part aux plaisirs inuix^ents

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(le la jeunesse qu’à l’encourager ou à la diriger dans ses études,

« 11 était- au nombre des partisans les plus zélés de la réforme parlementaire, et désirait de voir le gouvernement s’engager dans une voie de progrès... Fidèle à ses opinions politiques, dans le temps où elles étaient loin de mener à la fortune, il ne s'en est pas fait un titre à la faveur lorsqu’elles ont triomphé ; il n’a pas eu la pensée de faire de la science le marchepied de l’ambition. Quand ses principes sont devenus le fondement de la loi qui réformait la législation sur les pauvres, les calomnies et les injures des ennemis de la réforme ne lui ont pas manqué. Ses adversaires ont tenté de faire tomber sur lui la responsabilité des vices qu’ils signalaient dans la mesure du gouvernement ; de leur côté, les partisans de cette mesure lui ont prodigué les éloges dans les discussions auxquelles elle a donné lieu au sein du parlement; mais là se sont arrêtées la reconnaissance des amis politiques et la munificence nationale. Je dois ajouter qu’on ne l’a vu se plaindre ni des injufes des premiers ni de la négligence des seconds. »

Charles Comte parle ici de la réforme des lois sur les pauvres. Malgré les exagérations pour et contre de l’esprit depai li, le livre de Malthus frappa vivement tons les hommes doués d’un esprit juste qui désiraient sincèrement améliorer le sort des masses, et appela leur attention sur le danger de la loi’ des pauvres; des propositions de réformes furent faites à diverses épocpies , et notamment en 1817 par M. Samuel Withbrcad, en 1821 parM. J! Scarlett, savant jurisconsulte; mais ce ne fut qu’en 1834 que le parlement se décida à modifier la législation, après une enquête célèbre qui confirma la plupart des vérités que Malthus avait proclamées.

Ce dut être une grande joie pour l’illustre économiste que

de voir les pouvoirs publics de son pays s’inspirer de celle de ses opinions (lui lui avait valu le plus de violentes attaques.

Maltlius était alors dans sa soixante-septième année , et jouissait en apparence d’une très-bonne santé. Mais vers le milieu de décembre 1 834, comme il arrivait de Londres à Batli, fxmr passer les fêtes de Noël avec ses enfants, dans la maison de M. &kersalt, son beau-père, il se sentit indisposé ; une maladie du cœur se déclara, et il mourut le 29 du même mois.

Malthus avait été élu associé de l’Académie des sciences morales et politiques, aussitôt après la reconstitution de cette académie en 1833. Il fut un des fondateurs du PoHtical economy club et un de ses membres les plus actifs.

Pour aflàiblii' l’autorité de Malthus, et le mettre en contradiction avec lui-même, on a cité le nombre de ses enfants, que l’on porte à onze ! D’abord il n’est pas du tout démontré que Malthus ait eu onze tilles, comme l’a écrit M. Cherbuliez dans le Journal des Économistes (XXV, p . 1 35, 1 850), en racontant que Malthus était venu un soir chez M. de Sismondi, à Genève, suivi de ses onze fdles ! 11 doit y avoir erreur de la part de M. Cherbuliez ; car Ch. Comte, dans une notice lue à l’Académie des sciences morales et politiques peu de temps après la mort de Malthus, disait , en 1836, que ce dernier laissait un fds et une fille , que sa femme lui survivait. Ch. Comte n’a pas écrit sa biographie sans avoir des renseignements exacts; il est probable que les personnes dont parle M. -Cherbuliez étaient de la famille de Malthus sans être ses tilles. Mais admettons, par hypothèse, une si nombreuse postérité comme un fait exact. Si Malthus avait assez de moyens d’existence, il n’aurait pas cessé d’être d’accord avec lui-même; et c’est dans le cas contraire seulement qu’il aurait, lui aussi, manqué de prévoyance, ce qui, en dernière analyse, prou-

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