NOTICE SÜR LA VIE ET LES OUVRAGES DE MALTHÜS
verait contre sa conduite et non pas contre ses idées, qui se seraient peut-être corroborées à cette rude épreuve.
OUVRAGES DE MALTHIS.
Le plus célèbre ouvrage de Malthus, et celui sur lequel nous devons ici plus particulièrement appeler l’aUenlion, est son Essai sur le principe de populalion.
Cet ouvrage a paru sous le titre suivant ;
An essay on the principle of population, as il affects the future improvment of society, by tlie rev. T.-R. Malthus. — (Essai sur le principe de populalion; comment il affecte la future amélioration de la sucic/c.)Londrcs, 1798, 1 vol. in-8, anonyme;
' 2* édit.. 1805, 2 vol.; 4" édit., 1807; 5' édit., 1817; 0' édit., Londres, 1826, 2 vol. in-8.
Quatre éditions de la traduction fi*ançaise de cet ouvrage ont été successivement publiées sous des titres un peu différents :
1® Essai sur le principe de population , ou recherches sur l'influence de ce principe sur le bonheur de l'espèce humaine dans les temps anciens et modernes, suivi des moyens propres à adoucir les maux dont ce même principe est la cause, et du tableau des espérances que l'on peut concevoir à ce sujet. Traduit de l’anglais par P. Prévost, j)rofesseur de physique à Genève, Genève et Paris, J. J. Paschoud, 1809, 5 vol. in-8 ;
2° Recherche sur le principe de populalion, ou exposé des effets passés et présents de l'action de cette cause sur le bonheur du genre humain; suivi de quelques recherches relatives à l'espérance de guérir ou d'adoucir les maux qu'elle entraîne. Traduit de l’anglais sur la 5” édition, par P. Prévost et Guill. Prévost; seconde édition française. Genève et Paris, Paschoud, 1824, 4 vol. in-8.
Cette édition était revue et augmentée d’après la 5® édition originale publiée en 1817 par l’auteur ;
3® Essai sur le principe de populalion, par Malthus, Traduit
de l'anglais par MM. Pierre et Guillaume Prévost (de Genève), précédé d’une introduction par P. Rossi, et d’une notice sur la vie et les ouvrages de l’auteur, par Charles Comte, avec les notes des traducteurs et de nouvelles notes par M. Joseph Garnier. Paris, Guillaumin, 1845,1 vol, gr. in-8, formant le septième volume delà Collection des Principaux Économistes:
4° Le même. ‘i“ édit., 1852, augmentée d’un avant-propos, par M. Joseph Garnier, touchant tes injustes reproches adressés à Malthus, sur son passage le j)lus critiqué, sur les monstruosités dont il n’est pas solidaire ( Marcus, etc. ) ; sur les remèdes proposés contre l’excès de population par les écoles socialistes ; sur les appiV'ciations de MM. Blanqui, Villcneuve-Bargemont , Carey, Frédéric Bastiat.
L’Essai est divisé en cinq livres. Dans les deux premiers, l’auteur expose comment ont agi les obstacles qui ont empêché l’accroissement delà population chez les peuples anciens et modernes. Cette première partie de son ouvrage est un excellent travail de statistique et d’histoire ; Malthus y est remarquable par l’étendue de ses vues, par la facilité avec laquelle il discute les documents numériques qu’il a à sa disposition, par la clarté des conséquences qu’il en déduit, par la portée des problèmes qu'il pose aux statisticiens nfbderncs, et |)ar la nouveauté des aperçus qu’il ouvre aux historiens.
Dans la troisième il examine, au point de vue de leur influence sur le principe de population, les diverses théories sociales proposées de son temps, et analogues à celles que nous avons vues surgir depuis, ainsi que divers systèmes économiques touchant l’agriculture et le commerce des grains. Dans la quatrième, il expose son opinion sur la Contrainte morale, la Charité, la Taxe des pauvres ; il analyse et combat divers plans pour améliorer le sort de ces derniers. Dans un Appendice, il résume scs idées, rcluiede nouvelles objections
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et de nouvelles théories, notamment celles du droit des pauvres à être nourris; et il établit que la doctrine de la Contrainte morale, loin de contredire les lois de la nature, tend à obtenir une population saine et vigoureuse, et un accroissement qui n’entraîne pas le vice et la misère.
Il est impossible de ne pas recourir à l’ouvrage de Malthus lorsqu’on veut étudier sérieusement les principaux éléments de solution pour les nombreuses questions auxquelles donnent lieu le principe de population et le vaste problème de la misère, ou, ce (jui revient au môme, le problème de l’amélioration physique et morale de la classe de citoyens la plus nombreuse et la plus pauvre. Or c’est ce qu’ont négligé de faire jusqu’ici, nous ne craignons pas de le dire, la plupart de ceux qui ont abordé ces sujets délicats dans la presse, A la tribune, dans la chaire évangéli({ue ou dans l'administration !
Maltlius a encore publié :
Des Principes d'économie politique, considérés sous le rapport de leur application pratique (The principles of political economy, etc.). Londres, 1820, 1 vol. iu-8 (Une 2* édition augmentée a été publiée en 1820, en 2 vol. in-8, avec une notice sur l’auteur, par M. le d' Otler, évèqiie de Chichester. — Cet ouvrage a été traduit en français par M. Constancio. Paris, Ailland, 1820, 2 vol. in-8. Cette traduction, revue et corrigée par M. Monjean, forme le VIII* vol. de la Collection des Principaux Économistes ) ;
Les Définitions en économie politique (Définition on political economy). Ix)ndres, 1827. 1 vol. in-8 ( Cet ouvrage a'été traduit par M. Fonteyraud et a été inséré dans le VIII* vol. de la Collection des Principaux Économistes] ;
Plusieurs brochures, à diverses époques, sur différents sujets d’économie politique : la circulation, les causes de la hausse du prix des vivres , les lois des pauvres , les lois-céréales , la nature , de la rente, le Collège des Indes orientales ;
ou PRINCIPE DE POPULATION.
Divers articles dans la Revue d'Édimbourg, le Quartely Revîew, les Transactions de la Société de littérature; des considérations générales sur le principe de population dans 1e Supplément de l’Encyclopédie biitannique.
NOTICE SUR GODWIN, UN DES PREMIERS ET DES PRINCIPAUX CONTRADICTEURS DE MALTHUS.
William GODWIN , né à Wisbeach (comté de Cambridge) le 3 mars 1756, estmort le 7 avril 1836. Fils et petit-fils de ministres presbytériens, il fut d’abord élevé dans les principes de Calvin, qu’il abandonna de benne heure pour se faire déiste pur. De 1778 à 1783, il fut ministre d’une congrégation non conformiste aux environs de Londres; mais, la hardiesse de ses opinions ayant déplu à ses cosectaires, il donna sa démission , et vint à Londres pour suivre la carrière littéraire.
Admis dans quelques cercles où brillaient Fox, Slieridan et d’autres chefs de l’opposition, il s’occupa de politique, et fut conduit, par la nature de son esprit, à fixer les études sur l’organisation des sociétés, la forme des gouvernements et les réformes sociales. Les événements de la Révolution française vinrent donner une nouvelle animation aux discussions politiques , et ç'est sous cette impulsion que Godwin acheva et publia son célèbre ouvrage sur la Justice politique, dont la première édition parut en 1793. Ce livre lit une grande sensation ; il était écrit avec une grande verve
et celte fiévreuse passion qui fut un des traits saillants de son talent et de son caractère. L’organisation de la société y clail vivement attaquée, et ses propositions offraient un assez singulier mélange d'audace et de raison.
Ainsi Godwin prêchait des réformes politiques et sociales très-radicales, et entendait néanmoins qu’elles fussent opérées san^ secousses, sans révolutions ; car les révolutions, disait-il, entraînent des mau\ incalculables, détruisent les libertés publiques , manquent presque toutes leur but et retardent les réformes. D’autre part, il professait déjà plusieurs de ces théories aventureuses et erronnées que nous avons vues se reproduire de nos Jours, et qui ont reçu la dénomination de Socialisme. 11 attaquait le mariage comme une institution absurde et immorale.
En résumé, Godwin attribuait le mal moral et les mau.v du genre humain aux vices des gouvernements, et il essayait de constniire un système d’égalité ou plutôt de communauté dans lequel les riches étaient considérés comme de simples administrateurs du bien d’autrui, et toute jouissance qu’ils se donnaient à l’exclusion de quelqu’un des membres de la société comme une injustice.
L’an d’après , Godwin publia un autre livre, d’un genre tout différent, et qui eut également beaucoup de succès; nous voulons parler de Caleb William, œuvre remarquable d’imagination, sans amour, cl où se reproduisaient sous une autre forme les sentiments de h Justice politique.
Ce sujet fut transporté sur la scène en Angleterre et en France, et on cite encore la vive impression produite par Tabna (1797) dans le rôle de Falkland d’une pièce de Laya.
Dans celte môme année (1 79A) Godwin eut encore un autre succès dans le monde politique; il parvint à faire acquitter Home Tooke et ses amis , fondateurs de la Société constitua
KOTICë sur. GOOWIN.
tionnelle, jiar un mémoire dans lequel il réfulait habilement l’acte d’accusation. Ce fut l’apogée de ses succès littéraires ; Godwin avait alors Ircnte-liuit ans.
Le reste de sa longue carrière a élé consacré â la protluction d'un grand nombre d’écrits de politique, d’imagination, d’histoire, de biographie, d'économie sociale, parmi les<iuels nous devons citer ici Y Investigateur (Jwqunrr] , série d’essais dans lesquels il développa, en 1797, les doctrines de ses recherche sur la Justice politique, et dont la lecture inspira à Maltbus son célèbre Essai sur le principe de population (la première édition parut en 1798), livre qui provoqua plus tard les Recherches sur la population , dans lesquelles Godwin cherchait à réfuter Maltbus.
Au commencement de 1797, Godwin épousa miss Maria Wollstonecrall, alors célèbre dans le monde des lettres par la hardiesse de ses écrits, par scs aventures, et qui avait, comme lui, médit du mariage. Miss Wollstonccrafl mourut dans le 'mois de septembre de la même année. Godwin , qui avait pour elle une grande afl'ection, publia (1798) scs Œuvres posthumes, précédées d’une histoire de sa vie *.
' Miss Wollstoneciiift s’était fait connaître par de nombreux écrits littéraires, religieux et politiques : sur l’éducation, dont elle avait d’abord fait sa carrière ; sur la Révolution française, qui l’avait entbousiasmée; et sur les femmes, dont elle défendit chaleureusement les droits. Miss Wollstonecraft prétendait, ainsi que miss Mar.aulay, que la femme est appelée par la nature à partager avec l’homme toutes les fonctions que celui-ci s’est arrogées exclusivement et ahusivement ; que rhonmic n'a d’autre supériorité que la force musculaire, et que ce n’est que par l'empire tyrannicjuc de l’amour que le sexe féminin est tombé dans l’état de dégiadalion où miss Wollstonecraft le voyait. Avant d'épouser Godwin, miss W’ollstonccrafl avait été trompée par un négociant américain,
En 1801 Godwin se remaria, et comme bientôt après, malgré ses succès littéraires, il était dans la gène, il établit une librairie d'éducation dans laquelle il composa, sous le pseudonyme de Baldwin , plusieurs des ouvrages que sa femme vendait. Mais il ne paraît pas que celte entreprise l’eût enrichi, pas plus que scs publications subséquentes; car, en 1 833, le ministère wliig le nommait à une place à laquelle était attaché un modique traitement, dont il ne jouit pas longtemps. Il mourut en 1836, d’un catarrhe épidémique qui régnait alors, à l’àge de quatre-vingts ans.