ÜT1CE HISTORIQUE ET CRITIQUE SUR LE DROIT AU TRAVAIL
Li n<‘volulion de ft'vricr n’a pas été faite pour le Droit au travail. — Le droit au travail des socialistes n'a rien do ronimun avec le droit do travailler proclamé par Turuot. — Sirnification variable donnée i la formiilo par les socialistes. — Analogie du droit à l'assistance avec le droit au travail. — Historique et proclamations de le droit.
La Révolution de février s’est faite , comment et pourquoi ? C’est inutile à raconter ici. Peut-être serais-je fort embarrassé de le faire ; seulement je dois dire, pour l’avoir constaté dans les rues, en les parcourant comme tant d’au-
* Cet écrit date de 1848 (nous soinnie.s politiquement bien loin de cette date, économiquement bien près). Il forme l’introiluction à une Collection des discours prononces à l’Assemblée constituante sur cette question, et de diverses opinions inédites, etc. (le Droit au travail à l'Assemblée constituante, 1 vol. in-8“, chez Guillaumin). Nous le reprmluisons ici tel qu’il a paru, avec toute sa franchise et ses vivacités qui donnent une idée de la polémique du temps. Cette discussion est une suite naturelle du chapitre x consacré h la Charité, au Droit au travail et à rassistance, et aux subventions aux salariés, considérés comme moyens de contrc-balancer les maux provenant de l’excès de population
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1res , que la foule «icombrant les places publiques n’est point arrivée, les premiers jours, avec les formules du Droit au travail ou de la Garantie au travail. On les lui a apprises ; et encore n’ont-elles jamais été répétées bien clairement par elle.
Ce n’est même qu’au bout de quelques jours que les étendards des députations allant à l’Hôtel de Ville portaient la formule plus connue d'Organisation du travail, remplaçant une plus ancienne formule un peu usée , celle d' Association.
Plus tard, lors de la fameuse manifestation du 46 avril, organisée par les délégués des ouvriers à la Commission du Luxembourg et par les menées de quelques clubs, on lisait sur les drapeaux ; Organisation du travail par l'association, et Abolition de l'exploitation de l'Iumme par l'homme.
Ce n’est que plus tard encore, en juin, lorsque l’Assemblée nationale s’occupait de guérir la plaie des ateliers nationaux, que l’on mit en avant k formule du Droit ad tr.avail, formule qui n’a été définitivement vulgarisée qu’ après les sanglantes journées de Juin, pendant lesquelles le gros des insurgés ne l’invoquait même pas ; car on lisait :i peu près exclusivement sur leurs drapeaux (quand il y avait quelque chose, ce qui était rare ) : Vive la République démocratique et sociale ! ou bien la formule des ouvriers lyonnais en 1834 : Vivre en travaillant ou mourir en combattant, laquelle était un cri de désespoir et nullement la réclamation d’un droit : car, dans ce cas, les ouvriers lyonnais l’auraient positivement dit, les classes ouvrières n’ayant pas précisément l’habitude de biaiser à propos de leurs demandes.
Cette filiation n’est pas sans importance. En la traçant ici, je veux exprimer que l’agitation et la préoccupation pu -
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bliques en faveur du prétendu Droit au travail ne sont pour rien dans la Révolution de février, quoi qu’on ait dit dans la presse et à la tribune ; que le mouvement qui a amené le changement de forme du gouvernement n’avait pas pour principe la conquête d’un droit nouveau ou qui serait plus explicitement reconnu ; que les revirements de l’opinion tenaient bien à un mécontentement ayant sa source dans la non-satisfaction de plusieurs besoins économiques et sociaux mais qu’ils avaient des causes immédiates, plus particulièrement personnelles et politiques; et, en définilive, que le Socialisme s’est glissé subrepticement, comme on l’a dit, dans les plis du drapeau de la République. En d’autres termes, quand on a crié : Vive la République ! tout le monde a accepté cette espèce de gouvernement , comme celle qui, par son élasticité, pouvait mieux s'allier avec la réforme des abus gouvernementaux et les progrès de la civilisation ; et personne, si ce n’est une imperceptible minorité, n’a cru que République fût synonyme de Socialisme. On a eu beaucoup de peine à faire pénétrer dans la masse cette notion élémentaire, que par République il faut entendre le suffrage universel appliqué à l’élection d’un pouvoir exécutif temporaire et d’un pouvoir législatif également temporaire; comment cotte masse auraitelle fait une Révolution pour installer le Socialisme, qu’elle ne connaissait même pas de nom * ?
* Et non .socialistes, bien que les socialistes soient bientôt parvenus h jeter la confusion . dans le sens des deux mots. Social veut dire qui a trait à la société ; Socialiste signifie qui a trait à la société d’une certaine manière, de la manière des inventeurs de systèmes de refonte sociale.
* Je ne parle pas de quelques sociétés d’ouvriers travaillées par