‹ Du principe des nationalités (volume 2)Chapitre 6 sur 51 · S DU PRINCIPE · texte numérisé non relu

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ciel ou officieux. Il faut fermer les oreilles à tout bruit du dehors et les yeux à la lumière^ pour se refuser à reconnaître, dans Tensemble des faits que nous avons résumés tout à Theure, le produit d'une action providentielle, dont le but prochain est la transformation des États européens suivant une seule et même loi.

Contre notre thèse se produisent les objections suivantes : Son application n'amènera-t-elle pas les plus graves désordres, les plus cruels déchirements? Par quel procédé reformera-t-on les races ou les nationalités morcelées? La science historique et la science géographique sont-elles assez avancées pour tracer entre elles des limites précises, certaines? A quelle date de leur histoire remontera-t-on d'ailleurs pour cela? Ne faut-il pas voir dans les frontières naturelles, telles qu'elles résultent des chaînes de montagnes, de fleuves larges et profonds, la base principale et presque exclusive, de la formation des nouveaux États ?

Nous n'éprouvons aucun embarras pour répondre à ces objections.

Ce n'est point ici, comme quelques-uns pourraient le croire, un sujet d'étude purement scientifique, dont la solution dépende de l'état d'avancement des coniiaissances géographiques et historiques. A la vérité, les recherches sur l'ethnologie et les origines des peuples, qui ont tant occupé, depuis quarante ans, et passionnent encore aujourd'hui les esprits, n'ont pas été sans une

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grande influence sur le mouvement qui nous emporte. Elles ont eu, en effet, pour résultat de constater la parenté séculaire des membres disjoints de nationalités aujourd'hui mutilées. Physiologues, ethnologistes, philologues et historiens ont expliqué, par là, les liens mystérieux et invisibles, qui rendent frères les hommes de tels ou tels groupes, et les distinguent des groupes voisins. Ils ont donné aux populations la raison de ces affinités naturelles, qu'elles éprouvaient sans en comprendre la cause et la portée. Il n'est pas non plus permis de douter que l'étude des géographes et des historiens ne puisse aider à prévoir, d'une manière générale et approximative, dans quel sens et dans quelles projportions tel État devrait recevoir de l'extension et tel autre subir un amoindrissement. Mais les données de la science, qui sont en la possession d'un si petit nombre et souvent contestables, ne sauraient devenir le fondement d'une délimitation nouvelle.

Les signes d'après lesquels on peut vérifier les tendances des peuples à l'égard les uns des autres, la base d'après laquelle les aggrégations se formeront, n'appartiennent pas, nous le répétons, au domaine absolu de la science ; ils sont aisément aperçus de tous, gouvernants et gouvernés, diplomates, publicistes et autres. Ge sont les instincts, les aspirations, qui portent certainesrpopuiations à se rapprocher de telles autres; c'est leur volonté déclarée par tous leurs organes : par les

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livres, les revues^ les journaux, par les pétitions et par les délibérations des assemblées électives, en attendant répreuve officielle à laquelle il faut en venir pour donner au vœu de réunion une consécration légale et définitive; en un mot, c'est la voix du sang, c'est-àdire ce témoin, toujours vivant, toujours présent, que les faits politiques accomplis à la suriface n'ont pu dé* truire. Or> ce témoin, il est on ne peut plus aisé de le consulter : que dis-je? II n'est pas besoin de l'invoquer ; il parle de lui-même et à toute heure. Le signe déterminant est donc facile 4 apercevoir; et, quand le travail de préparation à la reconstitution de l'ancien faisceau est arrivé à son terme, quand le moment de la réalisation est proche, chacun le sent, le voit, l'entend ; c est alors une simple affaire de bon sens et de bonne foi.

Après avoir montré que les affinités de race doivent présider à la reconstitution des ^tats» nous avons à apprécier l'influence qu'ont exercjée et que sont destinées à exercer encore, dans l'application de ce principe j les circonstances topographiques, la configuration du çol, enfin ce que Ton est convenu d'appeler les frontières naturelles.

Admettons, par hypothèse^ qu'une nation existant en telle ou telle région se soit arrêtée, dans son établissement primitif ou dans son développement postérieur, devant des obstacles naturels ,: chaînes de montagnes, bras de mer, fleuves ou lacs profonds, qui séparent cette

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eMtrée, àe h eontrée iriMiney et qu'ainai» le doHkwie occupé par cette Sa^niUe hunoaîne ait pour limites les borner mêmes de ce territoire. Dstn^ c^ cas, l'élément ethnique correspondrait exactement avec les lignes de la géographie physique. Nais now ne connaissons pas d'exemple d'une ai heureuae concordance»

A la suite des grands mouvements de peuples et de leurs déplacements fréquents, il est nécessairement arrivé que des tribus d'origines diverses se sont troU'vées placées ensemble dans un périmètre borné par la uaturci et dans lequel elles ont dû forcément se déve^ lopper, unir leurs travaux, et se confondre en une seule nation. En outre, les peuples, en se constituant et en fondant un ordre social^ ont instinctivement cherchéi surtout aux époques d'invasions armées, à organiser des moyens permanents de défense. Le même motif qui faisait placer leurs oppides et leurs bourgades dans des lieux de forte assiette, sur des montagnes ou des collines escarpéeSf et sur des promontoires protégés de deux côtés par des cours d eau où des vallées profondes, ce même motif, disons-nous, devait les déterminer à rechercher une ligne de défense, des abris naturels pour ragglomâration du peuple entier. C est pourquoi il est aisé de s'expliquer que des tribus ou fractions de peuple, séparées par un grand obstacle naturel du corps de leur nation, et placées, par suite de circonstances connues ou ignorées, auprès d'une race différente, se soient plus

d'une fois, malgré cette diversité d'origine, soudées à cette dernière^ à cause des nécessités de la défense contre les attaques d'un même ennemi, et d'une communauté d'existence imposée par leur situation relative.

Dans cette hypothèse, les difficultés ou la lenteur de la fusion ont été en raison directe de l'importance de la fraction ou tribu à annexer. Ainsi l'Ecosse (l'antique Galédonie)^ peuplée de Pietés et de Scots, comme une grande partie de l'Irlande, n'a point d'analogie de race avec le reste de l'île de Bretagne .(l'Angleterre), peuplée de Saxons et d'Angles, mélangés d'Ibères au sud et de races Galliques à l'ouest. Et pourtant, cette juxtaposi^ tion des deux groupes dans une même île devait amener tôt ou tard la domination de l'un des deux par l'autre. La lutte a été Ipngue, mais enfin l'Angleterre, plus étendue et plus forte, a subjugué l'Ecosse. Ici les circonstances géographiques ont exercé une influence supérieure à celle des races.

D'autres fois, les fractions annexées ne formaient qu'^n faible accessoire, dont la résistance à la fusion dut être de courte durée. Prenons des exemples dans notre histoire. Au nord-ouest de l'Espagne, entre le littoral de l'ancienne mer Cantabrique (aujourd'hui golfe de Gascogne^, et la chaîne Cantabrique, ramification des Pyrénées, qui s'étend à peu près parallèlement à la mer, dans cette partie de la péninsule appelée Céltihérie et GallicBy les traces de la race celtique et gauloise

sont nombreuses. Cependant les Pyrénées, cettegrande barrière qui se dresse entre Tapanage des Ibères et celui des Gaulois, ne permettent pas à ces derniers de revendiquer des populations que les circonstances géographiques ont faites ibériennes en dépit ée leur origine.

En sens inverse, les invasions de Celtes ou Gaulois dans la Péninsule, opérées par Isr porte occidentale des Pyrénées, ayant refoulé violemment les populations ibériennes, celles-ci s'épanchèrent, par la porte orientale, dans le Roussillon, se répandirent sur les côtes de la Méditerranée, et arrivèrent ainsi jusqu'aux Alpes maritimes. Il n'est personne qui ne connaisse la similitude frappante qui existe entre les hommes de la Cerdagne espagnole et ceux de la Cerdagne française : type physique, instincts, aptitudes et mœurs, tout ou presque tout est semblable entre eux, et Ton ne saurait douter de leur identité d'origine. Néanmoins la chaîne des Pyrénées, placée entre eux, fait un obstacle à peu près infranchissable à des relations permanentes, à la communauté d'administration et de gouvernement, en un mot les repousse loin les uns des autres, maintenant la Cerdagne espagnole dans le giron de la famille ibérienne, et rattachant le Roussillon à la famille gauloise.

Des circonstances analogues se présentent au nord de notre territoire. Suivant des traditions rapportées

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pdr César, qui fit sft première campagne en Gaule 59 ans avant Tère chrétienne, la nation gauloise avait envoyé, à desépoques antérieure», des colonies chez les Germains : a II fut un teiiipfi, dit le proconsul^ où les » Gaulois surpassaient les Gelrmainsen oourage» por- » taient la guerre hors de leurs frontières, et, à raison «> de leur population surabondante et du manque de » terre ) envoyaient des colonies au-delà du Rhin. » C'est ainsi que les parties si fertiles de la Germanie ^ qui entourent la forêt Hercynie (la forêt Noire} ^ » connue d'Eratosthène et de certains auteurs grecs » sous le nom d'Orcynie, furent occupées par les » Volce&Tectosages qui s'y fixèrent*. » Tacite reproduit et ccmfirme ces énonciations de César ^ et y ajoute le renseig]nement suivant : « Entre k forêt Hercynie» le » Bhin et le Mein, ont habité des Helvètes» plus loin des » Boïens» et Tune et Tautre nation sont gauloises ^• » Ainsi nous avons dans ces passages des deux Ustoriens la preuve irréfragable de Timmigratiof^ et de Tinstaltation, che^ les Germains, de trois peuplades gauloises^ ou plutôt de oolpnies fournies par trois d'entre elles»

* <L Ac fuit antèâ tempos, corn Gètmanod Gàlli virtute supêrarent, utWo heîla inferrmt, pv<yptef hooiiiKim multitudinem agriqpe inopiam, tr(»rw W^enuin col(h nicLs mitlerent. Itaque ea, quse fertilissima Germaoise^sunt, loca circum Ifercyniaitt bilvam, quand Ërathoéteili et qtribusdàM Grscis fai&a notatn eââe yideO, quam illi Orcyniam appellant, Voles Tectosages occtipaverant, atque ibieoo^ aderunt. » {De hello GalUcOf Hb.^vi, cap. 24.)

i> « Igîtut inW ffércyniAm âilvâm, tlhemimque et Mœnum amiiefl, Helvetii^ uUeriora Boii, GalUcauiraqute gens, teD¥«r«^ » Pe fnoriditt GerfMiniè,&, 280

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savoir - les Vo'ces TectQsages (peuple des environs de Toulouse), les Helvètes (peuple de la Suisse), et enfin les Boïens, dont le foyer paraît avoir été dans le pays d'Auxerre et à donné son nom à la Bohême.

A répoque de l'entrée des Romains dans la Gaule celtique, ces peuplades s'étaient unies assez étroitement avec les tribus germaines, si nous en jugeons par le témoignage du conquérant relattf aux Volces Tectosages : a Depuis son invasion cette nation, dit-il, s'est » maintenue à la même place, jouit d'une grande ré- V putation de gloire militaire, et se trouve, à présent, » dans la même disette, pénurie et souffrance que les y> Germains eux-mêmes , dofit elle partage toutes lès r> habitudes quant à la nouiritnre et aux vêtements * . i>

Malgré son assimilation quant à la vie matérielle, cette peuplade paraît avoir conservé longtemps ses instincts et ses traditions particulière^. Deux de nds plus Savants numismatistes ^ ont retrouvé récemment, sur des médaillés frappées au-delà du Rhin peu de temps avant ou peu de temps après roccupatrou de la Gaule par les armées romaines, le type monétaire gaulois des Volces Tectosages de Toulouse- On à d'ailleurs observé

* « Qttf^genfl àd hoc tempos bU tedilmâseRd continét, ftiimiMiiiq«e hibet justHisB et bellicae laudis opinionem. Nunc quidam in eadem inopia, egestate patieHtia que Gèrmani permanent, eodem tictu et cultu corpoHs Utuntur. » (t)e bello GailicOf loc. cit.

2 M. Adrien de Longpérier et M. de Saulcy, Hemêe HUmiifimèigliê, nouvelle série, année 1859, p. 320-321.

depuis longtemps les dissemblances profondes, qui existent entre les Germains et les hommes de la Bohême, et qui ne s'expliquent pas seulement par un mélange de Slaves, mais aussi par la différence originelle des races.

Pourtant, malgré les liens que nous signalons, la France, héritière de l'ancienne Gaule, ne saurait être admise à franchir le Rhin, pour rattacher à son territoire ces pays, que la configuration du sol et un lai^e fleuve en ont séparés pour toujours.

Dans le sens inverse, nous savons qu'à une époque plus rapprochée de la conquête romaine, des colonies germaines vinrent en Gaule et s'y installèrent. Ainsi, au rapport de César, plusieurs nations de la Belgique, notamment les Éburons (peuple des environs de Liège), sortaient de la Germanie, et avaient autrefois passé sur la rive gauche du Rhin *.

Tacite nous apprend, de son coté, que les Tongriens (Tongres et Brabant) étaient les premiers Germains qui eussent franchi le grand fleuve ^. Quant aux Trévires (habitants du pays de Trêves) et aux Nerviens (Flandre-Hainaut), qui se vantaient d'une origine germanique, Thistorien nous dit que leur prétention était d'autant moins fondée^ que, par leurs traits physiques comme par leur caractère moral, ces

i DebeU.G(aiic.,n,L

2 De moribm GermantâB, cap. 2.

peuples étaient semblables aux autres Gaulois '.

Néanmoins, lorsque les Romains s'avancèrent au cœur de la Gaule, la confédération autonome se leva toute entière contre eux : on la vit, après les défaites successives de ses peuplades' divisées, s'unir, pour la première fois, à la voix de Vercingétorix^ dans un suprême effort pour Taffranchissement de la patrie commune. Et, quand le jeune et illustre chef des Arvernes se fut enfermé dans Alésia, les tribus qui bordaient le Rhin, comme celles qui habitaient les rives de la Seine, de la Loire, du Rhône et de la Garonne, s'imposèrent, dans une assemblée générale, un nom- Vm de guerriers déterminé pour la formation de l'ai^ mée de secours ^*

La nation gauloise existait donc compacte, malgré la présence de quelques peuplades germaniques, que le grand fleuve séparait delà patrie d'origine. A la vérité, le langage et les institutions des trois grandes divisions delà population «gauloise. Aquitains, Celtes et Belges, étaient dissemblables, comme Fatteste César % et tout indique, en effet, que ces peuplades provenaient de souches distinctes. Mais, jetées, simultanément ou à des époques diverses, par le cours des migrations, dans ce grand cadre naturel formé par l'Océan, les Pyrénées, les Alpes et le Rhin, elles se fixèrent au sol et com-

* De moribus Germaniœ, c. 28.

3 De bell. GalliCt VII, 75. Les peuplades situées au sud de la Garonne ne figurent pas dans cette nomenclature.

' loe, eit,, l, 1.

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mencèrenl ensemble le travail de leur développement social.

Leurs relations^ par le fait de la juxtaposition, durent m multiplier» des liens de famille se nouèrent^ et^ peu à peu, les différences originelles tendirent à s*effecer-

Au moment de la conquête romaine, il y avait, dans le vaste périmètre que nous venons de circonscrire, une confédération gauloise» dont les membres étaient fortement unis entre eux : unis, non pas seulement pat le patriotisme et la solidarité d'intérêts, mais par les croyances religieuses, par un état social uniforme et un degré égal de civilisation * , par tous les traits du caractère, par un type moral, que César a peint de son . énergique pinceau et dans lequel nous pouvons nous reconnaître enccNre^. Le général historien a doiwé^ comme par opposition, le portrait des Germains, qui achève' de singulariser le type de leurs voisins da sud ^ Il affirme d*ailleurs positivement, en plusieurs endroits, comme nous le verrons plus loin, Tuiiité nationale de nos aïeux. Or, ce fait remarquable doit être attiibué, pour une large part, à Tinfluence de la configuration du sol, et il nous donne la mesure de

* Les Gaulois étaient^ parvenus à la période de la vie agricole, al<H% que Le« Germains étaient encore dans la période de la vie pastorale. (De hell, Ca^c., VI. 22.)

a/&.,VI, llrtrtil?.

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