‹ Du principe des nationalités (volume 2)Chapitre 9 sur 51 · W PRINCIPE · texte numérisé non relu

W PRINCIPE

chés de ritalie centrale, de la Roinagne, de la Savoie et du comté de Nice, du principe de la souveraineté populaire, c'est-à-dire de Texercice de la volonté de tous ou du plus grand nombre pour le choix de la na^ tion aux destinées de laquelle ces groupes entendaient s'associer.

Les populations italiennes de la Toscane et de l'Emilie, avec une discipline digne de remarque, dans des termes mesurés et pleins de convenance, qu'il n était guère permis d'attendre d'hommes affranchis d'hier, ont successivement proclamé la déchéance de Ijsurs princes, et exprimé la volonté de s'unir à la monarchie piémontaise. Des assemblées, élues par un corps d'électeurs nombreux, mais tenus de justifier de certaines conditions légales de cens et de domicile, sortis en un mot des classes les plus éclairées et les plus intéressées à Tordre, ces assemblées ont prononcé à l'unanimité, en 1 859, la double résolution rappelée plus haut. Des doutes ont été élevés sur l'adhésion des classer ioféneures, et il a été jugé nécessaire d'appeler tous les mraibres du corps social à s'expliquer siir la question» On connaît les résultais de cette dernière et solennelle épreuve. Les habitants des campagnes se* rendirent dans les villes et dans les bourgades, conduits par leur pasteur ecclésiastique ; les femmes «Ues-mêmes^ sur lesquelles la pression politique est si peu praticable et nest même jamais! tentée, les

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femmâa aortaient de hmr logis, portuit, brodée sur leurs yêtementSy encdstrée dans leur coiffure, la fer* mule affirmative» qui répandait à la question posée de Tunion à la couronne de Sardaigne. Une voix dissidente sur mille s'est à peine élevée contre la pensée nationale, et les détails qui nous sont parvenus sur Ten*^ tratnement prodigieux qui amenait les paysans comme les citadins à Turne du suffrage universel^ ne permetr tent plus de douter du caractère de sinoérité et de spontanéité de cette votation d'Italiens sur les destin nées de l'Italie; et, alors même que*la main du Pié<^ mont s'y serait fait sentir, on ne peut méconnaître quil y a eu là un mouvement national, très-réel tréspassionné, irrésistible.

Nous assisterons très«-prochainement, sans doute, i un mouvement semblable de la part des populations des DeuX'Siciles, des Marches et de TOmbrie, si, comme l'annonce l'exposé de M. le comte de Cavour au parlement sarde, elles sont convoquées dans leurs comices, pour faire connaître une volonté qui sera obéie, quelle qu'elle soit.

Or, le mode d'expression de ce mouvement par Tuniversalité des citoyens, atteste la connexité qui existe entre le dogme de la souveraineté populaire et le droit des. nationalités. Cette connexité entre les deux principes est telle, que Ton pourrait presque dire qu'il n'en foripent qu'un seul.

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Les affinités des races, le respect dû à leur unités ce sont là des idées toutes modernes, et que ne paraissent avoir connues ni les sociétés antiques ni celles du moyen âge.

Chez ces dernières, le droit de la guerre attribuait au conquérant un pouvoir absolu sur les territoires, les choses et les hommes. A ce pouvoir il n'y avait, en réalité, d'autre limite que celle que lui assignaient les instincts plus ou moins farouches du possesseur, et d'autre <)ontrepoids que Tautorité morale de TÉglise, intervenant, collectivement dans les conciles, isolément par Tor^ne de Févêque dans chaque cité.

Tel est le fait qui domine cette longue et douloureuse période du moyen âge. Nous en avons des exemples frappants dans la conduite des princes de la première race. A la mort du souverain, ses héritiers se partagaient le royaume et ses habitants, comme on partage un domaine et son cheptel. Les fils des Mérovingiens découpaient entre eux la Gaule, par longues bandes, s'étendant de l'extrémité nord à rextrémité sud, traversant, dès lors, toutes les températures, et contenant, pour ainsi dire, un échantillon des populations si diverses, dans leur unité, qui couvrent notre territoire : procédé bizarre, qui semble inspiré par le désir de faire jouir également chacun des copartâgeants, de toutes les richesses de cette proie, échue au^ successeurs de Clovis.

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Des feits analogues se passaient dans la péninsule italique et dans la phis grande partie de l'Europe.

Le moyen âge est rempli de ces aventureuses entreprises de chefs de bandes^ allant conquérir des royaumes dans les pay^ lointains et presque au hasard, parfois sous le prétexte de croisades religieuses contre les Musulmans d'Espagne, de Sicile, d'Afrique ou d'Orient, mais le plus souvent sans prétexte et sans autre rais(m que le désir de s'approprier des terres fertiles et des bras pour les cultiver, c'est-à-dire le moyen d'assouvir la soif de l'or et des voluptés matérielles.

Le plus souvent, et jusque dans les derniers temps de l'ancienne monarchie, les guerres et les alliances se faisaient de souverain à souverain, par des considérations de personnes ou de familles. Un mariage, un riche présent, une intrigue, une passion, l'amour, la haine, la jalousie, allumaient la guerre^ dictaient la paix. Les terres et leurs habitants, à la merci de leurs seigneurs, étaient arbitrairement distribués entre ^ux, et passaient alternativement du joug de l'un sous le joug de l'autre, sans que nul se souciât des sympathies ou des répugnances des peuples.

Mais, dans les pays conquis, l'élément indigène réagit violemment contre l'envahisseur. Les races vaincues, relevant la tête^ protestèrent contre le fait brutal de la conquête, au nom des droits imprescriptibles de l'humanité et de l'alité fraternelle écrite dans le code des

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Chr^iem. Elles combattirent sans relâche les héritiers des conquérants; puis, à force de travail , de lumià^es acquises et de patiente énergie , elles grandirent en richesses y en influence, en pouvoir^ et parvinrent k atteindre, parfois même à dépasser, le niveau de leurs anciens maîtres.

Ces grandes évolutions de la société, depuis les in-vasions des hordes germaniques jusqu'à la fin du xvoir siècle, se résument dans les deux faits suivants :

r Le développement, chez les races barbares venues sur notre sol, de ri(^ d'une supériorité native du conquérant, du pouvoir souverain du seigneur sur sa terre, source de la féodalité;

%"" La réaction des races indigènes contre cette domi* nation des envahisseurs, réaction qui, de siècle en siè- Qle, s'est accrue, et a fini par emporter, en 4789, les derniers débris du régime féodal.

Avant la France, qu'on le remarque, T Angleterre avait, elle aussi, accompli une révolution : en 4648 et 4688, elle avait conquis la liberté politique, ou plutôt elle avait entouré de garanties nouvelles des institutions préexistantes, dont le principe était inscrit dans la grande Charte de 4245, arrachée au roi Jean par les hauts barons coalis^;Mais cette liberté resta sans rayonnement, parce qu'elle ne s'adressait pas à l'humanité, et qu'elle avait exclusivement ail vue la natmon^iatse.

-La France, au contraire, obéissant à son tempéram"

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ment symf^athiqae, à une mission divine d'apostolat humanitaire, formula, au début de sa révolution, le symbole des nouvelles croyances sociales et politiques, et, loin de bonier sa prédication à son propre territoire, die prodama, sous le titre de Melar^ion de» dmta de Vhamme et du citoyen f la charte immortelle des libertés humaines.

Comme elle s'adres^it à l'honmef le cœur et Tesprit humain Tentendirent^ et la révolution se répandit dans le monde.

Nos armées^ après avoir repoussé l'invac^ de l'Europe coalisée, portèrent sur le sol étranger et nos principes et nos lois. Après une lutte gigantesque, Napo^ léon P' fut vaincu, et la France épuisée perdit, une à une, ses conquêtes ; mais, en se retirant, elle laissa chez toutes les nations dont ses soldats avaient foulé le sol, le germe de ses idées; semblable au grand fleuve égyptien, qui, en abandonnant les plaines où ses eaux se sont épanchées, y dépose le limon fécondant d'où surgiront d'abondaates et riches moissons.

Le noble pays dut subir» à son tour, les douleurs de l'invasion^ L'empereur abdiqua et partit spontanément pour l'exiL Dans le traité de Gbaumont^ de 181 i, les C!oal}sés se mamtmrent, à l'égard de la Fraaee, dans les bornes de la justice : car, en reprenant des piossessions qu'elle Mait, depuis peu, ravies aux nations voisines, ils lui laissaient du moins presque tous ]es terri-

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toires occupés par les membres de cette grande famille.

L'empereur, sorti de llle d'Elbe, rentra triomphalement à Paris. On connaît cette merveilleuse et terrible épopée des cent jouurs ; la marche d'abord rapide et victorieuse de nos armées, suivie de la défaite sanglante de Waterloo ; la France envahie et occupée par l'étranger.

Animée d'un esprit de vengeance et de crainte qui lui fit perdre tout sentiment de justice, la Coalition arracha à son adversaire vaincue, outre les conquêtes récentes, des provinces que des liens séculaires y tenaient attachées. Tout le territoire d'entre la Meuse et le Rhin, que tes monuments de nos origines et la géographie physique proclament gaulois et français, fut partagé entre la Hollande, la Prusse et les princes delà Confédération germanique ; nos forteresses furent prises ou démantelées, de manière à laisser la route de Paris ouverte à l'ennemi du nord ; la Savoie, c'est-à-dire les sommets et les versants occidentaux des Alpes, furent remis au roi de Piémont, afin que la route de Lyon et du centre fût ouverte à l'ennemie de l'est V enfin au sud-est, notre frontière fut reculée jusqu'au Var . Actes d^imprudence aveugle, fautes graves des vainqueurs : car, après une telle mutilation, la France ne pouvait plus accepter honorablement le repos; et, si elle devait, suivant une parole devenue célèbre *, subir les traités de

* Bt. Thien.

4815^ les respecter même^ c'était en les détestant.

Mais, il sortit de cette situation, imposée à notre pays, deux faits décisifs dans son histoire moderne :

D'une part, il ne cessa jamais d'associer, dans sa pensée, la restauration de la branche aînée des Bourbons aux désastres et aux humiliations de roccupation étrangère, et nul ne contestera que ce douloureux souvenir n'ait été une des principales sources de l'impopularité de cette dynastie, l'une des causes les plus actives de la révolution de 1 830.

D'autre part, la France, démembrée et démantelée, lut désormais excitée par sa propre condition à soutenir et à répandre, par les voies de la diplomatie et des armes, le principe des nationalités. Elle, qui était, depuis 1 789, le représentant du dogme de la liberté politique et sociale, est devenue, depuis 1845, le champion du droit des peuples à la reeouvrance de leur autonomie.

Puis, à tout prendre, ces synjpathies réciproques, cette communauté d'instincts et* de sentiments , cette solidarité, qui font reconnaître entre eux les enfants d'une même patrie, et qui tendent incessamment à passer de rétat latent dans la vie extérieure, se confondent avec les aspirations vers la liberté, vers cette souveraineté populaire, qui rend lès aggrégations d^hommes maîtresses de leurs propres destinées.

Il ne faut donc pas s'étonner queTéclosion de l'esprit d'affranchissement des nations xiit suivi de près le rayon-

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neoiântdes idée» fondtoientalfs de 1 789« La révolution fimoçaÎBe est, pour ainsi dire, le soleil dont la chaleur fécondante a fait germer et fleurir, comme des fleurs naturelles de notre continent, les nationalités drat les mouvementAélMraûlent le vieil édifice européen.Gela fait comprendre encore mieux pourquoi chacune de nos révolutions politiques a été le signal du réveil, ou, plus exactement, de l'explosion nouvelle de la volœité des nations mutilées ou opprimées, qui réclament leur intégrité ou leur délivrance.

Or^ à répoque où nous sommes, par suite de l'élévatipn progressive des conditions humaines, à raison des communications multipliées et rapides qui se sont établies entre les divers pays, dans Tatmosphère de publicité où vivent les soiiiétés modernes^ les groupes qui les composent sont liés entre eux par une solidarité trop étroite, pour que les uns restent longtemps en arrière des autres, et subissent, sans murmurer, un sort plus dur que celui de leurs voisins.

Aussi, voyons-nous les nations victimes d'un morcellement ou d'une domination étrangère, s'agiter au soufiQe des idées françaises, chercher à conquérir leur indépendance, et à réunir leurs membres dispersés. Par toutes les issues, sous toutes les formes, éclatent leurs protestations contre le joug qui pèse sur elles, les vives tendances vers la patrie d'origine, le retour du rayon au foyer. Et, lorsqu'il se produit un de ces grands mou-

vements d'émancipation , une de ces crises violentes, dont les résultats ont besoin d'être régularisés, c*est par la voie du suffrage universel, cette institution gouvernementale de la démocratie française, que les peuples sont appelés à exprimer leur volonté.

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