‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 53 sur 82 · Dêfihiti&n des lois agraires · texte numérisé non relu

Dêfihiti&n des lois agraires

Lear objel, leur but.— Erreur commune à ce sujet. — Lois agraires de Mines, dé Lygûrgue et fle Platôii. — Jubilé agraire des Hébreux. — PyCliagoriciens, Éâséniens, Ttiérapeutes.-^Pliatandtérlens d'Athènes. -^CoDâmunismé égalitaire. *^ Les lois agi^ires des Romains l'ont toujours rejeté. — Railleries de^ jpbetes.-^ DroK de proj^iété individuelle chez les Roitaains ;86h caract^^re ; séh éCMdoi.-^ Nombre' détf îMpéêé -^ Est-Il vràt qu'il n'y etf! à Rome qttef deuic nHIe ei^jrento qui réik habe^eni ? -^ Étoit-oe pour abolir la propriété que lii«-' taieai les prolétaires?— Pensée patriotique d'où sont iorties les lois agraires.

C'est se méprendre étrangement Sur te sens et là portée de Ce mot : lois agraires, que de croire, comme on le fait communément de nos jours, que ces lois avaient pour ùh^ét, chez les anciens^ l'annihilation de

la propriété individuelle, et la mise en commun, ou le partage général, par égales portions, des terres de tout un pays, entre tous les habitants de ce pays.

Il est vrai que ce fut ainsi que s'entendirent et se pratiquèrent, à Sparte, les lois agraires de Lycurgue * ; mais ce fut là une exception unique dans toute l'anti* quité ^, exception d'ailleurs inexécutée à la longue ',

* Pour mettre un terme aux dissensions nées de Tenvie des pauvres et de l'orgueil des riches, Lycurgue résolut d'effacer toute inégalité de fortune. Il employa les moyens suivants : partage égal des terres, abolition des monnaies d'or et d'argent, repas en commun, prêt mutuel et usage réciproque des esclaves, des chevaux, des objets mobiliers, etc. (Voy. Plut., Lyc, X, XI, XIII). Le système économique de Lycurgue fut donc une combinaison de la loi agraire avec le communisme. Au fond, le maintien de la propriété individuelle pour les terres ne dérogea point au principe de la communauté, puisque, dans l'esprit du législateur, les portions des citoyens devaient demeurer toujours égales et que la majeure partie des produits agricoles était mise en commun pour les repas publics. Mais comment les parts de terres purent-elles toujours demeurer égales ? (Voy. ci-après, note 1, de la page suiv.)

* n y eut une autre exception : l'Ile de Crète et les lois de Minos. De même que les Spartiates, les Cretois avaient des repas publics. Cette institution présentait même chez eux un caractère de communisme plus prononcé. A Sparle, chacun était tenu de fournir une quantité déterminée de subsistances. En Crète, les périœces, serfs condamnés k la culture des terres comme les ilotes de Lacédémone, payaient directement au trésor public leurs redevances en grains, bestiaux et argeaU Une partie de ces redevances était consacrée aux charges communes, l'autre était employée aux dépenses des repas publics; hommes, femmes et enfants étaient nourris dans l'oisiveté aux frais de l'Etat. Bu reste, les institutions communistes de la Crète déchurent rapidement. Gomme à Lacédémone, la forme seule persista alors que le fond n'existait plus.

* On dit que le régime égalitaire de Lycurgue a duré des siècles... Ceci nous porte à répéter avec Blanqiii : c Malgré tout notre respect pour l'antiquité, nous craignons bien que toutes ces histoires d'emprunt surla républlquede Lacédémone ne soient quedes romans, voire même de véritables mystiGcations. »(Hist. de l'économ. polit., l^e\u 3.) Quoi qu'il en soit> Sparte, fondée sur la pauvreté et Tégalité, finit par

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même dans cette petite cité aristocratique de la Laco- Dfe S qu'une aveugle admiration pour les institutions mal connues des anciens a pompeusement transformée, dans nos écoles, en république exemplaire pour les législateurs de notre temps ^.

devenir la cité la plus riche et la plus oligarchique de la Grèce. C'est dire que, devenue le siège d'une épouvantable corruption, elle tomba, comme ses rivales, sous le joug romain, par infidélité k son prin* dpe.

' Lycurgue divisa le territoire de Spart^ en neuf mille portions de terres pour autant de citoyens, et le. reste de la Laconie en trente mille portions. Chaque part pouvait produire par an soixante-dix medimnes d'orge pour un homme et douze pour une femme, avec du vin et de l'huile à proportion. Celte quantité était suffisante pour pourvoir k tous les besoins. ^Plut., iyc., X.) On sera peut-être étonné de la grande disproportion que Lycurgue avait mise entre la portion de l'homme et celle de la femme ; mais il faut se souvenir que l'homme est ici le chef de la famille qui doit nourrir toute la maison. Il faut se souvenir, en outre, que le medimne contenait plus de quatre boisseaux de pain du poids de' vingt-deux livres. (Ricard, Notes sur Plut,)

Ainsi, pour maintenir l'égalité des fortunes, Lycurgue régla le nombre des hérédités sur celui des citoyens, mais il accorda forcénient des exemptions k ceux qui avaient trois enfants, et de plus grandes à ceux qui en avaient quatre. Ce qui fit qu'il détruisit lui-même la proportion qu'il avait voulu établir, et rétablit, par cela seul, la distinction des riches et des pauvres qu'il s'était proposé de détruire. (Voy. le Foyage du Jeune Anacharsis, V, p. 46.)

* Je ne sais ce qu'il peut y avoir k imiter dans une république où la famille était instituée sur une base telle que celle-ci : « Lycurgue taxait de sottise et dé vanité les règlements des autres législateurs sur le mariage, ils cherchent, disait-il, pour leurs chiennes et pour leurs juments, les meilleurs chiens et les meilleurs étalons, et leurs femmes, ils les renferment dans leurs maisons, et ils les gardent avec soin, afin qu'elles n'aient d'enfants que de leurs maris, fussent-ils imbéciles ou infirmes ou décrépits^ ce qui est absurde. A Lacédémone, il était permis k un vieillard, mari d'une jeune femme, d'introduire auprès d'elle un jeune homme honnête (un géniteur!) et de reconnaître, comme s'il était de lui, l'enfant qui naissait de ce sang généreux. De même, un homme bien né, qui voyait k un autre une femme belle, sage^ et mère de beaux enfants^^ pouvait la demander k sonm^riy.pQUir «tvpir 4!eU»

SM SOLUTION DÛ MtOftitMÉ bfe LÀ MISÈRE.

11 est vrai encore que Platon établit sur la base dil communisnoie la loi agraire de sa république-modèle ^ i mais, bien que l'empereur Gallien ait eu la peni^ dO charger le philosophe Plotinus (Fan 260 de J^-C.) dé Texpérimenter dans Tune des cités romaines % là repu-

deâ enfalits bien conformés, nés qu*il6 seraient dans 6ei et^dléftl fonds. 1 (Plut., Lye.^ XXIV<) Led enfants, d'ailleufs, n'apfyafténaiéilt ni au père, ni à la mère, mais k TËlat. Aussi était-ce TËtat qui le^ élcTMt^ L'éducation qu'il dOïin&it aut filles les rendait propres de bonne heure à deyènif les digne» femelles des tnàles (jfu'il leur désti^ naît. Bien entendu qu'il tutkh patriotiquement les produits d« ce bufài humain qui n'étaient pas de bonne ténue, [tbià.y XXI, XXVI.) Lobt)!» Piutarque lyoute qu'avec ces mœurs %èbhttB otf lié savait pas ce ^ c'était que l'adultère à Sparte. (/&t<l., XXIY.) Je \b crolâ bien !

' La république de Platon consiste en Une àrisicfci^lie dé guef'rféM et de philosophes, Servie par une multitc^de d'esclftVés,' et (iotninaât làr ciasse des hommes libres té^s aux oecùpalions utiles. C'eèt tefs \ê perfectionnement phjrsiqué et moral de cette piotf^néé dé dotbihat^n^ que Platon fait tout oonterger. Pour étiler que l'ambition et l'amOùf dés richesse ne les portent k opprimer l'Ëlat , ils n'auront rien en propre el seront nourris en commun, aux dépens de la république, dans une austère frugalité. Mais quelle sera l'Organisalion de la cofii'^ mnnauté P Et quelles règles suitra-t-on pour la répartition et Tadmi- Bistration des terres et des valeurs mobilières? Ces questions écenomiqueft, le philosof^e ne les a point traitée^ ; ce qui ne l'empêche pa» d'être le premier fauteur du communisme» Partout et toujours, en effet, il déclare la propri^ incompatible avec là perfection idéale k laquelle il prétend élever sa cité modèle, et la présente comme la source de tous les maux qui affligent les États. Du reste, dans ses conceptions cùrn^ v^^x'Mlù,%aift», Platon ne cherche poiht à embratôer xxttt réunion d'îm* menses territoires et de villes nombreuses. Loin de chercher k éténdftf le cercle de Tassoeiation enire les hommeà, le philosophe le restreint autant que possible. Il isole sa cité des befrds de la mer, ferme ses porteiT aux éli^angers, et l'isole du reste de Phumanité. €'e^ dans celte espèce de prison que doit se développer le type de la perfection sociale. CeUé considération seule suffirait pour le faire rejeter. (Â. Sudre, EiiX, dû Communisme i ch. IH.)

* Voy. l'article Phtin dans lé Dictf<mnaire de Bayle, et YHùt. dé la AuUdéfmnpir&r^m.ipvrU. deSismoAdt, I, {i^. il«

blique-modèle de Platon ne fut jamais qu*une abomi^ nable et déraisonnable utopie ' ; et si quelques socialistes

' Abominable, Lisez plutôt : a Je propose (Jue les f^[Qihe$ soient communes, toutes à tous; (ju'aucune d'elles n'habite en particulier avec aucun d'eux ; que les enfants soient communs, et que ceux-ci ne connaissent pas plus leurs parents que les parents leurs enfants, v» {De la Rép,f liv. V.) Pour assurer ce résultat^ Platon propose des moye*fls qui le placent à la hauteur de Lyrurgue. Le mariage est remplacé par des unions annuelles qui permettront d'obtenir, à l'aidé du croisement des race^, des produits de qualité supérieure. Déposés, dèft leut naissance, dans un asile commun, les enfants seront allaités paf les mères transformées en nourrices publiques. L'éducation des filles sera semtdable à celle des garçons. Les deux sexes se livreront aux exercices du gymnase dans une chaste nudité, ce qui engendrera mutodietnént chez eux « la nécessité géométrique de l'attraction » {DelaRép., V, et Plut., Lyc, XXII)) mots par lesqu^s il faut entendre * cette forée de démonstration qui, partant de principes certains, mené à des condosions évidentes, b (Ricard, sur le Lyc. de Plut.^ note 4^.) Du feste, l€s enfants mal constitués, incorrigibles, ou nés hofs ded tonditionis de l'accouplement légal, seront, comme h Sparte, condamnés à tnort; et, après leur quarantième année, les femmes enceintes seront tenues de se faire avorter... Yoilk quelles abominations le disciple de Socrale ne craint pas de préconiser.

Déraisonnable, a Dans les rêves délirantd d'une imagination etaltéé, Platon méconnaît les lois fondamentales de l'humanité, en la ravalant au-dessous de la brute, quand il croit l'élever an niveau deâ dieux. Pour assurer k une petite aristocratie de guerriers et de philosophes de nobles loisirs, il condamne à la nullité poiitiqiHS et au mépris tous les citoyens livrés aux travaux utiles, et consacre l'odieuse institution de l'esdatage. Cette aristocratie, il la perpétue par la promiscuité, et l'épure par l'infanticide. Amour conjugal, tendresse maternelle, pudeur, division mutuelle des fonctions entre les deux sexes, tout est f^nlé aux piedS) tout est sacrifié à des combinaisons dont l'absurdité n*e&t égdée que par l'infamie. t> (Sudre, ub, sup,)

Utopie! Invité à donner des constitutions & plusieurs villes de la €rèce et de la Sicile, Platon vit ses plans de communauté iinanimé^ ffient repoussés. Âtistote en réfuta vigoureusement la doctrine et là posibilité d'application (voy. Politique, liv. 11), et son jugement fut ratifié par l'antiquité tout entière. Platon lui-même renonça h son système comme à une chimère, et son livre Des LHê (liv. Y) en est la eondaffiiuuion.

phalanstërienSi — le root n'existait pas encoi*e, mais la chose \ — prêchèrent, à Athènes, en pleine prospérité publique ^^ la communauté des femmes et la communauté des biens % proclamant que la propriéU était tin

' Dans sa comédie de V Assemblée des Femmes^ Aristophane fait dire au principal personnage : « Je veux faire de la ville une seule et même habitation, où tout se tiendra, de sorte que Ton passera librement de l'un chez l'autre. Les tribunaux et les portiques deviendront autant de salles à manger. Je placerai sur la tribune aux harangues les cratères et les amphores. De beaux garçons, de belles jeunes fliles chanteront la gloire des braves et l'opprobre des lâches pour que ceux-ci s'éloignent du festin. Je mettrai sur la place publique les urnes du vote universel, et je tirerai au sort tous les noms jusqu'à ce que chacun sache à quelle lettre le sort Tenvoie diner ce jour-lk. Chacun aura de tout en abondance. Convives, hàtez-vous. Les tables sont prêtes et chargées de mets exquis. Les lits sont couverts de tapis ; les parfumeuses remplissent les coupes et les rangent en ordre. On fait griller le poisson, on met les lièvres k la broche, on pétrit les gâteaux, on apprête les friandises. Au milieu des jeunes filles, Smœus , le débauché, essuie la vaisselle, et Gérés, l'amant des vieilles femmes, en tunique fine et bien chaussé, pose les mets sur la table. Allons, convives ! jouez des mâchoires. Vous vous retirerez ivres avec vos torches et vos couronnes. Les femmes iront au devant de vous au sortir de table, riant, chantant , et vous disant : Venez ! » — N'est-ce pas là le phalanstère, avec ses gnydiens, ses gnydiennes, etc ?

' Ce fut sous Tarchontat d'Antipater, à l'époque florissante de l'alliance de l'Attique, de la Gorinlhie, de l'Argolide et de la Béotie, contre les LacédémonienSy que quelques utopistes, à bout d'argent et de raison, prêchèrent, pour la première fois, leurs doctrines ieariennes et communautaires.

* Dans V Assemblée des Femmes^ Aristophane établit le dialogue suivant : « Praxagora: Je déclare d'abord que tous les biens doivent être en commun , et que chacun doit avoir sa part pour vivre. Il ne faut pas que l'un possède dévastes domaines et que l'autre n'ait pas de quoi se faire enterrer ; je veux pour tous la même vie, la même nourriture... — Blepyrus, Tous mangeront dans le même pot? — Praxagora, Tous auront droit à tout. Tout appartiendra à tous : terres, argent, pain, salaisons , gâteaux , tuniques , vin , couronnes, pois chi« ches, elc. Quiconque n'apportera pas ses biens à la masse sera parjure. Par Vénus ! heureuse la république avec ce système-là ! Plus de ftux

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vol * et la famille une institution vermoulue \ le boa sens du peuple suffit pour faire justice de ces doctrines ëgalitaires % que la satire , d'ailleurs, pour- . chassa de son fouet le plus cinglant \

Il est vrai encore que les Hébreux avaient assis le principe de la propriété patrimoniale sur un système de lois agraires qui, en prohibant les ventes à perpétuité et en ordonnant le retour périodique des biens aliénés aux anciens propriétaires ^ , avaient

témoignages! plus de délations ! On ne portera plus envie h son voisin ! Plus de misère ! plus de querelles ! plus de débiteurs et plus de créanciers! — Blepyrus, Par Neptune! Voilà de belles promesses, ou de beaux mensonges!... Mais, dis-moi, Praxagora:si quelqu'un voit passer une belle jeune femme qui lui plaise, pourra-t-il ?... — Praxagora. Certainement, puisque toutes les femmes seront communes. »

* « Blepyrus. Les propriétaires sont des voleurs. — Praxagora. Oui, dans le système actuel; mais, dans le système communautaire, comme il n'y aura plus de propriétaires, il n'y aura plus de voleurs.-— Blepyrus. Gomment cela? — Praxagora. Que volerait-on ? Tout sera commun. — Blepyrus. Pourtant, si Fou venait à me dépouiller, la nuit?... — Praxagora.'DeLns ce cas, vous n'auriez qu'un parti éprendre ; ce serait de céder vos habits de bonne grâce ; on vous en donnerail de meilleurs sur le fonds commun. » {kvïsto]^h&ne, Y Assemblée deê Femmes.)

* Aristophane, u&. sup.

* Voy. les notes précédentes.

^ Voy. les noies de la page précédente.

* Voici le texte de la loi de Moïse où ce système agraire est développé. « Vous sanctifierez la cinquantième année et vous publierez la liberté générale à tous les habitants de votre pays, parce que c'est l'année du jubilé. — Tout homme rentrera dans le bien qu'il possédait auparavant et chacun retournera k sa première famille et à sa première condition. En l'année du jubilé, tous rentreront dans les biens qu'ils avaient possédés... — La terre donc ne se vendra point k perpétuité parce qu'elle est à moi et que vous êtes comme des étrangers et des fermiers à qui je la loue. C'est pourquoi tout le fonds que vous posséderez se vendra toujours sous condition de rachat. — Si donc votre frère étant devenu pauvre vend le petit héritage qu'il possédait^ son

3Qi SOLUTION DU PBOVLÈVE 08 LA MISÈRE.

consacré la perpétuité d'un premier partage opéré dans les familles primitives ^ ; mais ce système, qui fut propre au peuple juif, n'avait rien de commun avec la promiscuité égalitaire des républiques de Sparte et de Platon V

11 e9t vm enfin que eette promiscuité de personnes et de choses fut pratiquée, dans l'antiquité, parlespy*^ tbttgoricieoa de l'Italie' , par les Esséniens de la Ju-

plus proche parent pouira, s'il le veut, racheter ce qu'il a vendu. Que s'il n'a point de procrbe parent e^ qu'il puisse trouver lui-mâme le prix n4ç?9$aire pour racheter son bien, on comptera la valeur des fruits per<:ii» depuis la vente, afin que, rendant le surplus à l'acheteur, ii rQQlre dana son bien* S'il ne peut p6tnitrouver de quoi rendre le prix d^ son bi?a» celui qui Taura acheté en demeurera en possession jusqu'à l'année du jubilé, car, cette année-là, tout bien vendu retournera à 90it premier maître. -»- Celui qui aura vendu une maison, dans l'enceinte des murs d'une ville, aura le pouvoir de la racheter pendant un an. S'il laisse passer ce terme, celui qui l'a achetée la possédera, lui et ses enfants, pour toujours, sans qu'elle puisse êlre rachetée, même au jnbilé. "«^ Si cette maison est dans un village qui n'a point de murailles, elle sera vendue k la manière des terres; et si elle n'a point été ra* chetée auparavant, elle retournera au propriétaire en Tannée du ju* bile. «(livtt., XXV,10.)

^ Le texte relalif au partage des terres qui se fit sous Josué porte: a Vous partagerez la terre entre vous, au sort. Vous en donnerez une plus grande part aux familles qui seront plus nombreuses, une moindre à celles qui léseront moins. Chacun aura ce qui lui sera écbu parle sort. Le partage se fera par tribus et par familles. » (Nomb. , XXXIU, 53.)

* Le s3Fslème agraire des instilulions de la Judée n'avait pour but que d'assurer la permanence des biens dans les familles. Les familles étaient seules propriétaires ; les individus n'étaient qu'usufruitiers.

* La secte fondée par Pytbagore était une association particulière de philosophes adonnés à la contemplation des plus hautes vérités morales et à l'élude des sciences. Ils vivaient en commun dans un vaste édi* ûce, semblable k nos anciens coiivents. Les biens des admis étaient réunis aux propriétés de l'association et aJminisIrés par un ou plusieurs économes. Leur règle pourrait les faire appeler les jésuites de rftItUquité.

hW%^ AGUARfiB. SOS

àée * et par les Thérapeutes de TÉgypte ', à Tinstar des sages de Tinde ' ; mais ce n'étaient là que des philosophes ascétiques dont la vie retirée du monde ne pouvait qu'être étrangère au monde, lequel /dès lors» ne put qu'en rejeter pour son usage les règlements et les lois.

D'où celte conclusion, tiréç des preuves de Thistoire, que si le principe de Tég^lité absolue a pu être admis comme point de doctrine % dans la réforme des lois d*un payais fl n a pu y être pratiqué, en fait, sans que le sentiment de la propriété individuelle, qui, de tous les mobUea de Tactivité de Thomme, est le plus naturel comme le plus énergique, se réveillât tôt ou tard avec d'autant plus de violence qu'il avait été plus violemment étouffé.

Pour ce qui est de Rome spécialement, si le principe et le fait des lois agraires y furent plus particulièrement invoqués, le mot, pas plus que la chose, n'y

* Des coutumes analogues à celles des disciples de Pythft^ore se re-» trouvent chez la secte juive des Esséniens.

^ Les Thérapeutes, secle juive de TÉgypte, menaient une vie analogue à celle des Essénien3 ; mais leurs habitations étaient éloignées les unes des autres. Ils ne se réunissaient que pour leurs prières. Ils furent les devanciers des anachorètes chrétiens, de même que les Esséniens furent ceux des cénobites.

« Yoy. Sudrç, u6. sup,, ch. ï, VI.

^ « En posaat nettement la doctHne de la communauté, Platon n'aT T^il fait que pousser ^ ses dernières conséquences et réduire à l'absurde le socialisme égalitaire dont toute la Grèce était infatuée. Mais ni Platon ni ses adversaires ne soupçonnèrent que telle fût la véritable portée du livre de la République. Le principe de Tégalilé absolue était trop enraciné pour succomber à celte épreuve. Nul ne voulut y renoncer. £0 acceptant ses dernières conséquences, Platon sacrifia la raison à la logique ; ses adversaires, en les repoussant, furent illogiques pour rester raisonnables. Tels sont les hommes... » (Sudre, ch. III.)

fut jamais le synonyme de spoliation des propriétés foncières, et du partage égalitaire de tous les héritages.

C'est ce que nous avons entrepris de démontrer.

Dé toutes les sociétés anciennes et modernes, il n'en est aucune chez laquelle le droit de propriété ait été aussi fortement constitué , ait revêtu un caractère aussi énergique et aussi national que chez le peuple romain. Non-seulement ce droit s'appliquait aux objets matériels et aux esclaves, mais il s'étendait encore jusque sur les hommes libres, et pénétrait dans les relations de la famille. L'épouse, l'enfant étaient la propriété du chef ' . Quant à la propriété territoriale, le mythe de Tagès lui avait conféré un caractère divin, et Thomme attaché à la terre s'identifiait avec elle et y adhérait comme le soc. « La cité, la société étrusque sortent du sillon. Chez les Romains, disciples des Étrusques, lés noms de locuples ou opulentes (locus^ ops), de frugiy de fundus, distinguent le propriétaire des inopes, qui végètent à la surface, et n'y enfoncent point de racines^. »

Le nombre des inopes était considérable à Rome. S'il faut en croire le tribun Philippus, il n'y avait pas dans Rome deux mille citoyens qui eussent un patrimoine, qui rem haberenl * ; mais Cicéron traite celte assertion d'incendiaire, et prétend qu'elle n'avait pour but, dans l'intention de son auteur, que de pousser à l'égalité des biens, c est-à-dire au plus grand fléau du monde *.

* Voy. ci-dessus, p. 141.

« Mictielet, Hist. rom., I, p. 78 et 80, voy. ci-dessus, p. 28 et4S. » Cic, De Offlciis.

♦ Ibid.

LEGES AGRÀRIi£. 305

Quoi qu'il en soit, les esclaves affranchis, les étrangers dépossédés de leurs terres, les gens de métier, les colons ruinés, les débiteurs insolvables, les citoyens dégradés par les censeurs, tous les misérables, tous les prolétaires enfin, formaient à Rome la classe progressivement croissante des inopes \

C'était là un grand danger pour la république ro* maine. Pour le diminuer, il n'était qu'un moyen : c'était de diminuer le nombre des prolétaires, en augmentant celui des propriétaires fonciers; c'était de convertir en citoyens utiles, pour le forum et les légions, ces capite censi qui en étaient exclus, en les enra* ciuant dans le sol et en les appelant à le défendre.

Telle fut la pensée patriotique d'où, à part quelques écarts d'ambition, sont sorties presque toutes les lois agraires.

Les idées de communauté ne pouvaient germer, au' sein des masses, dans une société ainsi organisée; aussi le droit de propriété ne fut-il jamais attaqué en lui-môme dans les agitations du forum. Les prolétaires de Rome luttaient , non pour abolir ce droit, mais pour y participer ; car, avoir de la terre, c'était devenir véritablement citoyen; c'était avoir la vraie richesse, la seule honorable, la seule durable, la seule, d'ailleurs, que Rome, sans industrie et sans commerce, connût et respectât. C'est pourquoi les prolétaires protestèrent avec tant de persévérance contre l'usurpation des terres domaniales par les nobles et les chevaliers, et réclamèrent avec tant d'énergie leur part de ces dépouilles, conquises sur Tennemi au prix du sang plébéien.

* Voy. ci-dessus, p. 44, 46, 77 ©tsuiv.

Tel fut lobjet spécial des lois agraires, sous la république.

Daus le langage législatif des Romains, une loi agraire était toute espèce de loi qui était relative aux terres , n'importe dans quel but. Une loi sur le bornage était une loi agraire aussi bien qu'une loi sur le partage des propriétés. C'est dans ce sens que Louis Blanc a pu dire que la loi agraire existe dans notre Gode civil, en ee que ce Code, en divisant la propriété à l'infini, en donne une part à tout le monde ^

Mais, dans le langage politique, une loi agraire était spécialement celle qui avait pour objet de faire participer les citoyens pauvres à la propriété ou à la pos« session des terres conquises et de faire réintégrer, dans ce but, la république dans celles de ces terres qui avaient été usurpées par les patriciens.

C'est sous ce dernier point de vue que nous allons étudier les lois agraires des Romains.

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