‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 57 sur 82 · Des frères Gracchus à Ruîhis · texte numérisé non relu

Des frères Gracchus à Ruîhis

L« trUran Thorius ftUt abroger légalement la loi des Grscqaes.— Dès lors, Yvam^ patiod se li%itime. -^ Mai» Marius el Sylla aépouU|eat è leur tour les spoliateurs. — Proscriptions. — Récompenses agraires. — Colonies de vétérasi. — L'Italie en est peaplée. — Béplorables résultats.

Quoique mwte avec ses auteurs, la loi des Gracques, non légalement abrogée, n'en restait pas moimi une arme redoutable sous la main de quiconque se serait senti assez d'audace pour en demander l'exécution. Un tribun obscur, Sp. Thorius, excité sans doute par le sénat, proposa donc et obtint son al»*ogation complète; il eut même l'adresse de persuader à la multitude qu'il réalisait les intentions de son auteur. Thorilis permit

< ^oursuiTi, et rraîgaant de tomber aux matfis de ses ennemis, il se fil tuer i>ar un esclave, qui se poignarda sur le corps de son maître. Voy. sa vie dans Plutarque, et détails sur les événements qui précédèrent, accompagnèrent et suivirent sa mort, dans Mérimée, Duruy et Michel et, u&. sup.

* £Kpre$sioQ& empruntées^ k y, 4e Lani^rtine; voy. Conseiller du

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la possession d'un nombre illimité de jugëres sur le domaiuQ public ; mais^ en même temps, il décréta que la redevance à laquelle ces biens étaient soumis, au lieu d'entrer dans le trésor de la république, serait répartie entre tous les pauvres plébéiens qui, d'après la loi Licinia^ auraient dû prendre part au partage des terres. C'était instituer une taxe des pauvres. On conçoit facilement que cette loi fût bien accueillie par une populace affamée et paresseuse, qui croyait obtenir plus que Gaîtts Graccbus ne lui avait promis. En effet, Tborius leur donnait le revenu sans le travail; mais Vépiiiisea^nt du trésor ayant obligé d'appliquer les re^ venus du domaine aux besoins de la guerre, leur illu*» sion fut de courte durée ^

Dès ce moment, l'usurpation réelle, assise sur la possession et la prescription, se légitima partout d'elle* même sous le nom de droiis acquis, et son inviolabilité devint, comme celle de la propriété elle-même, ui) axiome de droit public : Patrona generis humani pr^-^ tripiio ï Dès ce moment, les prolétaires perdirent leur dernière espérance de s'élever à la propriété, ou plutôt les réformateurs populaires perdirent celle de les y rattacher jamais.

Le principe de la propriété sortit sain et sauf, comm^ 0» le voit, du mUieu des dissensions qui signalèrent la fin de la république; maii^, si l'on ci^ssa moment tMuémwl de faire la guerre à la propriété , ce ne fut que pour la déclarer plus acharnée aux propriétaires^ L'histoire de cette période n'est, en effet, qu'une longue suite de spoliations. On dépouilla les nobles au profit des chevaliers, les chevaliers au profit des no-

^ Mérimée, Etudes sur Vhist. rom,, l, p. SB.

liles, les Italiens en faveur des vétérans, les provinces au profit de chaque parti victorieux. Tellement qu'au commencement de Fempire il n'y avait guère de propriété, en Italie, dont Forigine ne fût entachée de violence, ou souillée du sang versé dans les proscriptions de Marins, de Sylla ou des triumvirs ^

Les alliés qui, dans les guerres des Gimbres et des esclaves, composaient les deux tiers des armées romaines, et qui, depuis, s'étaient établis, pour la plupart, dans les environs de Rome et introduits dans les tribus rustiques, malgré les décrets du sénat, attendaient de Marins les récompenses agraires promises. Ces récompenses leur étaient d'autant plus légitimement dues que la plupart d'entre eux avaient été dépouillés autrefois de leurs terres par les colonies romaines, ou, récemment, par l'avidité des chevaliers. Les terres que les Cimbres avaient occupées un instant dans le nord de l'Italie furent celles que Marins proposa de leur distribuer. Mais que de clameurs ne souleva pas ce projet parmi les propriétaires qu'il allait dépouiller de leurs biens ! Qu'importaient les clameurs à Marins? Pour les faire cesser, il fit égorger en plein jour, dans le forum, tous ceux qui osaient se plaindre et trouver mauvais qu'on les spoliât. Tout sénateur qui né jurait pas la loi agraire accordée aux soldats de Marins était puni de mort^.

A son tour, Sylla, devenu dictateur, osa faire, qua-^ rantc ans après la mort du dernier des Gracques, ce que les Gracques n'eussent jamais osé tenter. Sous le

^ Sudre, BisL du Communisme^ ch. IV.

* App., De bell, eiv., p. 625 et 627. ^ El Michelet, ub. sup., p. 206 — Plut.,ifarit«,ÎXX.

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nom de eolonieSy il peupla l'Italie de ses vétérans. Pour cela, il fallut s'approprier toutes les terres où ces colonies furent placées. C'est ce qu'il fit, en chassant tous les propriétaires, patriciens Qt autres, de la Lucanie, du Samniunr), deTËtrurie, et en les remplaçant par des soldats. Cent vingt mille légionnaires se partagèrent ainsi les terres les plus fertiles de la Péninsule.

Mais les tristes résultats qu'eut cette nouvelle loi agraire montrèrent combien était chimérique l'espoir mis dans cette réforme. Il y a des remèdes qui, administrés trop tard, tuent au lieu de guérir. Sylla croyait avoir fait de ses vétérans des laboureurs paisibles, et de ses sicaires enrichis d'honnêtes citoyens. Mais , établis dans le pays par cohortes et par légions, ces hommes, livrés depuis longtemps à l'indiscipline, pouyaient, en raison de leur nombre et de leur organisation militaire, se livrer impunément à tous les excès contre les populations au milieu desquelles ils vivaient en vainqueurs. D'un autre côté, ces soldats paresseux firent travailler pour leur compte, puis vendirent leurs terres et ne gardèrent que leur épée qu'ils vendirent plus tard aux factions ^ .

C'est dans les colonies de Sylla que Catilina recruta surtout ses bandes révolutionnaires^.

Les lois agraires, — lois de progrès et d'encouragement au travail, eussent sauvé la république; — lois de réaction et d'app&t aux séditions populaires, elles la perdirent.

^ Voy . Duruy, HisU des Romains^ U, p. 288 et 360 ; et Mérimée, Essai sur la guerre sociale^ § 12.

* Toy. le savant roman de Félix Deriége, Les mystères de Rome.

UO SOLUTION D9 PROBlâHfi DB LA MISÈRE.

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