‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 58 sur 82 · Rullus; Pompée: Cé$Qr · texte numérisé non relu

Rullus; Pompée: Cé$Qr

Mal Dnivenel de la république. — Royautés du désordre. — La propriété est ei| péril. — Loi agraire dé Rultus. — Vente des biens Dalionaiix. — Emploi dn produit dei irepli». -^ papoue distribuée à cinq niUle citoyens. —« GiçéMUi attaque la loi et la fait échouer. -«- Pooipée la reprend inutilement. — César, plus heureux, la fait adopter par le peuple, en la modiflant.— Son exécution Jurée, soiif pei9^ 4? mort, in^me par lea sénateuri q^i i'avalept reje|^^ r^ Tootefoi» iQésar n'osa toucher aui^ usurpations de raristpcralie. -^Seb^roe à un essai de colonies agricoles et d'ateliers nationaux. — Trois cent Tingt mille prolétaires 1 -r** CMninent oo^Jnver oo danger P -«> Vasts pn^et de César. ^^ Cépar est assassiné.

A Tépoque ou pous sommes parvenys, toute IVristocratie^ sénateurs^ chevaliersi publicaioS; usuriers, se croyaieiit menaces d'uu massacre. La république elle*même se sentait en danger de mourift

Ce n'était pas la liberté , morte depuis longtemps > c'était la propriété qui se trouvait en p^ril. Le maU ^n effet p dont se naourait cette vieille société , c'étaient Tinjustice et l'illégalité dont se trouvait entachée alor^ l'origine de toute propriété en Italie. Les anciennes races italiennes du Midi^ depuis longtemps expropriéesi soit par la populace de Rome envoyée en colouies, soit par les usuriers, chevaliers et publicains, avaient été presque anéanties par Sylla. L'usure avait expropriai à leur tour, et les anciens colons romains et les soldats de Sylla établis par lui dans TEtrurie. Les séuateur3 et l^s chevaliers changeaient les terres eu pâturage? et substituaient aux laboureurs libres des bergers esc}^v.QS, L'Etrurie, préservée longtemps, subissait, à son tour, cette cruelle transformation. Par toute Tltalie flottait une masse formidable d'anciens propriétaires dépossé*dés à des époques difféi*6ates : tous égaux dans une même misère, tous redemandant une part dans ces

I^CfiBS AGIlÀRtlC. 381

vastes domaines qui leur avaient jadis appartenu. Mais 063 terres^ d'où le grand propriétaire avait arraohé toutes les limites, pierres brutes, termes et tombeaux, ces champs dont il avait, souvent à dessein, brouillé et confondu la face, quel agrimensor assez clairvoyant, quel juge assez intègre eût pu les reconnaître, les me^ fiurer, les partager ' ?

En même temps : n 11 n'était aucun malheur, aucune adversité que les bons citoyens ne redoutassent, et que les mauvais n'espérassent. La foi dans la justice était perdue, non par le coup imprévu de quelque calamité nouvelle, mais par le soupçon , par la méfiance eontre l'action paralysée des juges, et par Finfîrmation dey choses jugées. Alprs, surgissaient des dominations inao^ eoutumées, et l'on ne voyait plus seulement les fcnào^ tiens insolites, mais les royauiis du désordre (régna) convoitées par l'ambition*. »

Alors parut le tribun Rullus qui s'offrait de guérir, par une seule loi, le mal universel de la république (an 66 avant J .-G.). Rullus proposait que, sur les trente^ cinq tribus, on en tirât dix-sept au sort, lesquelles, à la majorité de neuf d'entre elles, nommeraient de^ décçmvirs pour vendre les biens nationaux, c'est-ànlire les fonds incorporés au domaine public, ainsi que les forêts de l'Italie, ventes dont le produit devait servir jt l'acquisition de terres labourables que l'on partagerait entre les citoyens pauvres. De plus, les commissaires dievaient distribuer à cinq mille citoyens roiï^ains le territoire et la ville de Capoue qui formaient un des plus beaux et des plus sûrs revenus de l'État. De plus^

* Michelel, Hisl, ram., ïl, p. 274,

* Gic, De lege agraria, l\, eontrà Rullum.

832 SOLUTION DU PROBLàMB BB LjL MISÈRE.

le tribun se chargeait de diriger lui-mérne ropération. Mais, effrayés d'une proposition qui eût compromis^ à la fois, et leurs usurpations de propriétaires et leurs intérêts de fermiers des impôts publics^ les chevaliers la firent attaquer par Cicéron, leur avocat ordinaire, dans quatre discours, restés célèbres S par lesquels Thabile orateur parvint à démontrer au peuple qu'il était indigne de Rome d'établir ses enfants sur des terres légitimement acquises '; que jamais les Romains n'avaient acheté l'emplacement de leurs colonies ; que, d'ailleurs, la proposition tendait à faire précisément partager les terres d'où Ton tirait le blé qui se distribuait au petit peuple. « Ce dernier argument, dit un historien, était décisif auprès de la populace oisive, laquelle aimait mieux du blé que des terres, et ne se souciait pas de quitter la place publique et les combats de gladiateurs^. »

Donc, une fois encore, le peuple sacrifia le citoyen qui voulait le servir. Heureusement que, cette fois, ce ne fut pas l'auteur de la proposition, ce fut la pro-

* Cic, De lege agr., 1, 5, 6, 7, 8 et 9.

* « Ceux qui veulent devenir populaires et qui, par ce motif, proposent des lois agraires pour expulser de leurs biens les possesseurs légitimes, ceux-là sapent les fondements de la république en détruisant d'abord la concorde qui ne peut exister lorsqu'on dépouille les uns pour gratifier les autres, et ensuite l'équité, qui est aoéantie du moment où chacun ne peut garder sa propriété. La condition essentielle de toute cité, c'est de permettre à chacun de posséder ses biens librement et avec une entière sécurité. Quelle sorte d'équité est-ce là que d'enlever au possesseur un champ qui est la propriété de sa famille depuis de longues années, ou même depuis des siècles, pour en faire jouir un intrus ? Quoi ! voilà une maison que j'ai achetée ou bâtie, que j'entretiens, où je fais des dépenses continuelles, et vous viendrez vous y installer de force ! » Gic, De Officiis.

* Mlchelet, ti6. sup.

LEGES ÀGRâRI^. 333

position seule qui périt sous la réprobation populaire.

Mais le principe de la loi agraire devait renaître bientôt des cendres mêmes de cette proposition.

En effet, trois ans après, Pompée, revenu d'Asie, proposa, de concert avec le tribun Flavius, une nou-velle loi agraire qui devait lui concilier la faveur du peuple. Mais , cette fois encore , Cicéron parvint à la faire répousser ^ .

Enfin, l'année suivante (l'an 59 avant J.-C), Jules César, nommé consul, reprit les propositions de Rullus et de Flavius en les modifiant.

Donc, dès les premiers jours dé son entrée en charge. César lut au sénat la loi suivante :

« Pour relever l'agriculture et repeupler les solitudes de l'Italie, on distribuera aux pauvres les terres du domaine public. Celles de la Campanie ne seront données qu'à ceux qui ont au moins trois enfants, et une redevance sera payée au trésor pour ces concessions. Si les terres publiques ne suffisent pas, on achètera, avec l'argent que Pompée a rapporté, des domaines particuliers au prix où ils ont été marqués sur les re* gistres du dernier cens, et seulement du consentement des propriétaires. Vingt commissaires veilleront à l'exécution de la présente loi ^. »

Cotte loi n'avait rien que d opportun et de sage; mais (( Ce n'est pas la loi que je redoute, disait Caton au sénat, c'est lé prix dont le peuplé devra la payer. »

Rejetée par le sénat, la loi de César fut adoptée par le peuple, malgré l'opposition de Bibulus, son collègue

* Cic, Ad Attic, I, 19.

* Voy. Dion Cassius, XXXYIII, 7. — ^uet^. Cws., 20. — Piui., Cos., 37.

834 SOLUTION DU PROBLiMS fifi LA MISÈRE.

consul, et celle» un peu timide cette fois^ de Cieé^ rou. La loi passa donc, et un plébiscite obligea les sénateurs, les magistrats, et tous ceux qui br^ueralent une charge à Tavenir, d'en jurer Tobservation littérale, sous peine de mort. Tout le monde jura, même Caton ^4

Celte loi agraire était la première, depuis aoîxaûté anS) qui eût réussi à passer '.

Plus restreinte que les précédentes, elle avait le mé-* rite de soulever moins de craintes et d'être plus applicable% César y respectait les usurpations du domaine, celles qui avaient précédé les Gracques, celles qui les avaient suivis. Il se bornait au domaine vacant, et, avec les ressources ordinaires de la république, il ache* tait de ceux qui voudraient vendre quelques-unes de ces solitudes de Tltalie où Rome pût se décharger d'une partie de sa population oisive. C'était un grand et noble projet ; mais les terres disponibles de l'Etat furent bientôt épuisées. Il eût fallu toucher aux grands domaines et s'aliéner à jamais l'aristocratie. N'osant joindre ce grief à la perte de la liberté , il renonça à la loi agraire et se borna à un essai de colonies agricoles et d'ateliers nationaux.

César, donc, frappé du danger permanent que présentait pour la société la masse oisive des trois cent vingt mille prolétaires qui ne vivaient, à Rome, que des distributions de l'annone, résolut d'éteindre ce foyer d'incendie social et politique dont il avait expé-* rîftienté lui-même toute l'énergie avant de parvenir au pouvoir et pour y arriver. Pour cela, il commença par réduire de trois cent vingt mille à cent cinquante mille

« Duruy, Hist. des Rom,, II, p* 401.

* Wailoo, De l*e$Glavage, pari. U/cli. 9.

le nombre des prolétaires fainéants qui prenaient part aux distributions publiques ^ • Ensuite ^ il résolut et tenta d'appliquer au travail les ressources et les bras qu'il retirait à l'oisiveté. Dans ce but, il créa, sous le nom de eolonie^i^ dos èspèûes d'atelie^rs nationaux dans lesquels il incorpora le plus d'oisifs qu^il put, et dont il embrigada les membres par escouades , non dans l'intérieur de la ville, — il s'en garda bien! — mais l0io, bièîi loin^ hbnà des mu^ë der Bôitlè ^^

Vingt mille faftiilted ftii^eiit ald^i félirééfi pto lui de la fange de la ville^ esô pteeè romuleâf et rendues à là terre, au travail, à la dignité persoiinellë. Quàtre-^viugt mille hômifnes furent envoyé:^ de Rdnie dans les pro'- Tinces, et embrigadés en colonies agridolëi^ au delà des mers^ A défaut de terre. César donnait aux oisifs dé l'oceupation en Italië> en prescrivant d'employer ûû tiers d'hommes libres aux troupeaux qu'on faisait paître dans les pâturages de l'État^ En exonérant ainsi I& ville, il repeuplait les èanipagnes> et rappelait èû inôme temps à Rome, et y fixait à demeure, les classes dont la présence, loin d'être un embarras, pouvait lui prô^ ter un utile concours •.

Cette vaste conception pouvait sauver l'aristocratie du reflux menaçant de la démagogie prolétaire ; mais le fer d'un patricien là iioya dans le sang de son au-telir.

* Voy. ci-après, p. 849,

* Voy. notre ouvrage Du droit à Voisioeté, elc.,{). 127.

* Suet., Cœs., 42,*- Cic, Bjdt. famil., XllI, 5, 8.

Page 1