‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 60 sur 82 · VI · texte numérisé non relu

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Les repoê eonvetUueU de Lycurgae. — Le prytanée d'Athènes. — Les Uetittemet de Rome.— Ordonnancements de ces diverses sortes de repas.— Règles d'Admission. — Dépenses. — Fêles épnlaires des empereurs. — Le peuple, enfin» admis aux Jouissances des grands ! — Qu'en relire-t-il ?

Eu outre des congiarta alimentaires, ou pour en tenir lieu, les républiques anciennes avaient institué des fêtes épulaires et des repas publics, en faveur du peuple indigent, repas qui variaient, dans leur ordonnancement et dans leur but, selon la diversité de mœurs et d'institutions politiques des peuples qui en admettaient F usage.

Les repas en commun, aux dépens du public, étaient

* Naudot, ub. sup.^ p. 70.

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Tune des institutions fondamentales de la république de Platon \

Lycurgue en avait fait la base de la sienne. A Sparte, les citoyens ne prenaient jamais de repas en particulier, Lycurgue ayant ordonné que tous, sans distinc-^ lion, roi, magistrats, sénateurs, riches et pauvres, mangeassent ensemble les mêmes viandes, qui étaient réglées par ses lois. Tous les citoyens donc étaient appelés à des repas publics où régnaient la décence et la frugalité, et au moyen desquels, dit Plutarque, étaient bannis des maisons des particuliers le besoin, l'excès et les vices qui naissent de Tun et de l'autre *.

Les repas conventuels de Lycurgue s'appelaient philUies ou phidities, soit parce qu'ils cimentaient .la bien-' veillance et l'amitié entre les citoyens, soit parce qu'ils accoutumaient à la frugalité et à l'épargne , laquelle se dit en grec pheido. Ces repas se prenaient dans de grandes salles où quantité de tables étaient dressées. Chaque table contenait communément quinze couverts. Les mets se composaient de bt*ouet noir (espèce de potage) et de chair de porc bouillie dont les portions égales, servies séparément à chaque convive, étaient si petites qu'elles pesaient à peine un quart de mine (environ trois onces et demie). On y ajoutait du vin, des gâteaux et du pain d'orge en abondance. Une mie de pain, pour essuyer la bouche ou les doigts, tenait lieu de serviette *.

On ne pouvait se dispenser de se trouver aux repas

> Plal De Rep ^ lib. UI.^ Voy. 8ur les repas égalitaires des ancieos P. Leroux, De P Egalité.

• Plut., lyeurg., XUI et XV. . . ».

* Voy. Bartb61emy, V^njo^ du.jeumÂnûckQniê*

publics : ceux qui y manquaient, sans cause légitime, étaient punis.

En Crète, la dépense des repas se prélevait sur les revenus de la république ' ; à Lacédémone, elle se pré* levait sur les revenus des particuliers. A cet effet, chaque citoyen était tenu de fournir par mois une certaine quantité de farine d'orge, de vin, de fourrage, de figues, et môme d'argent ', ce qui faisait dire avec raison à Aristote que ce mode de contribution forcée devait avoir forcément pour résultat d'exclure des r^as en commun les citoyens les plus pauvres '.

Aristoie recommande expressément d'établir des repas publics, comme le meilleur moyen de maintenir l'union parmi les citoyens \

A Athènes, les repas publics n'étaient pas communs à tous les citoyens comme à Lacédémone; c'était, au contraire, un honneur singulier d'y être admis. Ils se faisaient dans un vaste édifice appelé Prylanée : on y servait tous les jours, aux dépens de la république, plusieurs tables où l'on recevait, indépendamment des cinquante sénateurs qui gouvernaient, à tour de rôle, sous le nom de pryiaties^ tous les citoyens à qui ce privilège était accordé en récompense des services par eux rendus à la patrie. On y admettait également les enfants de ceux qui étaient morts au service de la république'.

Dans le principe, cette règle était aussi sévèrement observée que celle de la sobriété. Plus tard, quand les

* Ârislot. De Rep., iib. U, cap. 9 et 10 « Plut., uh. sup.

* Arislot., ub, sup. — Voy. ci-dessus, p. 297, noie 2.

* Arislot., De Rep, Iib. VII, cap. 9,

** BactUeleaiy, F^y. tÀnacharêiSp U, cb. i4.

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4thémens eurent étendu leurs ' conquêtes en Asie, ils prirent les mœurs du pays conquis, et se livrèrent à leur penchant pour la bonne chère et les plaisirs. Alors le droit à Voisiveté devint la règle du droit aux repas du prytanée, et il fallut des lois son>ptuaires pour en limiter les abus *.

Outre les repas quotidiens du prytanée, il y avait, à Athènes, d'autres repas publics qu'on pourrait appeler occasionnels, bien qu'ils fussent périodiques et à jour^ certains.

Ceux-ci avaient lieu à certaines fêtes, à certaines époques de Tannée. '

A chaque nouvelle lune, les riches exposaient, dans les carrefours, en l'honneur de la déeiâse Hécate, des repas qu on laissait enlever au petit peuple ^. '

A la suite des spectacles et des jeux, il se donnait presque toujours, dans le prytanée ou dans d'autres lieux publics, de grands repas qui se prolongèai'ent jusqu'au jour suivant. Le peuple, à qui on distribuait les victimes immolées, dressait partout des tables, et faisait éclater une joie vive et bruyante *. -

Aux fêtes de Bacchus, qui duraient plusieurs jours, on faisait de copieuses distributions de vin au peuple; mais ces distributions étaient moins, pour le peuple^ un moyen de se réconforter par une boisson fortir fiante qu'une occasion de boire outre mesure et de s'enivrer*.

Les repas publics étaient aussi fréquents à Rome.

« D'Harmonvillc, Diction, des dates, v» Repas. « Arisloph., Plut., vers 594.

• Arisloph., in Nub., vers 385.— Anucharsis^ ch. XXIV.

* Plat., De Legibus, Hb. l, tom. II, p. 637«

•70 SOLUTION DC PROBlJail DE LÀ MISiRË.

Les plus en usage s'appelaient Ucii$temei, du nom des lits sur lesquels les principaux convives étaient assis.

En temps de calamité^ de peste ou de famiue, le se- Bat, pour apaiser les dieux, ordonnait, non pas un jeûne, mais des repas publics propitiatoires ^ Ces fectistemtê se tenaient, partie dans les temples où l'on dressait des lits et des tables pour les dieux et Taristoeratie des convives, partie en plein air pour le peuple.

Ces fêtes épulaires étaient ordinairement très simples. Le festin consistait en galettes de farine d'orge, servies dans des assiettes de terre ou des corbeilles ; en gâteaux, fromentées, olives, poissons à écailles, prémices de quelques fruits, et autres choses aussi peu recherchées, d'aussi peu de valeur, et sans superfluité. Les libations, qui consistaient eu vin mêlé de myrrhe, s'y faisaient avec des vases et des coupes également de

terre".

Souvent les leci%$ternes étaient célébrés avec plus de magnificence ; ils duraient quelquefois huit jours de suite. Le peuple, qui aimait singulièrement ce genre de cérémonie religieuse, invitait à sa table tous les passants, connus ou inconnus, indigènes ou étran* gers, et s'abstenait, pendant ce tempfr*là, de toute querelle '•

Dans un Ucltêierne qui dura trois jours, le sénat dépensa trois mille trois cent trente-trois as^ et fit tuer trois cents bœufs \

' Le jeûne n'entrait point dans les déTOtions des Romains. Nous n'en connaissons qu'un exemple dont parle Tite^Life, lib. XXXVI, eap. 37. « Tile-Liye, lib. XL, 59. — Pline, XXXU, 2. — Denys d'Haï., U, 7. • Tile-Live, V, i3* « De Beaufort, Rép. rooi., I, p» S77.

. Une autre espèce de repas » à peu près semblable» était donné à Jupiter, dans certaines occasion^ solennelles; des prêtres spéciaux, nommés ipulons, étaient chargés de régler et de faire les honneurs du festin *.

Chaque sacrifice était toujours suivi de festins. $*il était public, les épulons avaient soin d'ordonner un repas des plus somptueux; si c'était un particulier qui faisait le sacriflce, il invitait chez lui les pei*sonnes de sa connaissance, et on y mangeait la part de la victikne qui lui était échue*.

De grosses sommes étaient dépensées pour ces repas expiatoires. Le peuple pauvre en profitait ; mais était-ce un bon moyen de soulager sa misère que de la provoquer par des banquets?

Les repas publics étaient l'un des moyens les plus usités par les riches ambitieux pour capter la faveur et les suffrages du peuple, à la fin de la république.

C'est ainsi que Topulent Crassus, pour arriver au consulat, donna volontairement au peuple, outre la dime de ses biens, assez de blé à chaque citoyen pour qu'il pût vivre pendant trois mois, un splendide festin de dix mille tables'.

Lors des fêtes du triomphe de César, tout le peuple romain se coucha autour de vingt-deux mille tables à trois lits, qu'on servit comme pour les grands. Le chio, le falerne coulaient en abondance, et le plus pauvre put goûter enfin à ces murènes tant vantées ^ !...

1 Gic, De Orat., HI, 19.

* De Beauforl, ub. êup.^ p. S3a, S^3.

» Plul., Çroêsui, pi.

' Pline, Hiat. nat , IX, 81 ; et XIV, 17.

Cette vaste orgie inaugura les splendeurs de Tempire ; mais elle préluda aussi à ses immenses misères.

s viii.

Sportula.

Ed qaxA eonsiitâit.— Panariolum, ~ Ccena recta, —Gomment se distribuait la

aportule. — Seeonrs qui a? ilik ne proflte pas.

De tous les secours alimentaires en usage à RomOt le plus connu et le plus généralement pratiqué était la distribution de vivres que les patrons faisaient, chaque jour, à leurs clients. Cette distribution s'appelait spor-tule^ de sporlula, corbeille.

La sportule se donnait en nature ou en argent.

Quand elle se donnait eu argent, elle précédait la sortie du patron ; quand elle se donnait en nature, elle suivait sa rentrée ^

La sportule en argent, appelée aussi panariolum, consistait en quelques pièces de petite monnaie , dont le montant, dit Martial, suffisait à peine pour acheter de quoi apaiser la faim ^. Ce montant était habituellement soit de cent quadrans (un franc dix-sept centimes), soit de trois deniers (deux francs quarante-cinq centimes) par jour, ou même moins encore; certains clients, d'après Martial, ne recevaient pas plus de cent vingt sesterces (vingt-un à vingt-deux francs) par an '.

La sportule en nature consistait en vivres, tels que viandes, boissons chaudes, vins de médiocre qualité, etc. Chacun des malheureux qui y avaient droit traînait

• Dézobry, I, p. 438.

• Mart., I, 60; III, 7; V, 50; X, 73; XIV, 123.

• Mart., III, 7; IV, 26, 68; VI, 88; IX, 103; X, 75. — Déîobry, I» P* 126.

SPORTULA. 373

après soi, dit Ju vénal, sa pauvre batterie de cuisihe, portant sur sa tête une pyramide de vases dont il venait offrir le gouffre à combler au distributeur. Quelques-uns même apportaient un réchaud dont ils rallu« maient les charbons en courant ^ .

C'est publiquement et devant la maison du patron que se faisait la distribution de la sportule '•

Les patrons les plus riches donnaient quelquefois des repas réglés où tous leurs clients étaient invités : c'est ce qu'on appelait cœna recta '.

La sportule était l'unique fortune des clients faméliques. Ils n'avaient que cette ressource pour avoir une toge, se chausser, se couvrir, se chauffer^. Rien de plus vil et de plus rampant que ces affamés ! Us prodiguaient aux patrons les termes de la flatterie la plus obséquieuse et la plus outrée , de la servilité la plus basse, jusque là qu'ils les nommaient maUres et même rots ^, titre proscrit à Rome depuis des siècles.

Souvent, il se glissait, parmi les clients pauvres, des sénateurs et des magistrats qui prenaient leur part aux distributions de la sportule \

Quand les clients étaient très nombreux, le patron, qui les connaissait tous, les passait eu revue, et renvoyait sans pitié les parasites intrus qui se glissaient en fraude jusqu'à sa table ^

Jwf.fSat. ni, Ter8 249.

Juv., Sat. I, vera 97 etii7. — Mart., XIII, 123. Suet., in Nerone^ cap. XVI. — Idemfin Dotnit,^ cap. Vil. JuT.y SaU I; yers 117. — Senec., Ep. IV.

Hor., I, Ep. XVU, Ycrs 43. — Mart., I, 113; lï, IS, 6S; III, 7; VI. 88.

jQY.y Sot. I, vers 99.

^ l&ttf., yen 100-1.

S74 SOLUTION BU PltOBLiMB DE LA MISÈRE.

Martial est plein de peintures burlesques représentant des clients efflanqués qui allaienti vautrés dans la crotte, d'un bout à Tautre de Rome^ recevoir la sportule ehez leur patron ' .

Ce mode de secouils avait pour but de venir en aide et de satisfaire aux besoins de la portion nécessiteuse de la clientèle des grands» mais il avait pour résultat de favoriser la fainéantise et d'entretenir l'oisiveté, dans la classe du pcmple qui y avait recours.

Il démoralisait eu soulageant.

C'est dire qu'il aidait peu à diminuer la misère.

Le bienfait qui avilit ne profite pas.

* Voy. ci-dessus, p. H,

OROAMI^àTIÔN DD VRAVàIL* ^76

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