INEFFICACITÉ DES HOTENS PRATIQUÉS
dienne de la liberté. A Rome, il n'y avait pour le peuple qu'un moyen d'aisance : la propriété foncière et le travail agricole. L'une diminuant de valeur, et Tautre devenant plus rare, l'aisance du peuple aussi diminuait. De la gène à la misère, il n'y a qu'un pas^ Ce pas fut biéntdt franchi, et nul autre, depuis, ne se fit en arrière.
Rome, pourtant, avait de l'or, tout l'or de la guerre. Mais qu'est-ce que Tor de la guerre, sans l'industrie pacifique qui le féconde ? un fonds qu'on mange, sans ses revenus. C'est ce que fut l'or du monde vaincu aux mains de Rome victorieuse.
Rome victorieuse avait fait de son aristocratie quiritaire une ploutocratie de capitalistes, c'est-à-dire une pure aristocratie d'argent. Or, a dans une aristocratie d'argent, sans industrie, c'est-à-dire sans moyens de créer de nouvelles richesses, chacun cherche la richesse dans la seule voie qui puisse suppléer à la production, dans la spoliation. Le pauvre devient toujours plus pauvre, le riche toujours plus ^iche. La spoliation de l'étranger peut faire trêve à la spoliation du citoyen ; mais, t^t ou tard, il faut que celui-ci soit ruiné, affamé, qu'il meure de faim, s'il ne périt à la guerre'. »
C'est ce que le peuple ruiné, affamé, comprenait très bien, alors que, sentant son impuissance à faire sortir par lui-même et pour lui-même aucun bien-être de la paiximproductivequ'on lui faisait,il n'entrevoyait qu'un seul moyen de se soustraire aux dures nécessités qu'elle faisait naître pour lui, c'était de quitter pour toujours « sa ville éternelle, bâtie par les dieuit pour devenir la reine
* Duruy, ub, sub., p. 43.
« Michelel, Hist. rom., H, p. il3.
du monde, » sol sacré devenu pour lui un sol maudit.
Cette pensée d'expatriation était comme une idée iBxe, comme une hallucination qui s'emparait de ses esprits à chaque crise de misère.
Fuir, fuir la misère, loin de sa source, faute de pouvoir la vaincre à sa source même, tel est donc le remède suprême, le remède unique que le peuple, dans €on désespoir, entrevoit et essaye à tous ses maux, malgré le Cédant arma togœ de Cicéron.
Tantôt, il se retire sur une montagne d'où ses chefs ont grand'peine à le rappeler ^ ; tantôt, il veut aller s'établir à Veïes, projet qui faillit se réaliser ^.
Tantôt, c'est Sertorius qui, pour fuir la tyrannie de Sylla, s'en va planter son étendard en Espagne, suivi d'un si grand nombre de Romains, que bientôt « Rome n'est plus dans Rome * ».
Tantôt, c'est Crassus qui entraîne avec lui en Asie une foule de citoyens, et des meilleurs, qui y oublient les boucliers sacrés et le feu de Vesta, et s'y marient à des femmes barbares, comme si Jupiter n'était plus au Capîtole^.
Sous la dictature de César, il est question d'émigrer en masse et de transférer le siège de l'empire dans Ilion ou dans Alexandrie '.
Après les désastres du triumvirat, la fièvre d'émigration reparaît, et, cette fois, c'est pour ne plus finir; — pour ne plus finir qu'avec le vieux monde.
* Voy. cî-dessus, p. ^58 et i67.
« PluL, Camille, XIV.
* Rome au siècle d^Augustê, I, p. 290.
* Moral., Od., V, liv. 3.
* Suet., Jt4. C€B$*y LXXIX. — Voy. Aonte eê ses r^ovateurs. II, p. i02 et 107.