Prolétaires
Inopet, capiie eenti. — Leur nombre. — Leur droit do ne rien faire. — lasur misère fait leur richesse. — Tous sont rentiers de l’Etat. — Comment le lunicaws popellut était nourri, vêtu, logé. — Prix des loyers. — Seul traOc que comportait ta qualité de citoyen : vendre son vote. — Que devient-il quand cette ressource lui manque?
Les prolétaires formaient l’assise la plus basse de l’édifice delà société romaine. Ils composaient la sixième classe censitaire dont nous avons parlé, laquelle comprenait tous les citoyens qui ne possédaient rien.
On appelait ces citoyens prolétaires, prolclarii, parce qu’ils n’étaient propres à rien qu’à faire des enfants, proies. On les appelait aussi capiie censi, parce qu’on ne les recensait que pour leurs tètes, c’est-à-dire pour faire nombre, ou inopes, parce qu’ils étaient sans terres*. Ils étaient dès lors exempts d’aller à la guerre *,
' Senec., De brevit. vit., XIV. — Mari., IX, 94; VIII, 44.
’ Voy. ci-dessus p. 29.
* Sous ce rapport H. Charles Dupin nous semble avoir fait erreur en disant, dans son discours à l'Assemblée nationale, séance du 9 octobre 4849, que les prolétaires allaient it la guerre et s’équipaient à leurs
et ne payaient aucune taxe à cause do leur pauvreté.
Les prolétaires formaient l'immciise majorité du peuple romain; ils étaient, à eux seuls, plus nombreux que tous les citoyens des autres classes réunies. On n'en comptait pas moins de trois cent vingt mille sur une population de quatre cent cinquante mille citoyens, au temps de César * .
Le préjugé national faisant de tout travail manuel, en dehors de l’agriculture et des armes, une œuvre servile, sordidœ artes , et la constitution républicaine rendant l’exercice des métiers incompatible avec l’exercice des fonctions de citoyen *, le droit de vivre sans rien faire, aux dépens du trésor public, était légalement ouvert à cette multitude de citoyens pauvres, que le noble orgueil de leur origine empêchait de se faire artisans.
Mais comment contenir, sans le frein du travail, cette masse turbulente et bcsoigneuse?
C’est le problème que résolut le gouvernement romain, en organisant l’oisiveté citoyenne et le droit à l’assistance qui en découle obligatoirement, — panm et cireenses! — avec une science et une variété de moyens qui, en témoignant de sa sollicitude pour adoucir la misère des classes pauvres, témoigne aussi de la gravité du danger que cette misère inoccupée faisait courir à la république.
J’ai dit, dans le chapitre IV de mon précédent outrais. Les seuls plébéiens ruraux formaient les recrues des légions. Marius est le premier qui enrôla les prolétaires aux frais de l’Étal. C’était alors une nécessité. Voy. Mérimée, Etud. sur l’hist. rom., I, p. 91 ; et ci-dessus, p. 30 cl 3 1 .
' Voy. ci-après, cli. V, S 3, n° 7.
* Voy. ci-après, ch. lll, § 10.