‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 29 sur 76 · MENDIANTS; BANDITS; PROSTITUÉES · texte numérisé non relu

MENDIANTS; BANDITS; PROSTITUÉES

pauvres inQrmes à s’y méprendre, et se faisaient même des blessures apparentes pour mieux tromper les pas* sauts; — ou que ces autres spéculateurs en pitié publique qui entretenaient des familles esclaves pour les faire mendier à leur profit, en ramassant, dans ce but, les enfants exposés ou abandonnés, qu’ils estropiaient hideusement pour ce commerce infâme ' ?

Qu’était-ce, sinon des mendiants, que ces prêtres de Cybèle, véritable congrégation de frères quêteurs, auxquels Tertullien reprochait leur effronterie à rôder autour des hôtelleries, et Jiivénal leur habitude de s’enivrer et de se coucher sous les tables, dans les popinœ, parmi les bravi, les matelots, les voleurs, les esclaves fugitifs, les valets de bourreaux et les fabricants de cercueils ^ ?

Qu’était-ce, sinon des mendiants, que cette foule de clients besoigneux quêtant chaque matin la sportule de leurs patrons * ? Qu’étaient-ce que ces trois cent vingf mille prolétaires affamés quêtant chaque jour le pain gratuit de l’annône * ? Qu'étaient-ce que ces riches avares qui, spéculant sur ces distributions, affranchissaient leurs esclaves pour que, leurs esclaves affranchis y prenant part, ils pussent y prendre part eux-mêmes par eux * ?

Qu’était-ce, sinon un mendiant, que ce Martial quê* tant, en vers platement spirituels, tantôt -une tunique, tantôt une toge, auprès de ses riches protecteurs * ?

' Voy. Ibid., p. 33.

* Voy. Ibid., p. 87.

* Voy. ci-dessus, p. 44, ei ci-après, ch. V, §7.

* Voy. ci-dessus, p. 46, et ci-après, ch. V, $ 4.

' Voy. Du droit à Foinveté, p. 36.

* Voy. lbid.,f, 36., et ci-dessus p. 33.

Qu’élait-ce, sinon des mendiants, que ces millicis de parasites qui, ne sachant pas la veille s’ils dîne* raient le lendemain, allaient, de porte en porte, quôter un diiier qu'ils obtenaient à force de bouffonneries, de flatteries et de bassesses ' ?

Qu’était-ce, sinon des mendiants, que ces candidats affamés d’honneurs quêtant pour de l’argent les suffrages du peuple; — et que ces électeurs faméliques quêtant de l’argent pour leurs votes * ?

Qu’était-ce, sinon des mendiants, que ces héros, ces bandits, ces plagiaires, ces escarpes de l’antiquité, quêtant, l’escopette au poing, sur les grands chemins de l'ftalie, votre bourse, votre vie ou votre liberté*? Qu’était-ce que celte masse formidable d’anciens propriétaires dépossédés, flottant par toute l’Italie et dont parle un historien poète? « D’abord les Italiens, et surtout les Étrusques expropriés parSylla, puis les soldats de Sylla eux-mêmes, souvent encore le noble ri^nain qui se ruinait après les avoir ruinés ; tous égaux dans une môme misère. . . Ajoutez les pâtres farouches, errant avec les troupeaux de leurs maîtres dans les solitudes de l’Apennin, souvent ne reconnaissant plus de maîtres et subsistant de biigandages comme les noirs marrons des colonies modernes *. » Qu’était -ce que ces gladiateurs, bêles féroces qu'on tenait à la chaîne pour les lâcher dans l’occasion, et qui constituaient à chaque sénateur, à chaque chevalier, une petite armée d’assassins ‘ ?

' Voy. ]bid., p. S7.

• Voy. Jbii., p. 3C et tt2, et ci-dessus, p. 44 et 32.

• Voy. Ibid., p. 38, et ci-dessus, p. 68.

• Mirhelel. Visl.rom., II, p. 223.

• Voy. Ibid.

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MENDIANTS; BANDITS; PRUSTITt'ÉES. 121

Qu'était-ce, sinon des mendiants, que cette tourbe immonde, sans feu ni lieu, ni foi, ni loi, ni patrie, qu’attiraient de tous pays les distributions de blé qui se faisaient à Rome à la multitude, et qui faisaient de Rome, au dire de Tacite, comme le cloaque impur où venaient se rendre et se grossir tous les égouts de l’univers ‘ ?

Qu’était-ce, enfin, sinon des mendiantes, que ces courtisanes de haut parage, que ces prostituées de bas étage, tendant banalement leurs mains impures : les premières à 1a luxure patricienne, les secondes -à la. luxure prolétaire, pour en obtenir, les unes et les autres, une aumône également honteuse*?

La mendicité n’était donc pas aussi rare qu’on le dit à l’avéncment de l’ère chrétienne; elle avait môme, nous venons de le voir, acquis, chez les anciens, des proportions inconnues jusqu’à ce jour, chez nous. Cela se conçoit, du reste, puisque iiulcpendamment des causes qui la produisaient et que nous n'avons pas, le gouvernement n’avuit jamais rien fait pour la supprimer ou la punir*.

Aussi, pouvait-on dire de la plèbe romaine que c’était un. peuple de mendiants.

On en disait autant du peuple d’Athènes : « L’Athénien, en mourant, tend encore la main *. »

Pourtant, la mendicité était imputée à honte à quiconque s’y livrait. « J’aimerais mieux mourir, disait Plaute, que de voir quelqu’un des miens mendier. » Malim mortri meos quam mendicarier *.

' Voy. Du Droit à l'oisiveté, ai.

• Voy. Ibid., p.f>5 et ttS.

• Voy. ci-après, ch. Vit, §2.

• Voy. ci-dessus, p. 7.

• Voy. Du droit à l'oisiveté, p. S4.

133 CLiiiSbS PAUVRES CHEZ LES ROMAINS.

Pareillement, l'aumône faite aux mendiants était jugée, comme de nos jours, inutile et dangereuse. U C’est rendre un mauvais service au mendiant, disait encore Plaute, que de lui donner de quoi manger ou boire, car on perd ce qu’on lui donne, et on prolonge sa vie pour la mendicité »

Oui ! mais, de nos jours, nous avons du travail à donner aux mendiants valides, et les Romains n'en avaient pas, ou celui qu’ils avaient avilissait, et le nôtre honore. Quiconque, dès lors, ne veut pas travailler, chez nous, ne doit pas manger. C’est la solution du problème de la mendicité donnée par le christianisme; le paganisme l’ignorait.

Qui non vull laborarc, ne raenducet.

Saint Paul.

ü. Aliénés.

ExUtence légale et domesll(|ue dea foui furieua.

Cette classe d'infortunes- n’était pas moins nombreuse autrefois qu’elle ne l’est aujourd’hui. Autrefois, comme naguère encore chez nous, c’est dans les prisons qu’on renfermait ces malheureux.

L’usage de priver de leur liberté les malheureux atteints de folie remonte aux temps les plus reculés. Nous en trouvons des traces chez les Israélites et dans lu législation des Grecs *. On lit dans les lois de Platon : Qu’aucun furieux ne soit vu sur la voie publique.

' Voy. /6iVi.,p. S8.

’ Voy. Bombardinus, De forcer#, cap. XVl.

aliénés; malades; infirmes.

et que les parents le gardent chez eux comme ils le pourrout, sous peine d'amende La loi des Douze Tables porte également que la personne et les biens du furieux doivent être remis au pouvoir de ses parents^. Mais la vigilance des familles ayant souvent été trouvée en défaut, l'usage de garrotter et de mettre en prison les aliénés fut généralement reçu à Rome. Les empereurs rendirent même un édit à ce sujet Si donc la famille pouvait garder chez elle le fou furieux, c'est-à-dire si elle avait les moyens de le nourrir, de le vêtir et de le contenir, sa garde lui était confiée; mais si elle ne le pouvait pas, elle obtenait de le faire renfermer dans une prison publique, non à titre de répression pénale, mais à titre de précaution pour la sûreté de tous *.

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