CLASSIFICATION GÉNÉRALE
de cent quatre-vingt-onze centuries, pour l’exercice du droit de suffrage. Dans ce système , le nombre des centuries dont devait se composer chaque classe était proportionnel, non au chiffre numérique de ses membres, mais au chiffre en somme de la fortune de chacun. D’un autre côté, chaque centurie votait collée tivement, non par tôte, c’est-à-dire que les suffrages, exprimés par tête dans chaque centurie, ne comptaient pas par tête, mais par centurie, dans le recensementgénéraldesvotes.Enünles centuries votaient l’une apres l’autre en commençant par lapins riche. Il suivait de là que la première classe qui, d’après la hase censitaire adoptée, se composait à elle seule de cent centuries votant les premières, avait cent voix d’assurées dans les comices électoraux, quoique étant la moins nombreuse de toutes, taudis que les quatre classes suivantes, ne formant à elles toutes que quatre-vingt-dix centuries, ne comptaient à elles toutes que pour quatre-vingt-dix voix , et ne venaient qu’après les cent de la classe privilégiée, et que la sixième classe, composée des citoyens prolétaires, c’est-àdire ne possédant rien, ne formait, d’après la même base, qu’une seule centurie votant la dernière, et ne comptait dès lors que pour une seule et inutile voix, encore bien qu’elle fût plus nombreuse que les cinq autres classes réunies* î
Ce système de privilège électoral à double vote, ou plutôt à centuple vote, fut pratiqué, sous la république, dans toute sa plénitude, jusqu’à l’an 2(>0 de Rome, époque de l’inslitulion des tribuns du peuple.
' Voy. dcReaufort, lièp. rom.. Il, p. 12r>, il'aprfs lequel nous redirions ici les chilTres donnés dans noire ouvrage du Droit <i l'oisiveté, p. ttü et suiv.
Alors eut lieu une double rëvolution dans les circonscriptions électorales et dans le mode de votation.
Roniulus avait partagé la ville en trente curies ou quartiers. Servius Tullius, sans toucher à celte division, ]iartagea sa ville en quatre tribus urbaines, et la cam- ])agne en dix-neuf tribus rustiques, distribution que maintint la république en portant le nombre des tribus rustiques de dix-neuf à trente et une , ce qui faisait , en tout, trente-cinq tribus, ou arrondissements.
Les tribuns du peuple prirent cette nouvelle circonscription pour base des opérations électorales à venir. Seulement , tout en faisant voter par tribu , ils maintinrent, et adaptèrent à ce nouveau mode de votation, l'ancien mode du vote par classe et par centurie ; de telle sorte que, le jour de l’élection venu, l’on tirait au sort laquelle des trente-cinq tribus donnerait la première son suffrage, après quoi le sort décidait encore, entre les centuries de la première classe qui se trouvaient être de cette tribu, laquelle donnerait la jiremière son suffrage, procédé qu’on suivait ainsi successivement entre les centuries des diverses autres classes.
Ce système fut longtemps suivi. La tribu, aussi bien que la centurie, désignée par le sort, s'appelait prérogativa. Le suffrage de celle-ci avait une telle influence sur les suffrages des autres que Cicéron reconnaît que celui qui avait réuni en sa faveur les suffrages de la première tribu, ou de la première centurie, regardait son élection comme certaine , et qu’il n’y avait pas d’exemple qu’il n’eût emporté la pluralilédes voix dans les comices'.
' Voy. Cic., pro UurœnA, XVIII; pro Plancio,XX.