‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 33 sur 76 · SERVITUS · texte numérisé non relu

SERVITUS

rerum eogno$eere causas. Ces causes sont, pour ainsi dire, tangibles au doigt et à l'œil, tant leurs effets sont pal* pables et leurs caractères saillants. Il nous sera donc facile de les préciser.

Hœc exposuimus, ut possibile sit summo digito et quasi per indicem ea ietigisse ‘ .

Ces causes sont éuumërées et développées sous les dix paragraphes suivants : Servitus, — Famtlia, — Latifundia, — üsura, — Vectigalia, — Diviliœ, Luxas, — Libidines, — Flagitia, crimes et délits, — Religio, — Olium, Labor.

Caraclèret généraux. — Lèpre Immense. — Fojrer de dépraretlon, de dépopulation et de misère. — Guerre entre l'bérilité et resclarage. — Conséquences. — Complota, empoisonnements, brigandages. — Le souffle de resclarage stérilise l’homme et la terre. — La nation entière disparaît par l'elTet de ce régime affreux.

La république romaine avait au cœur un mal dont toute l’antiquité païenne était infectée et dont elle devait mourir : — c’était l’esclavage.

I/esclavage, comme une lèpre immense , enveloppait et dévorait le corps social tout entier.

Admis dans les mœurs comme une nécessité, les mœurs ne pouvaient pas plus se passer d’esclaves, que l’âme humaine ne put se passer de bras pour agir, de tête pour réfléchir, d’organes pour fonctionner^.

D’abord confiné dans l’exercice des métiers profes-

< /rutit., lib. IV, UM8,$i2.

• Voy. Du droit d l’oitiueti, p. 132 et 133.

CAl'SES DE LA MISÈRE.

sionncls et dans la domesticité servile, l’esclavage s'insinua peu à peu dans les services piililics, s’empara des beaux-arts, fit le négoce, se répandit dans les affaires, dirigea l’éducation, sillonna les mers, couvrit les campagnes, et finit par envahir l’armée et la cité*.

Ce n’était plus par individus, ni même par catégories, c’était par cohortes, c’était par légions, que les esclaves se comptaient, dans les champs, dans les ateliers, dans les familles

Reléguée dans les rangs de l’animalité, étrangère à tous les grands intérêts qui relèvent l’homme à ses propres yeux, aux droits de la cité, de la propriété, de la famille ; chargée de mépris; jouet de toutes les passions brutales ; usée par les privations ; minée par la fatigue d’un travail sans fruit; abrutie par les mauvais traitements ; démoralisée par sa propre nature celte niasse d’hommes sans dieux, sans patrie , sans existence légale , ne pouvait que former, au sein de la société romaine, un foyer de corruption, de dépopulation et de misèra où tous les éléments de la prospérité publique devaient venir tour à tours’engîoulir etse perdre.

Nous avons vu que la servitude frappait d’interdit le travail libre de l’atelier*. Nous verrons qu'elle frappait de stérilité les campagnes ’ ; comment, avec ces pirincipes de mort, et l'éducation de ses enfants confiée à des instituteurs esclaves*, Rome eût-elle pu résistera la décomposition intestine qui la travaillait ?

• Voy. ibid.,p. t4l et suiv., tS9, 203 clsuiv., 2H. Et ci-dessus, p. 30.

’ Voy. ibid., p. t.’i2 el suiv.

> Voy. ibid., p. t39, l.'iO, 161 el suiv., 213 et suiv., 218.

• Voy. ci-dc.ssus. p. 61.

• Voy. ci-après, p. 149 el suiv.

• Voy. Du droit à l'oisiveté, p. 25.

SERVITl’S.

Cette décomposition atteignait à la fois la population serve et la population libre.

Les légions romaines, en effet, avaient beau faire la traite et envoyer eu Italie des nations entières réduites en servitude, elles ne pouvaient suffire à l’effroyable consommation d'bommes que faisait l’esclavage , et la population serve déclinait non moins rapidement que les moyens de subsistance

II en était de même de la population libre. Il fallut tirer des citoyens du dehors comme on en tirait des denrées et des esclaves; et le peuple-roi, recruté d’abord en Italie, le fut ensuite dans les provinces, et ensuite chez les barbares*.

C’est l’esclavage, dit Wallon, qui, prenant possession des campagnes , chassait la classe libre vers la ville ; c’est l’esclavage qui, dans ce séjour, lui disputait encore le travail ; si bien qu’exclue de toutes les voies honnêtes, la classe libre dépérissait dans la corruption, et laissait vide, dans la cité, cette place que les esclaves venaient encore y prendre par l’affranchissement ’.

Ajoutons que, les travailleurs capables devenant de plus en plus rares, le produit des objets confectionnés et le prix des vivres, dos denrées, etc., renchérissaient progressivement, dans la même proportion que ces objct.s, ces vivres, etc., devenaient plus grossiers, ce qui était pour tous une cause nouvelle de ruine et do misère *.

• Dunoycr, Liberté du travail, liv. IV, ch. IV.

• Ibid.

* Wallon, De l'esclavage, pari. II, ch. IX.

* Une paire de caligœ (la plus grossière chaussure) coûtait vingtdeux francs cinquante centimes ; la livre de viande de bœuf ou de

CAL'SES de la misère.

J’ai parlé ailleurs de l'influence délétère des aflranchissements sur les mœurs de Rome

J’ai pareillement parlé des représailles sanglantes de l'esclavage révolté, comptant son chifiTre et mesurant; sa force*.

Il est facile, après cela, d’apprécier dans toute leur étendue les conséquences de l’état de guerre qui naissait, du seul fait de la servitude, entre l’hérilité et l’esclavage, à la fln de la république.

La haine envenimée de l’esclave contre ceux qui l’opprimaient avait multiplié les révoltes, les complots, les assassinats, les empoisonnements. En vain une loi sanguinaire faisait mettre à mort tous les esclaves d’uu maître assassiné ; la vengeance et le désespoir n’eu multipliaient pas moins les crimes. Ceux qui s’étaient déjà vengés, ceux qui n’avaient pu le faire, mais sur qui planaient des soupçons, s’enfuyaient dans les bois et ne vivaient plus que de brigandages.

Le riche patricien pouvait réparer les pertes que lui occasionnaient les rapines et les dévastations de ces bandes de pillat'ds , mais le petit propriétaire , s’il en restait encore qui cultivât lui-méme sou champ, ne pouvait échapper à tant de désordres et de violences ; sa vie et sa fortune étaient chaque jour en danger. Il se hâtait donc de se défaire de son patrimoine à tout

moulon, deux francs cinquante centimes; idem de porc, trois francs soixante centimes ; le vin de dernière qualité, un franc quatre-vingts centimes le litre; une oie grasse, quarante-cinq francs; un lièvre, trente- trois francs; un poulet, treize francs; un cent d’tiuJtres, vingtdeux francs, etc. V. Uoreau de Jonnès, Tableau du prix moyen des denrées, d’après un édit de Dioclétien.

‘ Voy. Du droit d l’oisiveté, p. 187.

* Voy. ibid., p. 166 et suiv.

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