SERVITES
prix, toutes les fois qu’un de ses opulents voisins voulait l’acheter ; souvent aussi il l'abandonnait sans com> pensation ; souvent il était exproprié par les prétentions du fisc et le poids accablant des charges publiques ; aussi toute cette classe de cultivateurs libres qui, plus qu’une autre, connaît l’amour de la patrie, qui peut défendre le sol, et qui doit fournir les meilleurs soldats, disparut bientôt entièrement. Le nombre des propriétaires diminua à tel point qu’un homme opulent, un homme de famille sénatoriale, avait le plus souvent dix lieues à faire avant de rencontrer un égal ou un voisin
Ces dix lieues ne se faisaient plus, ne pouvaient plus se faire sur des champs ensemencés, mais dans de maigres et immenses pâturages, car le souffle empoisonné de l’esclavage stérilisait à la fois la terre et le cultivateur, et non-seulement le cultivateur libre, mais encore le cultivateur esclave, car l’esclave ne se mariant pas, mais s’accouplant, l’esclave n’étant pas homme, mais chose, l’esclave n’étant affranchi, le plus souvent, qu’à la condition qu’un célibat éternel ferait son maître héritier en privant l’affranchi d’enfants, l’esclave dut s'éteindre à son tour et tomba, comme le dernier rameau d’uti arbre mort, au milieu des campagnes arides et désertes que le bienfaisant rayon du christianisme put seul féconder plus tard.
Ainsi disparut la nation entière par l’effet de ce régime odieux. « On ne trouvait plus de Romains qu’à Rome, d’Italiens que dans les grandes villes, dit un historien économiste. Quelques esclaves gardaient encore quelques troupeaux dans les campagnes ; mais les fleuves avaient rompu leurs digues, les forêts s’étaient
' De Sismondi, ub svp., p. 35. — El ci-après, p. 147.
CAUSES DE la «ISÈRE.
étendues dans les prairies, et les loups et les sangliers avaient repris possession de l’antique domaine de la «‘.ivilisation ' . »
§ II
ramtlla.
Con«titutlon delà famille antique. — La gmê. — Autorité absolue du père de famille sur sa femme, ses enfants, ses esclaTes. — Foyer domestique, foyer de baines.
— Joug secoué par les fils de famille. — Idem par 1rs femmes. — Dirorce permis; pour quelles causes. — Loi Oppia. — Loi Voconia, — Vengeance des femmes. — Massacre du triumvirat. — Part qu'y prennent les femmes.
— Décomposition de la famille. — Conséquences : — Célibat, stérilité, misère!
La constitution de la famille antique reposait sur des bases dont la constitution de la famille chrétienne n’offre pas même l’image effacée.
Le mot même de famille, familia, n’avait point, chez les anciens, la signification qu'il comporte aujourd’hui. Le mot latin familia dérivait, selon Festus, du mot osque famul, qui signifiait simplement esclave, d’où famuîus, et c’est parce que la femme et les enfants furent, d’abord, comme l’esclave même, la propriété de l’époux et du père, que le père et l'époux furent, aussi bien que le maître, désignés sous le nom commun de pater-familias qui, dans la vieille langue latine, ne rappelait aucune de ces idées de tendresse et de bonté que réveille aujourd’hui parmi nous le doux nom de père de famille.
Chez le peuple romain, notamment, la puissance paternelle dérivait moins de la nature que du droit; c’était une institution.
Chez ce peuple, le nom de père de famille ne dési- ■ De Sismondi, Nouv. prt'nc. (Téeon. polit., I, p. 1t3.