C-OBglarla
L'annane était le budget normal, let con;Kirùi on largiliaim lo budget iap> plémenlalre du prolétariat. — Troii Mrles de congiarla t — Aliinaatalrea, — Péeuniairea, — D’objela roobilicra. — En quoi conaiitalent let unt et let autret. — Quand, comment, et par qui éialent dltlribuét. ■ — Poutsét, tout let empereurt, Jiitqu'à la rolie. — Etemplei. — A Alhènee, let eongimia étalent pécuniairet. — Tout Ici citojens étaient talariét. — Taxe det paurret uniTcrtelle. — L'atilitanee du peuple à chaque élection, A chaque Jugement, i chaque attemMée, était pa;ée. — Charge qui en réeultait pour l'Etat. — Cuntributioni forcéet tur les riche*. — Le theoricon. — Ciment de la dAmocratie I — But et elTett de ce *;stème de teeoun. — Let mémet abu* pmdniaent let mémet rlfeU à Rome. — Exemptée de dont pécuniairet prodigieux. — — Ralion de la grande popularité de Néron, Commode,
Caracalia, etc. — Le gouvernement le plut aimé fut celui qui prodigua le plut. — De volontaire* let dont deviennent Torcét. — CoMéqoencet de cet IIbéralllét corruptricet.
Les distributions périodiques de blé ou de paiu dont nous avons parlé formaient la taxé légale alimentaire à laquelle tous les pauvres de Rome avaient droit. Outre celle taxe légale et permanente, il y en avait une autre extra-légale et accidentelle qui composait comme la dette flottante, comme le budget extraordinaire du prolétariat; celle-ci comprenait tous les dons, toutes les largesses que les grands s’imposaient volontairement en faveur de la multitude, toutes les fois qu'ils avaient besoin de ses suifrages. Ces gratifleations devinrent môme si fréquentes qu'elles flnirent par constituer un revenu certain et comme un patrimoine pour ceux qui n’en avaient pas'. On les appelait largiliones, et plus souvent congiaria.
Les congiaria étaient de trois sortes : les congiaria ' Naudet, xib. mp., p. 6t.
DigitiiCd by Coopte
CONGIARU.
alimentaires; les eotigiaria pécuniaires; et lescongtaria en objets mobiliers.
Les congiaria alimentaires consistaient en légumes, fruits, viande, sel, vin, et autres comestibles, quelquefois en bois et en fagots ' .
Ancus Marcus est le premier qui ait donné l’exemple de ces largesses, en distribuant six mille modii de sel au peuple
Scipion célébra son édilité par une distribution d’huile*.
Les congiaria suivirent la progression du luxe et de la magnificence introduite dans les mœurs publiques et privées des Romains. Primitivement, les vainqueurs, dans les fêtes de leur triomphe , plusieurs magistrats pour l’inauguration de leur autorité, se contentaient de donner aux prolétciires quelques mesures d’huile ou de
>ment. Plus tard , sous les empereurs, l'usage des cotigiaria fut poussé jusqu’à la prodigalité, jusqu’à la folie. César, notamment, épuisa toutes les inventions de la libéralité la plus désordonnée en ce genre et il ne laissa à l’émulution de ses successeurs que la gloire ou la honte de l’imiter *.
En revenant de la guerre contre Antoine et Cléopâtre, l’an 72o de Rome, Auguste donna le quadruple de la pension frumentaire, c’est-à-dire deux cent quarante modii de blé par tête ; en totalité vingt-cinq millions deux cent mille modii environ *.
> Tit.-Liv., liv. XXV, 2. — Plul., Cal. cTUt., 72.
* Plin., Hist. nat., XXXI, 24.
» Tit.-Liv., XXV, 2.
* Naudet, up. sup.,p. 66.
* Naudet, ub. sup,
A chaque lustre, le règne de chaque empereur se renouvelait, et chaque renouvellcmenl était accompagné de gratifications extraordinaires et de fêtes publiques.
La mort d'une maîtresse du prince, la naissance d'un successeur, une guerre sanglante, un triomphe innocent nécessitaient également de copieuses distributions. Les empereurs romains conservaient à ce prix leur couronne, et ne maintenaient leur autorité qu'en payant exactement la taxe des pauvres à leurs sujets alTamcs. a Ces chiens, disait un des Césars, ne cessent d'aboyer que quand ils ont le ventre plein ' . »
Les fêtes et les jeux étaient devenus plus qu’un amusement pour le peuple ; c’était pour lui une occasion de gain et de régal
Avec les spectacles qui signalèrent l’édilité d’ Agrippa, gendre d'Auguste, il y eut des distributions d’huile et de sel, et des bains gratuits et des barbiers, pendant cent soixante-dix jours; ces bains furent ouverts aussi pour les femmes ’.
Auguste fit les mômes présents au peuple, à son retour des Gaules, en 740 *.
Les congiaria alimentaires avaient lieu à Athènes comme à Rome; seulement ils étaient plus spécialement donnés, dans les républiques de la Grèce, sous la forme de repas publics, ainsi que nous le verrons bientôt.
Si les congiaria alimentaires étaient plus en usage à
I Btanqui, Hist. de Fécon. politiq , I, p. 80.
* Voy. notre ouvrage Du droit à l'oisiveté, p. 73, et ci-après, § 6.
• Dion, XLtX, a.
‘ Ibid., LIV, 2o.
CONGIARIA.
Rome qu’à Athènes , les congiarta pécuniaires l’étaient beaucoup plus à Athènes qu’à Rome.
A vrai dire même, ceux-ci étaient, à Athènes, la forme principale, on pourrait presque dire unique, sous laquelle la providence sociale s’exerçait en faveur de tous les citoyens.
A Athènes, le trésor public était une espèce de bourse commune, non-seulement pour les besoins collectifs de la population, mais encore pour les dépenses privées de chaque particulier. Chacun y puisait comme dans son propre cofire, chacun étant salarié, et, comme tel, rentier de l’État.
Le salaire était la monnaie courante à laquelle chaque citoyen avait droit. Tout, en effet, était calculé, chez les Grecs, pour assurer des salaires à chaque classe de citoyens. Les orateurs se faisaient payer pour parler, et le peuple pour entendre. Aux assemblées ordinaires du peuple, chaque assistant recevait un droit de présence de trois oboles (neuf sous) ; ce qui faisait que personne n’y manquait*. De même, tout citoyen pouvant donner son suffrage dans les cours de justice, l’appât du gain rendait les Athéniens assidus aux tribunaux. On donnait à chacun trois oboles (neuf sous) par séance”; rétribution qui formait pour l’État une charge annuelle d’environ cent cinquante talents (huit cent dix mille francs) ; car le nombre des juges était immense et se montait à six mille environ V Chaque membre du sénat recevait pour droit de présence une drachme par jour (dix-huit sous)*.
' Aristoph., in Wu/., WS330. — S. Pelit, Leg. Attie., p. 203.
* Aristop., in Plut., vers 329. — Id., in Equil., vers St et 223.
• Samuel Petit, Leg. Altio., p. 32i et 325.
‘ Barthélemy, Anaehartit, l. II, ch. XIV.
358 SOLl'TION DU PROBLÈME DE LA MISÈRE.
Les crieurs publics, les copistes des décrets du peuple étaient des employés salariés. L’État salariait des médecins publics, des pi-ofesseurs , des musiciens, des poêles. Il salariait pareillement des artistes chargés de l'embellissement des monuments de la ville dont chaque citoyen se considérait comme copropriétaire. Les notaires étaient des fonctionnaires salariés. Enfin la foule des salariés était si grande, qu’il fallut établir des règles sévères contre le cumul, cette lèpre de nos finances modernes, comme dit Blanqui
Ceux qui n’avaient aucune fonction à remplir, aucun service public à rendre, ne s’en regardaient pas moins eomme ayant droit au salaire. Le salaire ainsi généralisé était une véritable taxe des pauvres, en vertu de laquelle le peuple athénien voulait être, non-seulement nourri mais amusé, aux frais de l’État. De là, les festins périodiques et les fêtes ruineuses dont les ordonnateurs recherchaient la popularité aux dépens de la prospérité réelle du pays '.
En dehors des festins et des fêtes, les secours donnés aux indigents étaient de une ou deux oboles par jour (quinze à trente centimes). Pour y avoir droit il fallait avoir moins de trois mines de bien (environ trois cents francs) *. De temps en temps, on examinait, dans le sé> nat, le rôle de ceux qui recevaient ce secours en argent, et l’on en excluait ceux qui n’avaient pas de titi'e pour le recevoir *.
Plutarque remarque avec justesse que ce fatal système avait rendu les Athéniens paresseux, avides,
* Blanqui, Hitt. it l'écon. poUl., I, p. 30 et 33.
» JUd.. I, p. 17.
* Bterkii, Econ. polit, des Âthéniaa, I, p. 896.
» Æschin., in Timarch., p. S76.
CONGURU.
mobiles, babillards, prodigues et sans frein dans leurs mauvais penchants Périclès, qui en fut l’auteur, en ût un tel abus que sa mémoire en est restée ternie. Il ne se faisait point illusion sur ses inconvénients; mais il en avait besoin pour maintenir sa puissance, et il y persista. Son mépris, du reste, pour la populace égalait pour le moins l’avidité avec laquelle elle recevait sa pâture. De là naquirent les menées perpétuelles des orateurs qui avaient intérêt à flatter ce souverain aux vingt mille têtes qu’on appelait le peuple, et dont l'avidité ne pouvait être assouvie que par des impôts énormes sur les riches ou par des confiscations. Les démagogues en étaient venus au point de déclarer publiquement dans leurs harangues que, si l’on ne coudamuait pas tel ou tel, il serait impossible de suffire au salaire du peuple. Les riches menacés s’exécutaient quelquefois pour conjurer l’orage; il se faisait alors une dbtribution extraordinaire, où tous les mécontents étaient appelés à la curée
Ainsi naquit le lheoricon.
Primitivement, on appelait theùricon l’argent qu’on distribuait au peuple pour payer son entrée au théâtre lors des grandes' fêtes. Le prix ordinaire de l’entrée au spectacle était de deux oboles, et celui des meilleures places d’une drachme au plus. En admettant qu’on distribuât le théorique à dix-huit mille individus, et que la distribution se fit vingt-cinq ou trente fois per année, on ne peut porter à moins de vingt-cinq ou trente talentt la dépense annuelle que le théorique occasionnait
• Plut., Vie de Périclit, 9
' Blanqui, uii. sup., I, p. 31.
' tkeckh, Ecotiom. polit, des Athéniens, trad. d« i<ali^Dt,l,p. 361 et 363.
360 SOLl'TIOK Ut PROBLÈME DE LA MISÈRE.
Par lu suite, le lheoricon reçut une plus grande extension, et l'on fit des distributions d'argent au peuple sans qu’il y eût de représentations théâtrales. On faisait surtout de ces distributions pour procurer au peuple de meilleurs repas
Un démagogue fameux, Démade, osa dire tout haut que le theortcon était le ciment de la démocratie C'était plutôt le chancre de la propriété d’Athènes et le ver rongeur de sa liberté; car c’est à ces habitudes antiéconomiques de vivre presque toujours aux frais du trésor public que les Grecs durent la perte de leur liberté et le peu de développement de leur puissance industrielle. Les distributions publiques ayant pris un caractère périodique, tous les ambitieux, jaloux de popularité, achetèrent la bienveillance de la multitude par des largesses qui épuisaient l'État sans enrichir ceux qui les recevaient.
Ces largesses, en effet, avaient {>our mobile et pour but moins de soulager le peuple que de l’asservir. Un citoyen montrait-il de la bienfaisance et de la noblesse, — comme Cimon, qui sut acquérir le premier rang parmi ses concitoyens, non-seulement par ses grandes qualités, mais en laissant, à l’exemple de Pisistrate, ses champs et ses jardins sans gardes, en abandonnant à tous sa maison et ses fruits, en oflraut chaque jour aux pauvres un repas frugal, en répandant de l’argent sur son passage, en faisant donner aux citoyens mal vêtus les habits de ceux qui l’accompagnaient ; — cette libéralité ne servait qu’à faire naître une triste mendicité et une abjecte dépendance des citoyens en crédit. D’un
' Bœckh, u6. tup.
• Ibid.
COKGIARU. S6I
autre cAté, comme les hommes d'État n’étaient pas tous assez riches pour soutenir une semblable dépense avec leurs propres biens, et que les libéralités étaient nécessaires pour captiver la faveur du peuple, les démagogues introduisirent les distributions d’argent lors des fêtes publiques, le salaire des guerriers, des juges, des sénateurs, etc. Qu'en résulta-t-il? C’est que la pénurie, loin de diminuer, augmenta, avec la paresse et la soif des plaisirs qui avaient rendu le peuple incapable de travail
« Quand une république a des revenus, dit Aristote, il ne faut pas, comme font aujourd'hui les démagogues, partager ce qui en reste avec la multitude; car les pauvres n’ont pas plutôt reçu cet argent qu’ils retombent dans la même misère; c’est de l'eau qu’on jette dans un tonneair percé »
Les mêmes abus produisirent les mêmes effets, à Borne.
Jules César avait donné l'exemple en grand de la libéralité connue sous le nom de congiarium, en y ayant souvent recours pour se populariser. Le lendemain des fêtes données pour son triomphe, il ajouta, comme complément au festin-monstre dont nous parleronsdaus le paragraphe suivant, un congiarium d’une forme et d’une étendue inaccoutumées. 11 fit distribuer à chaque citoyen cent deniers, plus dix boisseaux de blé et dix livres d’huile ; il ût remise, à tous les pauvres, d’une année de loyer, ce qui dut fort réjouir les propriétaires; il accorda aux légionnaires cinq mille deniers par tête; aux centurions le double; aux tribuns, le quadruple.
' Boeckb., I, p. t96.
* Ari»t., Polit., Vt, 8.
Les vétérans reçareut des terres; mais, pour rendre uo nouveau Catilina impossible, César leur iuterdit la vente de leurs lots, si ce n’est après une possession de vingt ans
Auguste marcha sur ses traces, et môme alla beaucoup plus loin. Nul n’employa, en effet, plus fréquemment qu'Augustc la pixidigalité des dons pécuniaires; nul ne recourut plus magniflqucmeut à ce moyen de captation, soit au retour de ses voyages, soit à l’entrée ou au renouvellement de ses différentes magistratures : consulat, tribunat, sacerdoce. Le jour où le sénat lui décerna la puissance tribunitieune, chaque citoyen reçut huit cents sesterces (environ cent cinquante francs). Quelle somme éuorme ce dut faire ^ ! Les congiaria d'.4uguste étaient communément, indépendamment des distributions de vivres, de trente, de quarante, et quelquefois de deux cents sesterces par tôte (six, huit ou cinquante francs) *. Dans son douzième consulat, il en donna un de soixante-six deuiers (cinq francs quarante-cinq centimes) à trois cent vingt mille citoyens \ et un d’autant à cent vingt mille habitants des colonies italiennes; en tout, vingt-un millions cent vingt mille francs ' . Non-seulement il admettait à ses congiaria tous les citoyens, mais il y admettait aussi les jeunes onfauts qui, auparavant, n’y pouvaient partidper avant l’âge de onze ans *.
Les soldats, bien entendu, n'étaient pas oubliés
* Suel..C«s.,XXVII.-Cic.,PM1iijp.,lI,4S.— Duruy,ll,p »21 elütS.
* Voy. Dézobry, I, p. 43.
' Sue!., Aug , Ll.
* Home au tiède d’Aug., 1, p. 43.
* Naudet, ub. sup., p. 68.
* Dézobry, ub, sup.
CONGIâKU.
dans ses largesses : c’était un sûr moyen pour lui de faire oublier son peu de valeur. » Octave, dit à ce sujet Montesquieu , est peut-être le seul de tous les capitaines romains qui ait gagné l'affection des soldats en leur donnant sans cesse des marques d’une lûcbeté naturelle. Dans ce temps-là, les soldats faisaient plus de cas de la libéralité de leur général que de son courage ' . »
C’était une ancienne coutume des Romains que celui qui triomphait distribuait quelques deniers à chaque soldat. Alors, l’esprit des généraux était de porter beaucoup d’argent dans le trésor public et d’en donner peu aux troupes. Dans les guerres civiles, on augmenta ces dons. Paul Émile, dans un temps où la grandeur des conquêtes avait fait augmenter les libéralités, ue distribua que cent deniers à chaque soldat; mais César eu donna deux mille, et son exemple fut suivi par Antoine et Octave, Brutus et Cassius, etc. Autrefois, ou faisait ces dons avec l'argent pris sur l’ennemi. Dans les temps malheureux de l’empire, on donna celui des citoyens, et les soldats voulaient un partage là où il n’y avait pas de butin. Ces distributions u’avaient lieu qu’après une guerre. Néron les fît pendant la paix ; les soldats s’y accoutumèrent, et ils frémirent contre Galba, quaud ce sage empereur eut le courage de leur dire qu’il savait les choisir, non les acheter
Ce n’est pas tout. Le pain del’annone, les congiarta et les spectacles ayant fini par ne plus suffire aux appétits dépravés de l’oisiveté prolétaire, les empereurs durent recourir à quelque invention nouvelle pour
‘ Montesquieu, Grand, et décad. du Rom., XIU. * Montesquieu, u6. $up., XV.
364 SOLl'TION DU PROBLÈME DE LA MISÈRE.
éveiller sa cupidité blasée et rouvrir les écluses de ses fantaisies ; de là, les tessères ou billets de loterie jetés à la plèbe, à sa sortie des cirques ou des théâtres, ou pendant la représentation des jeux, sous le nom de tnisêilia *.
Chaque tessère, ou petit globe de bois, portait une inscription indiquant soit une somme d’argent, soit un habit, soit un char, soit un esclave, soit un vase d’uu métal plus nu moins précieux; tous ces dons étaient acquittés par les trésoriers de l'édile ou de l'empereur qui les faisait
Souvent, à la loterie on ajoutait une immense quan* tité de marchandises rassemblées sous les portiques du théâtre, et dont on abandonnait le pillage à la multitude, à sa sortie du spectacle’; système de secours tout à fait approprié aux instincts et aux appétits d’un peuple dont la religion était le culte à Jupiter pillard, Jovi prœdatori !
Néron, dans des jeux scéniques qui durèrent plusieurs jours, fit distribuer quotidiennement jusqu'à mille billets de loterie, avec lesquels on avait, ou des oiseaux de toute espèce, ou des vivres, ou du blé, ou de l'or, ou des tableaux, ou des chevaux, ou des bêles féroces apprivoisées, ou enfin des navires, des maisons, des terres *.
Ou comprend, d’après cela, la grande popularité dont jouissait Néron, parmi la plèbe de Rome : plebs tordida, et circo ac ihealris sueta, comme l’appelait
' \oj. noire ouvrage Du droit à l'oisiveté, p. 107 et suit.
* Voy. Dézobry, IV, p. 177.
» Dion, XLIX, p. 477.
* Suel., JV«r., IX et XVtlI.
CONGUniA.
Tacite Caligula, Néron, Commode, Caracalla étaient regrettés du peuple à cause de leur folie môme, dit Montesqtiieu : <( car ils aimaient avec fureur ce que le peuple aimait, et contribuaient de tout leur pouvoir à ses plaisirs; iis prodiguaient pour lui toutes les richesses de l’empire; et quand elles étaient épuisées, le peuple, voyant sans peine dépouiller toutes les grandes familles, jouissait des fruits de la tyrannie, et en jouissait sûrement, car il trouvait sa sûreté dans sa bassesse »
L’usage du eongiartum une fois établi devint une obligation pour les princes les plus économes. L’avidité du peuple alla toujours s’augmentant, et le gouvernement le plus aimé fut celui qui prodiguait le plus. Trajan, le vertueux Antonin se soumirent à cette condition. Marc-Aurèle, après la guerre de Germanie, en 929 de Rome, distribua huit aureus h chaque prolétaire; et, pour célébrer les décennales de son règne, Septime Sévère en accorda dix '.
Les préteurs, cha<|ue année, en entrant en charge, étaient obligés de donner des jeux et de couronner ces jeux par un don en argent; c’étaient des pièces de
’ Tacit., //lit., lib. 1. — Voy. la note suiv.
* Montesquieu, u6. up. — Disons aussi que a souvent les proTinces respirèrent sous ces princes cruels qui versaient b flots le sang des grands de Home. » Disons aussi que « l’administration de Tibère fut sage et économe, celle de Claude, douce et indulgente, et que les regrets populaires qui accompagnèrent la mort de Néron firent que pendant longtemps son tombeau était toujours couronné de fleurs nouvelles » (Voy. Hicbeict et les auteurs qu’il cite, Hist. de Fr., I, p. 9/ ). — Sous Vespasien, un faux Néron fut suivi avec entliousiasmo dans la Grèce et l’Âsie. Le titre qui porta Héliogabale à l’empire fut d’étre cru petit-fils de Septime Sévère, et fils de Caracalla (ibid.).
• Plia., Panegyr. Traj., XXV, XXVII.— Dion, XXXI, 32.— XXXVl, 1 .
366 SOLUTION DU PflOBLÈVE DE LA MISÈRE.
monnaie qu’on jetait à l’assemblée. Plusieurs se livraient à des dépenses ruineuses. Marc-Aurèle fut obligé d’y mettre une limite en fixant une somme qu’il u’était plus permis de dépasser '.
Avec un tel système de secours désordonnés et de libéralités corruptrices, le nombre des oisifs et des imprévoyants ne put que se multiplier outre mesure. Aussi, quand les malheurs de la guerre eurent tari les sources de l’impôt et de la bienfaisance privée, la misère se montra-t-elle partout, dans toute sa nudité, dans toute son horreur, et ses ravages furent d’autant plus désastreux, que les moyens employés pour les arrêter n'avaient servi qu’à leur donner plus d’étendue et plus d’essor.
§ VI
Epnla.
Les repat eonvemuelt de Lycurgue. — Le pryianée d’Athènes. — Les leelitlernei de Rome. — Ordonnancements de ce» diverses sortes de repas. — Règles d'admission. — Dépenses. — Fêles épulaires dos empereurs. — Le peuple, eufla, admis aux Jou'issanccs des grands ! — Qu'en retire-t-ii ?
Eu outre des congiaria alimentaires, ou pour en tenir lieu, les républiques anciennes avaient institué des fêles épulaires et des repas publics, en faveur du peuple indigent, repas qui variaient, dans leur ordonnancement et dans leur but, selon la diversité de mœurs et d’institutions politiques des peuples qui en admettaient l'usage.
Les repas eu commun, aux dépens du public, étaient
‘ Naudet, ub. >up., p. 70.
EPDLÆ.
]’nne des institutions fondamentales de la république de Platon
Lycurgue en avait fait la base de la sienne. A Sparte, les citoyens ne prenaient jamais de repas en particulier, Lycurgue ayant ordonné que tous, sans distinction, roi, magistrats, sénateurs, riches et pauvres, mangeassent ensemble les mêmes viandes, qui étaient réglées par ses lois. Tous les citoyens donc étaient appelés à des repas publics où régnaient la décence et la frugalité, et au moyen desquels, dit Plutarque, étaient bannis des maisons des particuliers le besoin, l’excès et les vices qui naissent de l’un et de l’autre *.
Les repas conventuels de Lycurgue s’appelaient pht- Uties ou phidtlies, soit parce qu’ils cimentaient la bienveillance et l’amitié entre les citoyens, soit parce qu’ils accoutumaient à la frugalité et à l’éjtargne , laquelle se dit en grec pheido. Ces repas se prenaient dans de grandes salles où quantité de tables étaient dressées. Chaque table contenait communément quinze couverts. Les mets se composaient de brouet noir (espèce de potage) et de chair de porc bouillie dont les portions égales, servies séparément à chaque convive, étaient si petites qu’elles pesaient à peine un quart de mine (environ trois onces et demie). On y ajoutait du vin, des gâteaux et du pain d'orge en abondance. Une mie de pain, pour essuyer la bouche ou les doigts, tenait lieu de serviette *.
On ne pouvait se dispenser de se trouver aux repas
* Plat De Rep , lib. III. — Voy. sur les repas dgalitaires des ancieot P. Leroux, De fEgedUi.
* Plut., Lycurg., XIII et XV.
' Voy. Burlhéleiny, Voyage du Jeune Anachareie.
publics : ceux qui y manquaient, sans cause légitime, étaient punis.
En Ci-ëte, la dépense des repas se prélevait sur les revenus de la république ' ; à Lacédémone, elle se prélevait sur les revenus des particuliers. A cet effet, chaque citoyen était tenu de fournir par mois une certaine quantité de farine d'orge, de vin, de fourr.age, de figues, et même d’argent ce qui faisait dire avec raison à Aristote que ce mode de contribution forcée devait avoir forcément pour résultat d'exclure des repas en commun les citoyens les plus pauvres
Aristote recommande expressément d’établir des repas publics, comme le meilleur moyen de maintenir l’union parmi les citoyens *.
A Athènes, les repas publics n'étaient pas communs à tous les citoyens comme à Lacédémone; c'était, au contraire, un honneur singulier d'y être admis. Ils se faisaient dans un vaste édifice appelé Pryianie : on y ser>'ait tous les jours, aux dépens de la république, plusieurs tables où l’on recevait, indépendamment des cinquante sénateurs qui gouvernaient, à tour de rôle, sous le nom de prytanes, tous les citoyens à qui ce privilège était accordé en récompense des services par eux rendus à la patrie. On y admettait également les enfants de ceux qui étaient morts au service de la république
Dans le principe, cette règle était aussi sévèrement observée que celle de In sobriété. Plus tard, quand les
■ Ârislot. De Eep., lib. II, cap. 9 el 10
* Plut., ub. sup.
* Aristol., ub. sup. — Voy. ci-des.sus, p. 297, note 2.
* Arislot., De Rep , lib. Vit, cap. 9.
' Bartlielemy, Koy. tAnacharsis, U, cb. 14.
BPULÆ.
Athéniens eurent étendu leurs conquêtes en Asie, ils prirent les mœurs du pays conquis, et se livrèrent à leur penchant pour la bonne chère et les plaisirs. Alors le droit à l'oisiveté devint la règle du droit aux repas du prytanée, et il fallut des lois somptuaires pour en limiter les abus
Outre les repas quotidiens du prytanée, il y avait, à Athènes, d’autres repas publics qu’on pourrait appeler occasionnels, bien qu’ils fussent périodiques et à jours certains.
Ceux-ci avaient lieu à certaines fêtes, à certaines époques de l'année.
A chaque nouvelle lune, les riches exposaient, dans les carrefours, en l’honneur de la déesse Hécate, des repas qu’on laissait enlever au petit peuple
A la suite des spectacles et des jeux, il se donnait presque toujours, dans le prytanée ou dans d'autres lieux publics, de grands repas qui se prolongeaient jusqu’au jour suivant. Le peuple, à qui ou distribuait les victimes immolées, dressait partout des tables, et faisait éclater une joie vive et bruyante *.
Aux fêtes de Bacchus, qui duraient plusieurs jours, on faisait de copieuses distributions de vin au peuple ; mais ces distributions étaient moins, ])our le peuple, un moyen de se réconforter par une boisson fortifiante qu’une occasion de boire outre mesure et de s’enivrer*.
Les repas publics étaient aussi fréquents à Rome.
• D'Ilarraonville, Diction, des dates, y' Repas.
’ Arisloph., Plut., vers 594.
• Arisloph., in Nub., vers 385. — Anacharsis, ch. XXIV.
• Plat., De Legibus, lib. I, tom. II, p. 637.
ii,
Les plus en usage s’appelaient leelülemes, du nom des lits sur lesquels les principaux convives étaient assis.
En temps de calamité, de peste ou de famiue, le sénat, pour apaiser 1^ dieux, ordonnait, uon pas un jeûne, mais des repas publics propitiatoires Ces leetislemti se tenaient, partie dans les temples où l’on dressait des lits et des tables pour les dieux et l’aristocratie des convives, partie en plein air pour le peuple.
Ces fêtes ipulaires étaient ordinairement très simples. Le festin consistait en galettes de farine d'orge, servies dans des assiettes de terre ou des corbeilles; en gâteaux, fromeutées, olives, poissons à écailles, prémices de quelques fruits, et autres choses aussi peu rechercbées, d’aussi peu de valeur, et sans superfluité. Les libations, qui consistaient eu vin mêlé de myrrhe, s’y faisaient avec des vases et des coupes également de terre *.
Souvent les lecitsiemes étaient célébrés avec plus de magnificence ; ils duraient quelquefois huit jours de suite. Le peuple, qui aimait singulièrement ce genre de cérémonie religieuse, invitait à sa table tous les passants, connus ou inconnus, indigènes ou étrangers, et s'abstenait, pendant ce temps-là, de toute querelle ’.
Dans un lecliuerne qui dura trois jours, le sénat dépensa trois mille trois cent trente-trois <u, et fit tuer trois cents bœufs *.
■ Le jeûne n’enirait point dans les dérolions des Romains. Nous n'en connaissons qu’un exemple dont parle Tite-LÎTe, lib. XXXVI, cap. 37.
• Tile-Lire, lib. XL, 89. — Pline, XXXII, S. — Denys d'Hal., 11, 7.
• Tile-Live, V, 13.
• De Beaufort, Rép. rom., I, p. 277.
KPULiG.
Une autre espèce de repas, à peu près semblable, était donné à Jupiter, dans certaines occasions solennelles ; des prêtres spéciaux , nommés ipulont , étaient chargés de régler et de fiiire les honneurs du festin
Chaque sacrifice était toujours suivi de festins. S'il était public, les épulons avaient soin d'ordonner un repas des plus somptueux; si c'était un particulier qui faisait le sacrifice, il invitait chez lui les personnes de sa connaissance, et on y mangeait la part de la victime qui lui était échue *.
De grosses sommes étaient dépensées pour ces repas expiatoires. Le peuple pauvre en profitait ; mais était-ce un bon moyen de soulager sa misère que de la provoquer par des banquets?
Les repas publics étaient l’un des moyens les plus usités par les riches ambitieux pour capter la faveur et les suffrages du peuple, à la fin de lu république.
C'est ainsi que l’opulent Crassus, pour arriver au consulat, donna volontairement au peuple, outre la dîme de ses biens, assez de blé à chaque citoyen pour qu’il pût vivre pendant trois mois, un splendide festin de dix mille tables *.
Lors des fêtes du triomphe de César, tout le peuple romain se coucha autour de vingt-deux mille tables à trois lits, qu’on servit comme pour les grands. Le chio, le fulerne coulaient en abondance, et le plus pauvre put goûter enfin à ces murènes tant vantées^!...
• Cic., De Oral., IH, !9.
■ De Beauforl, ub. tup., p. 233, 293.
• Plul., Crassut, XVt.
‘ Pline, Hitt. nat , IX, 81 ; et XIV, 17.
Cette vaste orgie inaugura les splendeurs de l’empire; mais elle préluda aussi à ses immenses misères.
§ VIII
SporlaU.
En quoi eouUlait. — PaHoriotum . — Cœna recta, — Comment x dlstriboait U •portulo. — Scooan qui avilit no proflte pas.
De tous les secours alimentaires en usage à Rome, le plus connu et le plus généralement pratiqué était la distribution de vivres que les patrons faisaient, chaque jour, à leurs clients. Cette distribution s’appelait sportule, de tporlula, corbeille.
La sportule se donnait en nature ou eu argent.
Quand elle se donnait eu argent, elle précédait la sortie du patron ; quand elle se donnait en nature, elle suivait sa rentrée ‘.
La sportule en argent, appelée aussi panariolum, consistait en quelques pièces de petite monnaie, dont le montant, dit Martial, sutRsait à peine pour acheter de quoi apaiser la faim Ce montant était habituellement soit de cent quadrans (un franc dix-sept centimes), soit de trois deniers (deux francs quarante-cinq centimes) par jour, ou même moins encore; certains clients, d'après Martial, ne recevaient pas plus de cent vingt sesterces (vingt-un à vingt-deux francs) par an ’.
La sportule en nature consistait en vivres, tels que viandes, boissons chaudes, vins de médiocre qualité, etc. Chacun des malheureux qui y avaient droit traînait
‘ Dézobry, I, p. 438.
» Mart., I, 60: lH, 7; V, 80; X,78j XIV, t23.
• Mari., III, 7; IV, 26, 68; VI, 88; IX, 103; X, 75. — Dézobry, I, p. 128.
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après soi, dit Juvénal, sa pauvre batterie de cuisiue, portant sur sa tête une pyi-amide de vases dont il venait offrir le gouffre à combler au distributeur. Quelques-uns même apportaient un réchaud dont ils rallumaient les charbons en courant
C'est publiquement et devant la maison du patron que se faisait la distribution de la sportule *.
Les patrons les plus riches doiiuaient quelquefois des repas réglés où tous leurs clients étaient invités : c'est ce qu’on appelait cana recta*.
La sportule était l’unique fortune des clients faméliques. Ils n’avaient que cette ressource pour avoir une toge, se chausser, se couvrir, sc chauffer*. Rien de plus vil et de plus rampant que ces affamés ! Ils prodiguaient aux patrons les termes de la Oatterie la plus obséquieuse et la plus outrée , de la servilité la plus basse, jusque là qu’ils les nommaient maîtres et même rois titre proscrit à Rome depuis des siècles.
Souvent, il se glissait, parmi les clients pauvres, des sénateurs et des magistrats qui prenaient leur part aux distributions de la sportule *.
Quand les clients étaient très nombreux, le patron, qui les connaissait tous, les passait eu revue, et renvoyait sans pitié les parasites intrus qui se glissaient en fraude jusqu’à sa table
' JuT., Sol. III, vers 249.
• JuT., Sat. I, vere 97 eHI7. — Uart., XIII, 423.
* Suet„ in Nerone, cap. XVI. — Idem, in Domit., cap. VII.
* Jov., Sat. I, vers 417. — Senec., Ep. IV.
» Hor., I, Ep. XVII, vers 43. — Mari., I, 413; II, 18, 68; IH, 7, VI, 88.
• Juv., Sat. I, vers 99.
’ Ibid., vers 100-4.
Martial est plein de peintures burlesques représentant des clients efflanqués qui allaient, vautrés dans la crotte, d’un bout à l’autre de Rome, recevoir la spoiv tule chez leur patron
Ce mode de secoui's avait pour but de venir en aide et de satisfaire aux besoins de la portion nécessiteuse de la clientèle des grands, mais il avait pour résultat de favoriser la fainéantise et d’entretenir l’oisiveté, dans la classe du peuple qui y avait recours.
Il démoralisait en soulageant.
C’est dire qu’il aidait peu à diminuer la misère.
Le bienfait qui avilit ne proCte pas.
• Vojr. ci-degsus, p. 44 .
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