EMPRISONNEMENT
le magistrat était de ne procéder par emprisonnement contre citoyen quelconque, premier qu'il ne fût condamné, sinon en cas de crime de lèze-majesté, ou qu’il fût question des finances et trésors de la république. Platon, en son Apologie, dit que Socrate était en sa maison durant le procès, et qu’il ne fut emprisonné qu’après son jugement de mort. De même, Miltiades, qui était accusé de trahison, était malade en son logis, nonnseulement tant que l’action dura, mais à l’instant aussi qu’elle fut plaidée et jugée.
« Les Romains, sous leur république, n’en usaient pas autrement ; car, encore qu'il aliât de la vie pour le crime de perduellion et parricide, et que, pour l’exemple, ils y aient quelquefois pratiqué la prison , comme à Appius Claudius, décemvir, et aux fermiers du public, lesquels avaient usé de force et avec armes nftnpu l’assemblée du peuple; si est-ce qu’ils n’en usaient pas môme ordinairement en ce cas-là. Marcus Spurius Cassius, Marcus Martius Coriolanus, Marcus Cœso Quintius ne furent point en prison durant que leurs accusations se traitaient. Licinia et Publia, accusées d’avoir empoisonné leurs maris, n’y entrèrent non plus pendant l’instruction, non plus que Lentulus et Céthégus, sinon que pour les exécuter.
« On pourrait dire que l’une des occasions pour lesquelles les Grecs et les Romains étaient si doux aux accusés, venait de ce qu’il était permis à toute personne, se voyant accusée, de prévenir ce qu’on pouvait juger contre elle, iût-ce la mort, en s’en allant ou exilant soi-môme. Quel qu’il fût, soit juge, soit accusateur, soit autre, il ne pouvait lui ôter cette liberté et faculté. Il s’ensuit donc qu’il ne lui eût pas fait tenir prison durant sa cause.
« Â quelle (in, en effet, la prison, si la plus grande peine, c’était l’exil, et s'ils se le pouvaient imposer?
« Mais, outre ces considérations, la prison de soi était et est chose servile. Elle préjudicie à la liberté de laquelle nul Romain ne pouvait être privé outre son gré, dit Cicéron, proJ/urenâ.
« La prison ne leur était guère moins odieuse que le supplice. Factnus esc vtnetrt ctoem romanum; scelus verberari; parrtcidium necari, dit-il lui-méme contre Verrès; et tirait-on autant en mauvaise part la prison de Lentulus que sa mort, encore que ce ne fût pas prison fermée, dit-il en l’oraison pro Sylla. C’était contre les vaincus menés en triomphe, contre les esclaves, contre les ennemis communs qu’ils pratiquaient la prison. »
Cependant, ce large et absolu principe de liberté individuelle dut céder souvent devant l’inflexible nécessité. Souvent, en effet, il devint indispensable, pour le repos public, ou dans l'intérêt de la véi-ité, de constituer l'accusé en état de garde préventive.
C’est alors que s’introduisit, dans le code d’instruction criminelle des Romains, l’usage de la garde en chartre libre, libéra cusiodia, en faveur des prévenus ou accusés de crimes ou délits, auxquels le juge voulait épargner la honte ou l’ennui de la prison commune. — Cette espèce toute particulière de réclusion consistait à laisser libres, jusqu’à prononciation du jugement, sous la garde d'une personne publique on d’un soldat, les présumés coupables qui en étaient atteints
• Voy. Sallusl., Cat., XLVII. — Til.-Liv., Hisl., XXXIX, U. — Tacil., Ann., VI, 3.
Lentulus et Celliegus ne furent pas mis en prison fermée pendant