RÉPUBLIQUES OUVRIÈRES
être? Tout. » Cet axiome paradoxal du plus fameux de nos socialistes modernes a trouvé, il y a cinq cents ans, sa plus complète réalisation dans les républiques italiennes du moyen âge.
Tandis, en effet, que les communes de Flandre préparaient, dans leurs plaines, les républiques industrielles des Artevelle; — tandis que la république agricole et guerrière de Guillaume Tell se formait, en 1508, dans les montagnes de la Suisse; — tandis que Brème, Hambourg, Lubeck, et quatre-vingts autres villes libres de TAllemagne se constituaient, en l'an 1541, en confédération anséatique, dans l'intérêt de leur commerce , — les républiques aristocratiques de l'Italie se convertissaient en républiques ouvrières, où l'outil de l'artisan tenait lieu de sceptre, où l'industrie commerciale et manufacturière exerçait le monopole des emplois publics et de la souveraineté nationale.
Dès l'année 1282, l'industrie était si puissante, à Florence, que les citoyens de cette république s'étaient donné une magistrature exclusivement composée de marchands, sous le nom de Prieurs des arts. Ces délégués du peuple, réunis en un collège suprême de six membres, étaient investis du pouvoir exécutif et logés dans le palais de la nation. Leurs fonctions ne duraient que deux mois, mais ils pouvaient être réélus au bout de deux années *.
A Sienne, on fit de même ; et les quinze seigneurs qui gouvernaient cette petite république furent remplacés par neuf bourgeois, exclusivement désignés par les marchands*.
' Blanqui, Hist, de Vécon. polit,, 1. 1, ch. XX.
A Gènes, les fortunes commerciales se substituèrent à Faristocratie territoriale, et créèrent un pouvoir plus absolu que celui des barons fe'odaux K
Il en fut de même à Venise., république sans territoire dont la capitale était une flotte de navires amarrés sur leurs ancres, et qui était obligée de demander au commerce non pas la fortune, mais la vie ^.
Dans aucune des républiques italiennes, l'aristocratie ne prévalait, au commencement du quatorzième siècle, sur les bourgeois de l'industrie et du commerce.
Dans la plupart d'entre elles, il fallait, pour rester citoyen et pour pouvoir aspirer au gouvernement de l'État, exercer un art ou un métier*, ou, comme nous dirions aujourd'hui, porter la blouse.
Et comme, en général, les républicains aiment d'autant plus passer pour nobles qu'ils affectent le plus de se montrer indifférents de ne l'être pas, les marchands souverains des républiques italiennes se prétendirent anoblis par leur profession même, et placèrent, à côté de la noblesse de soie, la noblesse de laine, laquelle, comme de raison, se crut bientôt en droit de mépriser l'autre *.
Les républiques italiennes nous montrent le premier exemple d'une large application des théories du commerce à la pratique du gouvernement. Ces républiques, en effet, peuvent être considérées comme de grandes maisons de commerce administrées avec habileté et économie ^.
On prenait les magistrats dans les comptoirs, dans
* Blanqui, ub. sup.
* Voy. Daru, Hist. de Venise, t. I. p. 505. » Blanqui, ub. sup., p. 248 et 251.