SABBAT
sept que se mesurait encore ici le temps du repos. Seulement, ce n'était pas six jours mais six ans que devait durer le travail de la terre, et, au lieu de chaque septième jour , c'était chaque septième année que la terre se reposait.
(( Vous sèmerez votre champ six ans de suite, et vous taillerez aussi votre vigne et en recueillerez les fruits durant six ans. Mais, la septième année, ce sera le sabbat de la terre, consacré à l'honneur du repos du Seigneur. Vous ne sèmerez point votre champ et vous ne taillerez point votre vigne pendant toute cette année-là*. »
C'était ce qu'on appelait Vannée sabbatique. Le repos en était aussi rigoureusement prescrit que celui du septième jour de la semaine. Vous garderez mes sabbats, dit le Seigneur, S abbatamea custodî te ^,
Mais comment vivre , pendant l'année sabbatique, enVabsence de toute récolte?
Voici, à ce sujet, ce que prescrit le Seigneur ;
« Que si vous dites : Que mangerons-nous la septième année, si nous n'avons point semé, et si nous n'avons recueilli aucuns fruits de nos terres? »
« Je répandrai ma bénédiction sur vous, en la sixième année , et elle portera autant de fruits que trois autres. »'
« Vous sèmerez la huitième année, et vous mangerez vos anciens fruits, jusqu'à la neuvième année ; vous vivrez des vieux jusqu'à ce qu'il en soit venu de nouveaux ^ »
Je ne sais jusqu'à quel point s'est réalisée, chez les
» Ibid., 3,4,5.
2 Levit., XIX, 23.
3 Levit., XXV, 20, 2J, 22.
Hébreux, celle promesse divine d'une récolte triple pour la sixième année. Ce qui est certain, c'est que, si elle l'a été, ce n'a pu être que par un miracle, et non par l'effet naturel d'une fécondité rajeunie. Car, dans ce dernier cas, ce n'eût pas été la sixième, mais la huitième année qui eût produit triple, par suite du repos de l'année sabbatique; — sauf, toutefois, en ce qui concerne le repos de la vigne, car ne pas tailler la vigne c'est la tuer.
Ajoutons, en passant, qu'avec plus d'intelligence, les Israélites eussent entrevu le but du législateur, et ils eussent ordonné que le sabbat ou le repos des terres eût lieu, chaque année, par septième, de manière qu'au bout de sept ans le territoire entier se fût reposé * .
Quoi qu'il en pût être à cet égard, l'Israélite, qui n'avait pas d'épargnes des années précédentes, ou auquel avait manqué la triple récolte promise, n'avait pour se nourrir, pendant Tannée sabbatique, que ce que la terre produisait d'elle-même ; encore lui étaitil défendu de récolter pour lui seul, et de faire vendange de ses raisins pour les prémices ordinaires de ses vignes, car c'était l'année du repos de la terre, et ce que la terre produisait d'elle-même, cette année-là, ainsi que les raisins de sa vigne , devaient servir nonseulement à sa nourriture à lui, mais encore à la nourriture de sa maison, et à celle de l'étranger qu'il logeait, des mercenaires qu'il employait, et des bestiaux qu'il avait dans ses étables ^.
* Voy. Proudlion, ub. sup.^ p. 105.
* Levit., XXV, 5, 6, 7, 11, 12. -— Le texte de ces divers versets est fort obscur, et paraît conlradicloire. J'ai essayé de le rendre clair, sans en altérer le sens, dans l'analyse que j'en ai fuite ci -dessus.