‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 6 sur 40 · PRÊTS GRATUITS; REMISE DES DETTES · texte numérisé non relu

PRÊTS GRATUITS; REMISE DES DETTES

Nous verrons, dans les paragraphes suivants, que le sabbat septennal profitait également aux pauvres , et qu'outre l'année sabbatique de la terre, Moïse avait institué l'année sabbatique des esclaves et l'année sabbatique des débiteurs.

§ IV

iPréts sratalts. — Bemlse des dette».

Outre l'année sabbatique de la terre, Moïse avait institué l'année sabbatique des débiteurs. — Remise ou banqueroute générale des dettes, tous les sept ans. — Prohibition de l'usure. — Échange et prêts gratuits seuls autorisés. — Mauvaise foi des débiteurs n'en était pas moins condamnée. — Mais peu de prêteurs consentaient à donner ou à perdre même leur superflu. — Peu ou point de prêteurs dès lors ; — Et, dès lors aussi, point d'emprunts. — C'est tout ce que voulait Moïse.

Quelque laborieux que fût l'Israélite, et quelque salaire qu'il retirât de son travail, ce salaire, ce travail n'étaient pas assez constamment productifs pour qu'il n'eût pas besoin souvent de suppléer à leur insuffisance par un emprunt. Mais, chez un peuple sans commerce et sans industrie, emprunter, c'est se ruiner, surtout quand l'intérêt vient s'ajouter à la dette.

Ce premier inconvénient de l'emprunt. Moïse le supprima, en supprimant l'usure, c'est-à-dire en ne permettant, parmi les Israélites, que l'échange et le prêt gratuit.

Voici ce que sa loi porte au sujet du prêt gratuit :

« Vous ne prêterez à usure à votre frère ni argent, ni grains, ni quelque autre chose que ce soit, mais seulement aux étrangers*.

* Deut.y XXIII, i9.

«Vous prêterez à usure aux étrangers, mais vous n'emprunterez rien d'eux * .

« Quant à votre frère , vous lui prêterez ce dont il aura besoin , sans en tirer aucun intérêt ^.

« Si votre frère est devenu fort pauvre, et qu'il ne puisse plus travailler des mains, ne lui prêtez point à usure et ne tirez point de lui plus que vous ne lui aurez donné. N'exigez de lui aucun intérêt, et ne lui demandez pas plus de grains que vous ne lui en aurez prêté ^ »

« Que si, après avoir prêté quelque chose à votre prochain, vous allez vers lui pour lui demander ce qu'il vous doit , ne le pressez point comme un exacteur, et n'entrez point dans sa maison pour en emporter quelque gage, mais tenez-vous en dehors, et il vous apportera lui-même ce qu'il aura *. »

« Que s'il est pauvre, le gage qu'il vous aura donné ne devra pas passer la nuit chez vous*. »

« Que si c'est son habit que votre débiteur vous aura donné pour gage, vous le lui rendrez avant que le soleil soit couché ; car c'est celui dont il se sert pour couvrir son corps, et il n'en a point d'autre pour mettre sur lui quand il dort *. Vous le lui rendrez donc aussitôt avant le coucher du soleil, afin que, dormant dans son vêtement, il vous bénisse, et que vous soyez trouvé juste devant le Seigneur votre Dieu ^ »

» Dewi.,XV,6. — XXVm, 42.

« Deut., XXni, 20.

« Levit., XXV, 35, 36, 37.

♦ Deut., XXIV, 10 et 11. — Exod., XXU, 25,

» Deut., ib., 12.

« Exod., XXU, ^7.

7 Deut., XXIV, 13.

ruÉTS gratuits; remise des dettes. Z9

Rien de plus admirablement humain que ces préceptes. Mais étaient-ils de nature à attirer les prê^ leurs? Ils les éloignaient, au contraire; et c'est, je crois, tout ce que Moïse voulait.

Ce n'est pas tout : Quand, à défaut du crédit payé , le crédit gratuit consentait à faire aux nécessiteux Tavance de ses denrées ou de son argent sans en retirer ni prélibation, ni échange, cette avance reçue, il ne fallait pas moins la rendre, en capital, à l'époque convenue. Or, quand le pauvre besoigneux, qui avait emprunté ce capital pour le dépenser, l'avait dépensé, comment, devenu plus besoigneux par cet emprunt même, pouvait-il le rendre? Déchargé seulement du fardeau accessoire des intérêts, il n'en succombait pas moins sous le poids principal de la somme à rembourser. C'est de ce poids surtout qu'il fallait le débarrasser. C'est pourquoi Moïse institua, à côté de l'année sabbatique de la terre, l'année sabbatique des débiteurs, c'est-à-dire la remise générale des dettes, tous les sept ans.

Voici le texte de cette loi extraordinaire :

« La septième année sera l'année de la remise.

t( La remise se fera ainsi : Un homme à qui il sera dû quelque chose par son ami, ou son prochain et son frère, ne pourra le redemander, parce que c'est l'année de la remise du Seigneur.

(c Vous pourrez exiger votre dû de l'étranger qui sera venu en votre pays ; mais vous n'aurez point le pouvoir de le redemander à vos concitoyens et à vos proches.

(( De cette manière, s'il y a toujours des pauvres, il n'y aura plus ni indigents, ni mendiants parmi vous*. »

» Z)eu^, XV, 4, 2, 3, 4 et il.

De cette manière, en effet, l'indigence et la mendicité étaient taries dans Tune de leurs sources principales, Temprunt; car, du moment où il n'y a plus de prêteurs, il n'y a plus d'emprunteurs, et, partant, plus de dettes à payer. Or, n'était-ce pas supprimer les prêteurs que d'éteindre tous les prêts non remboursés , dans une banqueroute générale , revenant , à époque fixe, tous les sept ans?

Quelques Israélites, pourtant, se hasardaient, au début de la période septennale, à avancer sur gages quelques denrées, quelque argent, dans l'espoir que le temps assez long qu'ils avaient devant eux leur faciliterait le moyen de rentrer dans cette avance; mais personne ne voulait en courir la chance quand la période marchait vers sa fin. Vainement Moïse leur disait : « Gardez-vous de laisser entrer dans votre esprit cette pensée impie , et de dire dans votre cœur : « La septième année, qui est Tannée de la remise des dettes, approche, » et de détourner ainsi vos yeux de votre frère qui est pauvre , sans vouloir lui prêter ce qu'il vous demande, de peur qu'il ne crie contre vous au Seigneur, et que cela ne vous soit imputé à j)éché * ; » — les Hébreux riches n'étaient pas gens à se laisser émouvoir de si peu ; et, comme il n'y avait pas de sanction pénale à cette loi, laquelle même était plus un conseil qu'une loi, leurs oreilles restaient sourdes aux demandes des emprunteurs, d'autant que l'année de la remise des dettes coïncidait avec l'année sabbatique pendant laquelle personne ne récoltait rien.

Au milieu de tous ces obstacles, tout prêt devenait donc impossible j mais, par suite, l'occasion de se

» DeuL, XV, 9. .

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