‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 1 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Italie.

Beaucoup visitée, peu connue. — L'Ilalie physique et l'Halie morale. — Statistique des pauvres et des mendiants en Italie.

Si l'Italie est le pays de l'Europe le plus visité, c'en est aussi peut-être le moins connu. Ce n'est pas qu'on ne connaisse parfiiitement son ciel , ses ruines, ses monuments : mais c'en est là Tccorce, le for extérieur, la parure; ce n'en est pas l'esprit, l'ame, la vie. L'àme, la vie, l'esprit de l'Italie, sont dans ses institutions de bienfaisance. Or, quelle Corinne a jamais étudié ces institutions?

Les Italiens eux-mêmes ignorent l'objet, le but, la destination de la plupart des établissements charitables que leurs yeux voient à toute heure , que leurs mains touchent sans cesse, que leur inépuisable bienfaisance alimente chaque jour. Comment les étrangers seraient-ils plus instruits qu'eux?

La seule chose que tout le monde sache , ou, du

moins, que tout le monde croie savoir, c'est que l'Italie regorge de pauvres, et que nulle part les mendiants ne se montrent aussi nombreux.

Mais, n'est-ce pas là encore juger l'arbre par l'écorce?

Nous ne voulons pas nier pourtant que la mendicité ne s'étale et ne se produise, en Italie, avec une luxuriance qu'on ne rencontre en aucun autre État du monde chrétien. Mais, cela encore ne tient-il pas plutôt au for extérieur du besoin qu'au besoin lui-même? Et, de ce qu'il y a plus de mendiants en tel pays qu'en tel autre, doit-on nécessairement conclure qu'il y a plus de misère?

D'après M. de Villeneuve-Bargemont , l'Italie présente un rapport de un à vingt-cinq entre le nombre de ses pauvres et celui de sa population générale, celleci s'élevant à dix-neuf millions quarante-quatre mille habitants, et le nombre des indigents étant de sept cent cinquante mille. D'après le même auteur, la population entre les classes agricoles et les classes manufacturières s'établit : : 5 : 1. Il y a ainsi quinze millions huit cent soixante-dix mille propriétaires ou agriculteurs, et trois millions cent soixante-quatorze mille manufacturiers, sur une superficie de territoire de douze mille six cent quatorze lieues carrées, ce qui fait quinze cent neuf habitants par lieue carrée. Quant aux mendiants, ils sont, toujours selon M. de Villeneuve, au nombre de cent cinquante mille, ce qui fait un mendiant sur cent vingt-six habitants.

Dans ses calculs sur le même objet, M. le comte de Tournon évalue également à un vingt-cinquième de la population totale la population indigente deTItalie.

Mais M. Schœn la porte à un taux trois fois plus considérable, c'est-à-dire à treize sur cent.

Lequel de ces chiffres est le vrai? Aucun, selon M. le comte Petitli di Roreto.

Le savant économiste de Turin traite, en effet, de chimères tous les chiffres qui tendent à fixer le nombre des pauvres, et surtout des mendiants, dans l'Italie prise en masse. C'est à peine s'il accorde créance à quelques statistiques particulières , spéciales à certaines villes, à certaines provinces ^

Tâchons pourtant, à l'aide des documents que nous possédons, d'élucider la question du problème de la misère en Italie, et souvenons-nous que, pour cela, nous ne pouvons nous passer d'un sens qui manque généralement aux étrangers pour juger ce qu'ils voient dans ce beau pays, — le sens religieux '.

États pontitlcaux. — Kome.

Misère et charité à Rome. — Moyens d'y réprimer la mendicité, d'y moraliser les condamnés, d'y soulager l'indigence.

Nous connaissons Rome païenne. Devenue la résidence, puis le royaume temporel des successeurs de saint Pierre, Rome catholique a-t-elle eu moins de soUicitude pour les classes souffrantes que sa devancière? A-t-elle compté moins de malheureux dans sou

* Voy. l'ouvrage de M. le comte Pelitli di ^oveio iSaggio suî buon governo délia mendicità, degli instituti di beneficenza e délie carceri, 2 vol. in-8, Turin, 1837.

« Rappelons à celte occasion que le concile de Trente attribue h l'autorité ecclésiastique l'adminislralion môme financière de la bienfaisance publique, et que les canons de ce concile, qui n'ont pas été reçus en France, ont conservé toute leur force au-delà des Alpes.

sein ? A-t-elle résolu plus victorieusement le problème terrible de la misère? Ce sont là des questions qu'on ne trouve point dans les récits des touristes ou des poètes, parce qu'il n'y a pour eux qu'une Rome^ la Rome antique, la Rome artistique et monumentale. Raison de plus pour que nous apportions à les examiner notre attention la plus sérieuse et la plus soutenue.

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