‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 102 sur 168 · ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. — THÉORIES RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. — THÉORIES RÉVOLUTIONNAIRES

les anathèmes de'Linguet contre les riches *; sur les doctrines communistes de Morelly ou de Mably ^; sur le grossier matérialisme de d'Holbach et de Lamettrie ; sur l'assimilation de la propriété au vol, par Brissot de Warville ^; enfin, sur la préconisation de l'égalité absolue, par la presse révolutionnaire du temps *.

Toutes ces erreurs, toutes ces excentricités dangereuses vinrent échouer au seuil de l'Assemblée nationale qui ne laissa pénétrer dans son sein que les réformes réclamées par la logique même du temps. C'est dire qu'en déblayant le sol de la France des vieux débris du moyen âge, elle conserva pour appuis de l'ordre social nouveau les deux bases fondamentales de la propriété individuelle et de la famille.

Parmi les plans d'amélioration du sort des classes laborieuses qui furent présentées à l'Assemblée constituante par les assemblées provinciales et municipales de toutes les villes et bourgs du royaume,

1 Théorie des lois civiles publiées en 1767, par Linguet, liv. I et V, ch. XXX.

» Voy. dans le Code de la Nature, publié en 1755, par Morelly, Torganisation d'une société communautaire : « Rien n'appartiendra singulièrement ni en propriété à personne, que les choses dont il fera un usage actuel soit pour ses besoins, ou ses plaisirs, soit pour son travail journalier, etc., etc. « Les mêmes doctrines communistes se retrouvent dans les Doutes sur l'ordre naturel et essentiel des sociétés^ 1768, et dans le Traité des droits et des devoirs du citoyen, 1776, par Mably.

'. Le même qui se rendit si fameux dans la Révolution, et qui expia comme girondin, sur l'échafaud, en 1794, les Recherches philosophiques sur le droit de propriété et le vol, publiées par lui en 1780; livre odieux où le cynisme le dispute k la violence, et qui repose sur cet axiome : « La propriété exclusive est un vol. » (Voy. Bibliothèque philosophique du législateur, Berlin, 1782, t. VI, p. 266, 274, 284, 322, 324, 333 et suiv.).

* Voy. VHistoire parlementaire de la Révolution, t. VIII, p. 422.

on a. cite surtout celui de Malouet, l'un de ses membres.

Le o août 1789, la veille de cette nuit mémorable qui devait anéantir, à la fois, les privilèges nobiliaires et les constitutions des ouvriers, Malouet, justement effrayé de la situation où allait se trouver la classe ouvrière, proposa à l'Assemblée: w Qu'il fût établi, dans chaque paroisse des grandes villes, des Bureaux de secours et de travail, correspondant à un Bureau de répartition formé dans la capitale de chaque province, et un Bureau général de surveillance en permanence à la suite de l'Assemblée nationale, à l'effet de dresser dans chaque paroisse le rôle exact de tous les individus dépourvus de travail et de subsistance, et de pouvoir assurer, dans l'instant, à tous ceux qui se présenteraient, une nourriture suffisante en argent ou en nature, sauf à employer ceux qui seraient en état de travailler dans les ateliers de la paroisse, ou dans ceux des entrepreneurs et manufactures de la province qui voudraient s'en charger, ou dans ceux qui seraient créés par le Bureau central auquel on enverrait, à cet effet, l'état de tous les hommes sans emploi dans les provinces, etc., etc. » Sans vouloir rien préjuger sur cette motion qui ne contenait rien moins qu'un « vaste plan d'organisation systématique du travail % » l'Assemblée, malgré les quelques rumeurs qu'elle souleva, la renvoya dans ses bureaux pour y être examinée ^. Elle fît de même à l'égard des adresses, pétitions, propositions

* Louis Blanc, Histoire de la Révolution française ^ t. II, p. 491, et Lettre à la Presse, n» du 9 décembre 1847.

* Et non pour y être enterrée, comme l'a dit k tort Louis Blanc {ub. sup.). Voy. k ce sujet articles d'Eugène Pelletan, dans la Presse des 14 et 28 novembre 1847.

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