Institutions diverses
Mont-de-piété. — Caisse d'épargne. — Loterie. — Défense gratuite des pauvres.— Écoles primaires,— Écoles de mendicité. — Si Rome est en arrière, c'est qu'elle se repose pour mieux avancer.
Comme complément à leurs réformes pour le soulagement de l'indigence et l'amendement des condamnés, les papes créèrent plusieurs autres institutions parmi lesquelles nous mentionnerons, comme rentrant plus spécialement dans notre objet : le mont-de-piété, la caisse d'épargne, la loterie de charité, la défense gratuite des indigents, les écoles gratuites pour les pauvres.
Le Mont-de-piété de Rome date de 1539. Le taux de chaque prêt, qui était primitivement d'un écu, s'est élevé, depuis 1814, d'abord à dix, puis à vingt, puis à cinquante écus, sans limites fixées au nombre des gages. Au-dessous de treize écus les prêts ont lieu gratuitement. Au dessus ils donnent lieu à un intérêt de cinq pour cent. Le gage d'un an se reçoit et se renouvelle seul gratuitement. Les dépôts de chaque jour s'élèvent quelquefois au nombre de mille. Les prêts journaliers varient de deux à trois mille écus (de dix mille huit cents à seize mille huit cents francs). Le capital en circulation monte à deux cent trente mille écus. Le nombre des gages est d'une centaine de mille environ *.
Le mont-de-piété, en offrant de trop grandes facilités d'emprunt, présente un inconvénient que compense en partie la création récente d'une Caisse d'épar-
* Voy. Morichini, MÎ>. sup.j p. 16, 171, 172.
gne. Mais, au lieu d'avoir annexé la caisse d'épargne au niont-de-piété , pourquoi l'avoir annexée à la loterie ? * .
A Rome, les produits de la Loterie ne tournent point au profit du gouvernement. En France, le pauvre qui s'abstenait de courir les chances de ce jeu n'avait pas pour cela moins de besoins, parce que rien ne lui revenait des énormes bénéfices qu'il procurait à l'État; à Rome, au contraire, l'enjeu du riche devient l'aliment du pauvre et l'arrache souvent aux angoisses du désespoir. Benoît XIV supprima la loterie, mais le peuple joua en secret, bravant ainsi l'autorité que le grand nombre des contrevenants mettait hors d'état de sévir; c'est pourquoi le môme pontife ne tarda pas à la rétablir, mais il en changea la nature et la métamorphosa en œuvre de charité ^.
La chance d'un autre jeu, celle des procès en justice, était fermée aux pauvres, toujours trop frêles pots de terre pour lutter contre les pots de fer. Un avocat breton, Ivo ou Ivone, qui consacra sa vie à défendre gratuitement les pauvres, et que Clément VI inscrivit , en 1347, dans le catalogue des saints , sous le nom de saint Yves, institua une confrérie de gens de robe qui continua l'œuvre du saint patron , et que Benoît XIII dota, depuis, du glorieux privilège de décorer de la prélature l'homme de loi qui aurait le plus généreusement rempli sa mission. Benoît XIV est sorti de son sein ^ Pie IX, dans ses ordonnances do décembre 1846 sur la réorganisation des divers tri-
* Voy. Morichini, uh. swp., p. 16, 171, 172.
* Morichini, ub. sup., p. 207.
bunaux criminels de Rome et des Légations, a constitue un avocat et un procureur des pauvres *.
Mais, de toutes les institutions préventives du crime et de la misère qui sont dues à l'intelligente sollicitude des papes, nulle n'a été établie par eux sur des bases plus généreuses et plus larges que celle de l'mstruction primaire.
L'instruction primaire , en effet , est donnée au peuple avec une libéralité dont peu de gouvernements offrent l'exemple. Dans les villes et les moindres villages , des maîtres payés par le public enseignent à lire, à écrire et à calculer, de sorte qu'il n'y a pas un seul enfant qui ne puisse recevoir le bienfait de l'instruction primaire'.
Dans la seule ville de Rome, trois cent soixantedouze écoles primaires sont ouvertes aux enfants des deux sexes, les unes, et en plus grand nombre, gratuitement, les autres moyennant une modique rétribution qui varie de un franc cinquante à deux francs cinquante centimes par mois.
La population de Rome est de cent cinquante mille habitants; le nombre des enfants qui fréquentent les écoles est de quatorze mille; c'est donc un enfant sur onze habitants. C'est la même proportion qu'en Angleterre. Elle est presque une fois plus forte qu'en France, où le rapport n'est que de un sur vingt ^
Malheureusement, l'éducation qu'on donne au peuple tend à perpétuer dans son sein les habitudes qui l'avilissent et qui l'empêchent de se relever. Rome
* "Voy. du Beux, De V Avocat des pauvres, p. 184.
* De Tournoa, Etudes statistiques sur Romey t. II, p. 84.
* De Bazelaire, ub. swp., p. c.
est la ville du monde où Ton enseigne le plus hautement le précepte de l'aumône individuelle. Lorsqu'on répète, de toutes les façons, et qu'on fait même un article de foi de cette maxime, que l'aumône rachète les péchés, qu'il faut donner et donner beaucoup, on s'expose naturellement à faire penser au peuple que si l'aumône est un devoir pour ceux qui possèdent, elle n'est point un opprobre pour ceux qui la reçoivent. C'est ainsi qu'un précepte divin mal enseigné enfante des abus que, mieux compris, il eût empêchés. Il en résulte que si le génie de la charité a multiplié les asiles et les secours, il a trop laissé croire aux classes inférieures que le riche est le débiteur du pauvre, et qu'il suffît de porter des haillons pour devenir son créancier, et cela sans être obligé de rien acquérir par le travail et la prévoyance, tout pauvre ayant droit à un lit d'hôpital en cas de maladie, à une place à l'hospice dans ses vieux jours, à l'aumône du riche eu tout temps *.
Voilà pourquoi, sans doute, un pieux prélat disait que, pour éteindre la mendicité à Rome, il fallait, avant tout, donner une autre éducation au peuple.
En somme, si la papauté semble aujourd'hui attardée dans la voie des progrès sociaux, c'est qu'elle se repose, un moment, en chemin, pour reprendre, plus tard, sa route, sûre qu'elle est de dépasser ceux qui, pour la devancer, se sont précipités, à son encontre, dans des aventures de réformes qui se réalisent d'autant moins vite qu'on veut les opérer trop tôt.
* Cerfberr, ub. swp., p. i03. — Voir, sur le droit chrétien à l'assistance, ci-dessus, t. II, p. 295 et suiv.
États sardes.
Statistique générale des établissements de bienfaisance. — Secours hospitaliers. — Secours domiciliaires. — Maisons de travail. — Administration et centralisation de la charité.