MONARCHIE DE JUILLET. — SECOURS A DOMICILE
le mode d'assistance le plus e'coiiomique * , le plus moral \ le plus utile % en même temps que le plus désirable pour les pauvres ^ ; aussi, toutes les instructions ministérielles tendirent à en favoriser l'organisation.
Mais cette organisation fut entravée, ajournée même indéfiniment, par la difficulté, pour les bureaux actuels de bienfaisance, de sortir de l'ornière profonde dans laquelle ils sont plongés.
D'abord, ce que nous avons dit de l'administration des hôpitaux et hospices s'applique à celle des bureaux de bienfaisance. Une mauvaise gestion de leurs biens
* La journée moyenne de l'hospice est de 1 franc 25 centimes; la journée de l'hôpital s'élève à 1 franc 80 centimes, loyer non compris. « Quand je vois un malheureux vieillard quitter sa vieille compagne et toutes ses habitudes pour aller h un hospice, tandis qu'elle va dans un autre, je me dis : « Si nous donnions seulement 240 francs à ce pauvre ménage, il serait moins malheureux, et il y aurait pour nous économie de 5 k 600 francs par an, et nous respecterions le lien conjugal » (Marbeau, Du Paupérisme),
* « Un faible secours h domicile serait plus utile k l'individu secouru et a sa famille qu'un lit dans l'hôpital le mieux administré » (Thiers, Rapport sur l'assistance publique).
* « Qu'on nous pardonne, au nom du pauvre, si nous récusons pour lui les bienfaits de l'hôpital. Nous adjurons tous ceux qui ont eu le malheur de voir, à côté d'eux, un de leurs proches luttant avec la maladie et la mort, un vieux père, un frère bien-aimé, une mère, une épouse, une fille chérie; qu'ils nous disent s'ils n'auraient pas préféré cent fois pouvoir serrer jusqu'au dernier moment leurs mains glacées, même dans une mansarde obscure, au milieu des plus rudes privations, que d'aller les placer dans de magnifiques bâtiments, sur le linge blanc et propre d'un lit d'hôpital ! » (Vée). « On a remarqué généralement que les vieillards qui reçoivent dO ou 12 francs par mois refusent de s'enfermer a l'hospice. Si l'administration disait aux 6,000 vieilles qui s'ennuient à la Salpétrière : Que celles qui préfèrent 150 francs chez elles donnent Itur nom! plus de la moitié de ces malheureuses se ferait inscrire » (Marbeau).
rend, en effet, leurs revenus insuffisants, et leur fait faireappel annuellement aux subventions municipales*; ce dont se plaint M. de Gasparin, dans son Rapport au roi du S avril 1837, en insistant sur ce point dont il accuse l'administration de ne s'être pas assez préoccupée, à savoir : « Qu'en posant hautement ce principe, que c'est pour les communes une obligation absolue d'alimenter les caisses des hospices et des bureaux de bienfaisance, — d'un côté, on tend à ralentir l'élan de la charité privée en habituant les citoyens à considérer les secours aux indigents comme une affaire de police à laquelle l'administration doit pourvoir; — d'autre part, on présente, en quelque sorte, aux classes pauvres la promesse et la presque certitude d'un secours, appât dangereux qui paralyse l'esprit de travail et de prévoyance ; — enfin, on établit véritablement cette taxe des pauvres dont la France a jugé comme un de ses avantages sur l'Angleterre d'avoir su se garantir jusqu'à ce jour. »
En second lieu, pour que les secours à domicile pussent rendre, à moins de frais, de plus grands services que les secours des hospices, il faudrait qu'ils fussent proportionnés en somme aux besoins, et que, pour cela, les bureaux de bienfaisance fussent eux-mêmes proportionnés en nombre à leur taux*. Or, un grand
* Voy. ci-dessus, p. 469, note 4, et 470, note i.
* Le nombre des bureaux de bienfaisance est très variable, attendu ijue souvent ces établissements sont créés au moyen de souscriptions "volontaires dont le recouvrement est incertain ; en sorte qu'ils sont aussitôt fermés qu'ouverts. En d844, il en existait 7,599. Il n'y en avait que 6,273 en 1837. Tous les chefs-lieux de département et d'arrondissement, et presque tous les chefs-lieux de canton ont un bureau de bienfaisance.