CHAPITRE VI
Conclusion.
Problème non résolu. — Solution de Tauleur.
Problème non résolu.
Bilan : — Actif. — Passif. — Balance. — Déficit.
Un résultat déplorable, douloureux, décourageant, nous reste à constater, comme couronnement de cette longue étude de la misère, en France, depuis le moyen âge jusqu'à ce jour, c'est qu'en dépit, c'est qu'en raison même, peut-être, des institutions fondées pour le prévenir ou l'arrêter, le flot de la misère, — de la misère morale et matérielle, — monte, monte toujours , et qu'il monte toujours, alors même qu'il paraît rester stationnaire; car, c'est, pour lui, gagner du terrain que de n'en pas perdre ; et il en gagne, quand il résiste invinciblement aux efforts multiples et incessants qu'on emploie pour le faire descendre.
Cependant, il est indéniable que la condition morale * et physique * des diverses classes de la société, en
* Voy. ci-dessus, p. 342 et suiv.
2 Voy. ci-dessus, p. 338 et suiv.— Celte amélioration résulte des faits suivants: En 1791, laproduction totale du froment éiali d'environ 47 millions d'hectolitres, ce qui donnait, déduction faite des semences, 1 hectolitre 65 centilitres pour chaque habitant. En 1840, la même production était de 70 millions d'hectolitres, ce qui donnait 2 hectolitres par individu. — Les pommes de terre occupent aujourd'hui, en grande partie, des terrains qui, jusqu'à l'introduction de ce tubercule
France % s'est immense'ment améiiore'e depuis un
en Europe, étaient restés en friche. La France en consomme aujourd'hui 120 millions d'hectolitres par an. — La consommation du vin est beaucoup plus considérable aujourd'hui qu'elle ne l'était au commencement de la Restauration; — Id. celle du tabac; — si la misère était croissante, le fait contraire se produirait, car ce sont les classes inférieures qui prennent la plus grande part dans cette consommation. — La masse des tissus de toute espèce s'est plus que doublée, peut-être triplée, depuis cinquante ans. Le même progrès s'est fait sentir dans tous les autres produits qui servent au vêtement de l'homme. — Même observation pour la demeure du travailleur. En 1822, il y avait, en France, 6,341,370 maisons. H y en avait 6,805,400 en 1835; augmentation, en 13 ans, de 500,000 maisons. Même progression pour les 10 années suivantes; accroissement d'un septième, le même que la population. — La vie moyenne actuelle, comparée à celle d'autrefois, présente un accroissement de 10 ans, ou d'un tiers de sa durée totale. De 1770 à 1790 il mourait, année moyenne, le trentième de la population; actuellement il n'en meurt plus que le quarantième. — De 1825 à 1846, la population de la France s'est accrue d'un peu plus d'un huitième, tandis que, dans le même intervalle, le produit des impôts indirects s'est accru de près de trois huitièmes, preuve évidente de l'accroissement des dépenses individuelles, et par conséquent d'une plus grande aisance générale. — Les caisses d'épargne, inconnues autrefois, prouvent que l'ouvrier, après avoir satisfait ses besoins, a du reste sur le produit de son salaire, car c'est l'ouvrier, l'artisan, le domestique, qui figurent en majorité sur la liste des millions de déposants. La caisse d'épargne de Paris compte, parmi les déposants, 1 ouvrier sur 4, et 1 domestique sur 2. — La propriété foncièrCy qui était autrefois concentrée dans les mains de quelques familles privilégiées, est aujourd'hui divisée entre plus de cinq millions de familles propriétaires, comprenant de 20 a 25 millions de participants (Voy. ci-après, page 516, note 2). — L'industrie, dont le système des corporations faisait un privilège pour un petit nombre de maîtres, a fait maîtres aujourd'hui des millions d'ouvriers. En 1840, le nombre des chefs de famille exerçant en chef une industrie était égal h 1,416,000 individus patentés. Si nous évaluons à 4 personnes chaque famille des chefs d'industrie, nous trouvons que la population industrielle qui travaille en chef et possède l'indépendance est de 5,064,000 individus, etc., etc. (Voy. Ch. Dupin, Bien-être et concorde ^ei Th. Fix, Etat des Classes ouvrières).
^ Comparée avec l'étranger, la condition des ouvriers français n'a
demi-siècle. Oui; mais il est indéniable aussi que celte condition est loin, encore, très loin d'être ce qu'il faudrait qu'elle fût pour que nous eussions le droit de nous en enorgueillir.
Ainsi, sous le rapport moral, les crimes et déUls de toute nature, contre les propriétés et les personnes*, la proslilution ^ , Yivrognerie et l'abus des liqueurs
rien à envier k celle des classes ouvrières en Angleterre, en Irlande, en Belgique, et dans les autres pays de l'Europe. Voy. ci-dessus, p. il4 et suiv., d23 et suiv., 145 et suiv., etc.
* Comparés entre eux, les totaux annuels du chiffre de la criminalité offrent un accroissement annuel sensible. Mais, comparés à ceux correspondants de la population, ils constatent un statu quo remarquable. C'est toujours, en moyenne, depuis vingt ans, 4 accusé sur 4,500 ou 5,000 habitants. On dirait que le crime met, chaque année, nos personnes et nos biens en coupe réglée, comme s'il s'agissait d'un aménagement de bois futaies comptés, estimés, martelés à l'avance. Son budget de sang et de rapine est moins variable que celui de l'État. Le chiffre des récidives seul va plus vile que celui de la population; il était de 4,700 en 4828, de 7,300 en 1832, de 10,600 en 1837, de 15,000 en 1842 (crimes et délits compris); mais, chose étrange! la somme totale de la criminalité de chaque année n'en présente pas moins le même chiffre, en fin de compte. Dieu a creusé le lit de cette mer; il défend k ses flots de s'épancher au delà. Seulement, ces flots sont plus ou moins gros dans telle ou telle partie de la France, selon qu'il s'y rencontre une plus ou moins grosse masse d'indigents, ce qui démontre clairement l'action démoralisatrice de la misère. C'est ainsi que la France septentrionale, qui compte, k elle seule, pour plus des deux tiers dans la somme totale des indigents du royaume (sur les 695,932 pauvres inscrits de l'année 1832, il en appartenait 455,108 k la France du nord, et 240,824 seulement k la France du midi), compte 1 pauvre inscrit sur 30 habitants, et 1 accusé pour crimes contre les propriétés sur 4,631 individus, tandis que la France méridionale compte seulement 1 pauvre inscrit sur 75 habitants, et 1 accusé pour crimes de même sorte sur 8,086 personnes.
2 Le nombre des prostituées inscrites de la ville de Paris s'est successivement élevé de 1,850, chiffre de 1815, k 2,400 en 1827, et k 3,800 en 1836. Le nombre des non-inscrites ou insoumises est de plus de 4,000, sans compter les inconnues (Voy. Parent-Duchàlelet et
phoblême non résolu. 511
fortes S les naissances illégitimes ^ , V ignorance des
Frégier). Si Ton en croit le docteur Potton, Lyon compterait 4,000 prostituées, ce qui ferait, pour une population de 200,000 habitants, une femme se livrant au libertinage sur 50 individus des deux sexes ; et comme un quart k peine des femmes, par sa position, par son âge, tombe dans les conditions que le vice exige, nous arrivons à cette proportion énorme de rencontrer une femme, sur dix au moins, vivant dans le désordre. Voyez aussi, dans Villermé, la dépravation qui règne parmi les jeunes filles des villes de fabrique, et notamment k Reims, « où l'on trouve peut-être iOO enfants au-dessous de 13 ans qui n'ont pour ainsi dire pas d'autre moyen d'existence que la prostitution. »
1 A Paris, la consommation de l'eau-de-vie augmente dans une proportion plus grande que celle du vin. Tandis que la consommation du vin, qui avait été de 922,360 hectolitres en 1836, ne s'était élevée qu'à 950,910 hectolitres en 1838, la consommation de l'eau-de-vie s'est élevée de 36,-440 à 42,785 hectolitres, de l'une k l'autre de ces deux années. — En 1840, M. Fregier évaluait a 17,000 le nombre des ivrognes qui, à Paris, poussaient jusqu'k l'abrutissement l'habitude de l'alcool. Ce nombre a dû augmenter depuis, car « l'ivresse, qui n'est d'abord qu'une distraction des sens, en devient bientôt la maladie. » M. Eug. Pelletan nie que ce soit l'ivrognerie qui crée la misère. C'est la misère, selon lui, qui crée l'ivrognerie (Voy. la Presse du 20 janvier 1850). Cause ou effet, l'usage immodéré du vin et des liqueurs fortes donne lieu, chaque année, k des centaines de cas de mort violente. La statistique officielle constate 242 de ces cas pour 1840. On peut attribuer plus de 400 suicides k la même cause. — 11 n'est pas rare de voir, dans les fabriques de Lille, des ouvriers n'y venir travailler que trois jours dans la semaine, les quatre autres se passent à boire. A Nantes, il y a des cabarets où les ouvriers sont admis à boire à tant par heure. Les 12,000 ouvriers d'Elbeuf consomment 1,000 bouteilles d'eau-de-vie par jour, ce qui, k 2 francs la bouteille, fait 730,000 francs pour l'année, c'est-k-dire le septième de leur salaire. A Reims, k Amiens, le cabaret engloutit l'épargne de l'ouvrier. L'ivrognerie monte au fur et mesure que les salaires s'élèvent. Dans le département du Nord, des pères et souvent des mères de famille mettent leurs effets en gage et vendent même les vêtements dont la charité les a couverts, pour satisfaire leur goût des boissons fortes (Villeneuve-Bargemont et Villermé).
* De 1831 k 1840 inclusivement, la moyenne annuelle des naissances a été de 962,596, savoir : 891,338 naissances légitimes^ et
masses \ etc., etc., offrent à la statistique de la France (les chiffres dont rdlévation persistante accuse haulemenld'insuffisance, sinon de complicité, les institutions que nous avons fondées précisément pour en arrêter le cours, en en tarissant la source.
Ainsi, sous le rapport matériel, la grande question des subsistances, qui devrait dominer aujourd'hui toutes les autres, aboutit pour nous à ce résultat affligeant que la France n'est pas encore assez bien cultivée pour pouvoir nourrir à elle seule ses habitants, et qu'elle souffre, en moyenne, un déficit de plus de 800,000 hectolitres de blé par année \
Ainsi, la population des prisons et des bagnes % celle
7i,258 naissances illégitimes. Sur 1,000 naissances on comptait par conséquent 926 enfants légitimes et 74 enfants naturels, soit 1 enfant naturel sur 13 1/3 naissances. — A Paris, de 1816 à 1835 inclusivement, sur un nombre de 545,840 naissances, il y en a eu 194,758 d'illégitimes, soit une sur 2,8 naissances. Dans le département de la Seine, Paris excepté, la proportion est de 1 enfant naturel sur 4,43 naissances. Cette proportion est de 1 sur 7 dans le département du Rhône; de 1 sur 8 dans la Gironde, le Calvados et la Seine-Inférieure; de 1 sur 10 dans les Bouches-du-Rhône. Cette proportion esl plus élevée dans certaines villes; elle est de 1 sur 3 a Bordeaux, h Lyon, au Mans, à Agen ; de 1 sur 2 h Grenoble, à Périgueux, à Péronne, à Pau ; de 1 sur 1 ,9 à Auch ; de 1 sur 1 ,8 à Rodez ; de 1 sur 1 ,7 a Dax {Extrait des statistiques officielles).
1 Près de la moitié de la population française ayant atteint l'âge de 20 ans se trouve dépourvue de toute instruction. Nous en trouvons la preuve dans les relevés officiels des listes de recrutement. En 1836, sur 1,000 jeunes gens qui ont tiré au sort, 470 ne savaient ni lire ni écrire. Cette proportion s'est abaissée à 403 pendant la période embrassant les quatre années suivantes (1837 a 1840). Aujourd'hui encore, sur 100 jeunes hommes parvenus à l'âge de 20 ans, ily en a plus de 40 qui ne savent ni lire ni écrire.
* Voy, l'excellent écrit de Louis Marchai, Question des subsistances j
^ Le nombre des détenus qui existent à la fois, à un jour donné,
des colonies pénitenliaires et des maisons d* éducation correctionnelle déjeunes détenus*, celle des gens de crime et de rapine queh\]\isi\ee ne peut atteindre*, celle des men^ diants^, des goepeurs, des grecs de la haute et de la basse
dans les diverses prisons de France, peut être fixé, en moyenne, ainsi qu'il suit : dans les prisons départementales, 20,014; dans les maisons centrales, 18,329; dans les bagnes, 7,309; dans les dépôts et refuges municipaux de mendiants 2,502; total: 48,15i détenus. Ce chiffre stalionnaire moyen doit être augmenté de celui que comporte le mouvement journalier des entrées et des sorties et qui n'est pas de moins de 200,000 par an, dont les deux tiers appartiennent aux prisons départementales. La dépense totale du séjour des détenus dans les diverses prisons, bagnes compris, s'élève aujourd'hui à plus de 12 millions par an , somme à laquelle il faut ajouter plus de 4 millions pour frais de justice criminelle, et pareille somme de 4 millions pour frais de surveillance, etc., ce qui fait plus de 20 millions prélevés légalement, chaque année, par les incarcérés, sur nos impôls, indépendamment du prélèvement plus fort opéré en dehors de la prison, par les incarcérables, sur nos personnes et sur nos biens. En Angleterre, on évalue à plus de 25 millions la valeur des vols commis annuellement dans la seule ville de Londres. (Voy. la note 2 ci-après.)
* Le nombre s'en élevait a 2,400, le l*' août 1840. Il s'est augmenté depuis de plus de 500.
2 Nos tables statistiques enregistrent, chaque année, 9 à 10,000 crimes ou délits dénoncés k la justice, dont les auteurs demeurent inconnus, sans compter un nombre bien plus grand encore de crimes et délits qui ne sont l'objet d'aucune plainte de la part de ceux qui en ont souffert , et qui conséquemment restent ignorés, M. Bérenger évalue à plus de 40,000 le nombre des individus qui font habituellement profession de vol sans être ni poursuivis ni découverts (Voy. la noie 3 de la p. 512). «A part le vol, combien d'indigents dans les villes vivent de dettes qu'ils ne payent jamais ! Ne voit-on pas continuellement dans les quartiers pauvres les propriétaires de maisons mettre à la porte leurs locataires insolvables ? Tous les marchands, tous les fournisseurs n'onl-ilspas une somme perdue à l'arlicle de leurs crédits? (P. Leroux). M. Frégier évalue à 63,000 le nombre d'individus de tout sexe et de tout âge qui composent le rebut de la population de Paris.
^ M. Pierre Leroux, se fondant sur la circulaire ministérielle du 24 février 1840, fixe a 4,000,000 le nombre officiel des mendiants en
pègre f dos vagabonds^ ^ des libérés ^; celle des hôpitaux et hospices et des familles des indigents rcçus'^; celle des indigents secourus parles bureaux de bienfaisance *; celle des indigents assistés par la charité particulière ^ ; celle des m-
France^ ce qui ferait i mendiant sur 9 ha.hï[8in\s {Ploutocratie^ p. 42). Or, cette circulaire, loin de donner un tel chiffre, dit textuellement : K Le gouvernement ne connaît d'une manière exacte ni le nombre des pauvres, mcndianfs ou non mendiants, ni les mesures locales adoptées a leur égard ; » et c'est précisément pour cela que le ministre adresse aux préfets une série de questions pour arriver k une statistique exacte de la mendicité. Malheureusement cette slalislique n'existe pas encore, et nous en sommes toujours sur ce point aux évaluations, lesquelles varient de 75,000, chiffre de M. Bérenger, à 200,000, chiffre de M. de Villeneuve, En calculant sur ce dernier chiffre l'aumône journalière perçue par chaque mendiant et en évaluant celte aumône à 2 francs, nous payons 400,000 francs par jour ou 40 millions par année pour entretenir la mendicité. Il en coûterait moins pour l'éteindre.
* Les vagabonds se confondent dans la population des mendiants el dans celle des libérés.
2 Les forçats libérés, dont l'imagination se plaît k grossir le nombre, ne fournissent annuellement qu'un chiffre de 600 libérés sortant des bagnes. Le mouvement d'entrées et de sorties des maisons centrales étant de 8,000 par an, on peut évaluer k 4,000 le nombre des réclusionnaires et des condamnés correctionnels k plus d'un an qui en sortent chaque année. Quant aux libérés, ou plutôt aux sortis des prisons départementales, le nombre en est au moins de 50,000 par an. On porte k 27,000 le nombre permanent des libérés en surveillance: C'est le chiffre du troisième trimestre de 1843.
3 Plus de 700,000 aujourd'hui (Voy. ci-après, p. 519, note i). A ce chiffre il faut ajouter celui des familles, nécessairement indigentes, des malades entrés pendant l'année dans les hôpitaux, ce qui, k raison de deux personnes seulement par famille pour chaque malade, ferait, pour 400,000 malades, 800,000 parents indigents.
* Plus de 800,000 aujourd'hui (Voy. ci-après, p. 519, note 1). Les indigents secourus n'en restent pas moins indigents, car les secours distribués donnent en moyenne 18 fr. par an, pour chacun un sou par jour, tout compris, le sixième au plus de l'absolu nécessaire ! (Voy. cidessus, p. 479).
» Plus d'un million 500 mille. (Voy, ci-dessus^, p. 465, note 2.)
PROBLÊME NON RÉSOLU. 5l5
digents éloignés, queFassistance ignore ou délaisse*; celle des aveugles^, des sourds-muets ', des aliénés *, des enfants abandonnés de leurs mères % des enfants des crèches % des
* (f La plus grande partie des habitants du pays, la nation agricole, ne contribue presque pour rien au recrutement des hôpitaux et des bureaux de charité. La misère des campagnes échappe k toutes nos appréciations; elle reste à la condition latente. Les villes seules et bourgs au-dessus de cinq mille âmes possèdent des hôpitaux et hospices, et ces établissements sont peuplés en grande majorité par les habitants des localités on ils sont situés, en y comprenant une banlieue à peu près égale à leur population. Or, les villes et bourgs au-dessus de cinq mille habitants ne comptent que pour cinq millions environ dans la population totale de la France. En doublant ce nombre, afin de tenir compte des indigents de la banlieue ou des campagnes voisines qui parlicipent h la charité des hôpitaux, nous arrivons à peu près au tiers de la population de la France. C'est donc sur un tiers seul que nous avons des données. Les deux autres tiers souffrent et meurent à domicile sans participer aux secours officiels. » (Buret, t. 4, p. 242.) En 1833, 72 villes seulement, comptant ensemble moins de 3 millions d'habitants, et 48 i hôpitaux, ont consommé plus des deux tiers du revenu des 1,338 hôpitaux et hospices de la France. — Le revenu ordinaire de ces établissements de bienfaisance était, en 1844, de 53,632,992 francs ; dans cette somme Paris seul entre pour 14,524,298 francs, et Lyon pour 3,147,454 francs. Bordeaux, Rouen, Marseille, Lille, Nantes, Strasbourg, Angers viennent ensuite pour 5,500,000 francs. Donc, dans les chiffres de la charité publique, il ne s'agit que de l'indigence dans un tiers de la population totale de la France. Les deux autres tiers sont en dehors de sa statistique et de ses secours officiels.
2 Leur nombre présumé est de 12 a 15,000. (Voy, ci-dessus, p. 468.)
3 Leur nombre présumé est de 20 à 25,000. (Voy. ci-dessus, p. 468.) * Leur nombre est de 20,000, d'après M. de Beausset-Roquefort.
(Voy. ci-dessus, p. 468.)
« Le nombre des enfants trouvés âgés de moins de 12 ans est de 123,500. Le nombre de ceux âgés de plus cfe 12 ans est complètement inconnu. La misère étant la principale cause des expositions, on peut compter plus de 100,000 mères au nombre des indigents non secourus. (Voy. ci-dessus, p. 485.)
« «Plus de 50,000 petites créatures que réclame l'institution des crèches sont encore abandonnées, sans aucune surveillance, a des nourrices mercenaires qui exercent sur elles le droit de vie et do mort... » (Marbeau, Des Crèches^ p. 30.)
enîanls fies salles d'asile *; celle des prolétaires de la propriété, que leur propriété ne peut faire vivre ^; celle dos prolétaires de la capacité % que leur capacité ne peut faire
* Le nombre des enfants fréquentant les salles d'asile s'est élevé, en 4840, à 50,786.
* Sur les cinq millions cinquante mille propric'Maires chefs de famille qu'accusent les dix millions de cotes de la contribution foncière (rôles fonciers de 1826), h raison de 1 propriétaire pour deux cotes, il y en a i" cinquante mille qui payent, en moyenne, 1,312 francs d'impôts, c'est-à-dire qui jouissent de 9,000 francs de renies (l'irapôl foncier étant, selon M. Humann, comme 1 : 6,94); 2° un million qui payent 122 francs d'impôts, c'esl-à-dire qui jouissent de 846 francs de re\enu; 3° enfin quatre millions qui payent 11 francs 90 centimes d'impôts, c'est-k-dire qui n'ont qu'un revenu de 82 francs 50 cenlimes, ce qui fait, on multipliant cliaq.ie père de famille par cinq, nombre de membres supposé de chaque famille (supputation de P. Leroux): 1" pour la grande propriété, deux ceni cinquante mille individus jouissant chacun de 1,800 francs; 2° pour la moijenne propriété, cinq millions d'individus jouissant chacun de 169 francs; 3° enfin, ^om \di petite pjropriété, vingt millions d'individus ne jouissant chacun que de 16 francs 50 centimes. C'est dans cette dernière catégorie que nous plaçons les prolétaires de la propriété , c'est-a-dire ceux dont le revenu foncier n'atteint pas la subsistance, prolélaires dont le nombre peut être réduit proportionnellement, selon qu'au lieu de 5, c'est 4, c'est 3 , c'est 2 personnes qu'on comptera par famille. — NorA. Depuis la révolution de Juillet, la subdivision des propriétés est devenue plus rapide encore qu'auparavant; il en est résulté que le nombre des cotes de propriétés foncières, accru d'environ 200,000 dans les onze premières années de la Restauration, s'est accru de 600,000 dans les neuf années suivantes, ce qui augmente d'autant le nombre des prolélaires de la propriété.
3 « L'une des plus grandes plaies de notre ordre social actuel, c'est cette foule de capacités sans emploi et sans moyens d'existence qui y surabondent et qui gémissent fréquemment de l'enseignement qui les a fait sortir de la position de leur père pour leur donner la perspeclive d'une élévation que la concurrence ne leur permet pas d'atteindre. » (DeMorogues, Ch. des Pairs, 5 juillet 1836.) Toutes les carrières libérales eu sont remplies. M. de Morogues évaluait, après la révolution de Juillet, au 1/1 OGO de la population le nombre de ces capacités prolélaires.
vivre; celle des prolétaires du travail, que leur travail ne peut faire vivre *; celle des déposants aux monts-depie'te% des débiteurs, des faillis^ etc., etc., composent
* Sur les 20,090,294 individus qui composent, d'après M. de Beaussel-Roquefort, la classe propriétaire et agricole de la France, le même auteur compte 3,235,064 ouvriers de l'agriculture qui ne sont pas propriétaires; c'est parmi ceux-ci que nous rangeons les prolétaires du travail agricole. Sur les 8,920,564 individus qui composent, d'après le môme auteur , la classe industrielle , M. de Keaussel compte 4,508,000 maîtres ou patentés dont il confond les trois quarts dans la classe propriétaire, et dont il ne porte qu'un quart, soit 1,126,500, à la classe purement industrielle, ce qui réduit k 4,412,564 le nombre des ouvriers non patentés, dont 2,900,000 sont attachés aux grandes fabriques, chiffre qui, joint à celui de 1,750,500 domesliques et gens de peine, forme le groupe d'où sortent les prolétaires du travail industriel. L'insuffisance des salaires des ouvriers agricoles et industriels est la cause première de leur misère (Voy. ci-dessus, p. 480}. Avant 1789, M. Herbin et les statistiques de cette époque évaluaient la moyenne des salaires à 1 franc. M. de Morogues l'a réduite à 98 centimes. M. Charles Dupin la porte à 1 franc 15 centimes. M. A. Legoyt l'élève à 1 franc 42 centimes. Comment, avec cette somme, nourrir, vêlir, loger, soi, sa femme et ses enfants !....
" Nous ignorons le nombre des dépositaires emprunteurs, nous savons seulement celui des prêts. Le monl-de-piété de Paris fait annuellement 1,500,000 prêts, moyennant 800,000 nantissements représentant une valeur de 25 à 30 millions. La moyenne des prêts est de il francs. Les engagistes payent un intérêt de 9 pour 100; 1,425,000 dégagements ou renouvellements ont lieu, chaque année, ainsi que 75,000 ventes. Les prêts de tous les monts-de-piélé de France sont, annuellement, au nombre de 3,072,000, représentant une valeur de 42,200,000 francs. La vente des nantissements non retirés est, en général, de 5 pour 100 des objets déposés, c'est-à-dire qu'un vingtième des dépositaires emprunteurs ne retire pas son gage. (Watteville, Des Monts-de-piété, 1846 )
3 Le nombre des débiteurs incarcérés n'atteint pas 200, dont 35 à peine sont commerçants ou négociants, ce qui témoigne de l'inutililé odieuse de la contrainte par corps. — Le nombre des faillites, qui n'avait été que de 2,517 , en moyenne, de 1840 a 1842, de 3,071 eu 1843, de 3,011 en 1844, s'est élevé à 3,417 en 1835. Les deux tiers (0,01; ont été ouvertes sur la déclaration du failli, un tiers (0,32) sur la
une immense population de malheureux sans pain, sans vêtements, sans logements suffisants et assures, de malheureux voués à une vie de privations et de souffrances* qui occasionne pour eux une mortalité anticipée ' et dispoursuite des créanciers , et les sept cenlièmes k la requête du ministère public. (Statist ofjic.)
* « Je pose en fait qu'il y a une moitié du peuple français dont Valimentalion n'est pas suffisante au gré de l'hygiène » (Michel Chevalier, l®' février 1848). «On vend sur les marchés de Paris des croûtes de pain venant des grandes maisons. La livre en vaut cinq liards. Avec ces croûtes, quelques morceaux de viande que les indigents trouvent dans les ordures^ des épluchures de choux, de salade, de pommes de terre qu'ils ramassent quand ils en rencontrent: c'est leur nourriture ordinaire » ( Leuret, Notice sur les indigents de Paris ). « J'ai vu à Monlfaucon deux tombereaux de poissons pourris, que les inspecteurs des halles y avaient fait conduire. Deux heures plus tard, tous les poissons avaient disparu. Ces poissons sont revendus aux gargotiers des barrières et des quartiers pauvres » (Gisquet, Mémoires). Voici maintenant pour les logements: « Dans une pièce au quatrième étage, ayant à peine cinq mètres en carré, je trouvai 23 individus, hommes et enfants, couchés pêle-mêle sur cinq lits. L'air de cette chambre était tellement infect que je fus pris de nausées. La chandelle qui m' éclairait faillit s'éteindre » (D'' Bayard, Topogr. médic. de Paris). « J'ai étudié avec une religieuse sollicitude la vie privée d'une foule d'ouvriers, et j'ose affirmer que l'insalubrité de leurs habitations est le point de départ de toutes les misères, de tous les vices, de toutes les calamités de leur état social » (Bianqui, Des Classes ouvrières). « Il est impossible de se rendre compte de Vétat déplorable d'un grand nombre des logements occupés par la majeure partie des pauvres et des ouvriers, surtout dans les villes industrielles ; il est impossible de contempler les effets redoutables de leur insalubrité, sans reconnaître qu'il y a là un mal profond et invétéré sur lequel la sollicitude du législateur doit être nécessairement appelée. L'humidité, les infiltrations, l'air vicié et corrompu causentsouYentunemortaliléeffrayante.»(flapp.deM.deRiançay sur laprop. Melun, 1830.)-— Voir sur les caves de Lille et sur les souffrances de la vie de fabrique les ouvrages de Bianqui et de Villermé.
* « D'après la statistique judiciaire publiée par le ministère de la justice, il meurt par an, de froid et de faim, près de 300 personnes, et on n'enregistre pas, dans cette fatale catégorie, ceux qui succombent lentement aux maladies venues d'un trop long jeûne, d'une habitation
PROBLÈME NON RÉSOLU. 5l9
proportionnée *, population qu'on évalue à près de six millions, dont près de deux millions, plus du vingtième de la population totale de la France, est dans un état de misère officiellement reconnue % ce qui prouve que la charité, telle qu'elle est organisée en France, est impuissante à lutter contre la misère, malgré la somme élevée de ses secours ^, et que c'est même en raison directe
malsaine^ de haillons trop légers pour la saison d'hiver, ni celte multitude de pauvres enfants qui ont été arrêtés dans la croissance par rinsuffisance de nourriture de leurs premières années, et n'ont pu être assez forts pour surmonter la crise de leur développement » (Rapp. de M. A. de Melun, 1850). — A Lille, le D"" Gosselet a constaté que, sur 21,000 enfants d'ouvriers, il en mourait 20,700 avant l'âge de cinq ans. — Pour la mortalité des enfants trouvés, voy. ci-dessus, p. 490, note 3,
— Le suicide est une autre mort anticipée causée, dans le plus grand nombre de cas, par la misère. La statistique officielle constate plus de 3,000 suicides par an.
* A Paris, sur 27,000 décédés par année, il y en a près de H, 000 qui meurent dans les hôpitaux, et 7,000 autres qui sont enterrés gratuitement. Il meurt donc 18,000 personnes sur 27,000 qui ne laissent pas même de linceul » (Berryer, Ch. des dép., 24 février 1846). Gomment se répartit cette mortalité entre les divers arrondissements de Paris ? Dans le premier, qui est habité par la classe la plus aisée, la mort frappe, chaque année, 1 individu sur 52; dans le douzième, qui est habité par la classe la plus malheureuse, 1 sur 26, c'est-k-dire qu'elle tue 2 pauvres pour 1 riche. (Voy. ci-dessus, p. 297.)
2 M. de Villeneuve évalue k 1 sur 20 la proportion des indigents secourus à la population, mais cette évaluation ne peut concerner que les indigents officiels, dont le nombre, d'après M. de BeauSvSet, s'élève à un million et demi, savoir: indigents secourus par les bureaux de bienfaisance, 806,970; enfants trouvés, infirmes, aliénés, reçus dans les hôpitaux et hospices, 710,465; population des prisons, 48,1S4. Total, 1,565,589, sur une population générale de 34,944,947 habitants (recensement de 1846). Les pauvres secourus par la charité privée sont pour le moins aussi nombreux (Voy. p. 514, notes3el4}. Et les pauvres non secourus, qui auraient besoin de l'être ! (Voy. p. 515, note i.)
— On évalue k plus de 1,700,000 le nombre des indigents exceptés par la loi du 21 avril 1832 de la contribution personnelle et mobilière.
* Nous avons vu, p. 465, que le budget de la charité française s'é-
de la plus grande abondance des dons que la charité' distribue aux pauvres, que le paupérisme devient proportionnellement plus besoigneux, plus exigeant, plus envahissant, plus terrible.
C'est comme un incendie qu'on ravive en voulant re'teîndre.
Il faut pourtant re'soudre ce fatal problème.
Cherchons-en donc encore la solution, puisque nous n'avons pu la trouver encore.
Solutions de l'aulenr.
Question préalable. — Théorie de l'assiatance. — Pratique de l'assistance. — Institutions complémentaires. — Voies et moyens.